L’élection passablement calamiteuse (« une mascarade », résume le Financial Times) qui vient de se dérouler en RDC, au terme de laquelle une minorité de citoyens a mal élu un président dont la reconduction doit un peu aux démons scissipares qui dévorent ses opposants, beaucoup aux tripatouillages d’apprentis sorciers de la fraude et rien ou presque à ses propres capacités de gouvernance, est le baobab qui cache la forêt. Car 2011 aura été somme toute une année plutôt encourageante en matière de transparence électorale sur le continent. Présidentielles certes contestées au Bénin et au Liberia, présidentielles sans enjeux au Cameroun, au Tchad, à Djibouti et en Gambie, mais présidentielles exemplaires au Niger, en Zambie, à São Tomé et au Cap-Vert, sans oublier les législatives les plus libres qu’aient jamais connues la Tunisie, l’Égypte et le Maroc : le bilan, on le voit, est loin d’être régressif. À défaut de se répandre au-delà du Sahara, le vent des révolutions arabes aura soufflé en brise jusque dans les urnes.
Le cru électoral 2012 confirmera-t-il ces progrès ? On le verra vite. Dès la fin février, le Sénégal saura s’il continue ou non sa route avec son timonier octogénaire, à l’issue d’un processus dont la validité sera examinée à la loupe. Deux mois plus tard, le Mali poursuivra la sienne sans son capitaine ATT, parti à reculons certes, mais parti tout de même, Constitution oblige. Au Kenya, au Ghana, à Madagascar, les électeurs se rendront dans les isoloirs, un privilège démocratique auquel les Libyens devraient goûter pour la première fois de leur histoire. Il n’est pas exclu enfin que ce vestige ossifié de la guerre froide qu’est l’Angola connaisse en 2012 une amorce de glasnost. Des élections pourraient y avoir lieu afin de mettre un terme à une sidérante anomalie que personne ne relève. Vice-doyen des chefs d’État du continent (avec cinq mois de retard sur Teodoro Obiang Nguema, trente-deux ans au compteur), José Eduardo dos Santos n’a en effet jamais été élu directement par son peuple – ni bien ni mal élu, jamais élu ! –, l’unique consultation, en 1992, ayant été interrompue entre les deux tours…
Il est un pays enfin où l’on suivra avec attention, précaution, sympathie et un zeste d’inquiétude une échéance législative attendue depuis plusieurs mois et que l’on espère proche : la Guinée. Démocratiquement élu il y a un an – là aussi, une première –, Alpha Condé était porteur d’un message d’espoir. Les réalités guinéennes l’ont depuis rattrapé, sans pour autant tuer le rêve dont il se veut porteur : il n’y a pas, en Afrique, de fatalité du malheur. On aimerait seulement qu’en 2012 le camarade Alpha prenne de la hauteur, de la distance, qu’il délègue plus, accorde sa confiance, coupe la sonnerie de ses cinq ou six portables et cesse de vouloir être, avec la meilleure volonté du monde, le président de tout et de partout. À Conakry comme ailleurs, c’est de présidents normaux que le continent a désormais besoin.

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