Extension Factory Builder

Le réchauffement climatique est un assassinat

14/12/2011 à 16:49
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Tosi Mpanu Mpanu est président du groupe africain des négociateurs sur le climat.

La vie de 1 milliard d’Africains est aujourd’hui en danger. Sur un continent où plus des deux tiers des actifs dépendent, pour leur survie, du secteur agricole, la stabilité du climat est cruciale.

Or nous voyons les périodes de sécheresse se prolonger, les inondations se multiplier et la météo se dérégler. Pour les agriculteurs du Sahel, qui ont déjà des difficultés à se nourrir, un réchauffement de plus de deux degrés (ce que nous n’arriverons vraisemblablement pas à empêcher) est synonyme de mort. Il faut malheureusement s’attendre à ce que la pénurie en eau qui frappe cette région jette les populations sur les routes et provoque des conflits.

Pour les petits pays insulaires, comme le Cap-Vert, les Seychelles, São Tomé e Príncipe ou Maurice, c’est au contraire la montée des eaux qui menace de faire des centaines de milliers de réfugiés. Les régions côtières du golfe de Guinée sont également concernées. Alors que le continent marque des points dans sa lutte contre les épidémies comme le paludisme, le changement climatique risque de remettre en question ces succès en provoquant l’extension des zones infestées et la contamination de celles qui, en altitude, étaient jusque-là préservées.

Pourtant, nous, Africains, n’avons contribué qu’à hauteur de 4 % aux émissions de gaz à effet de serre depuis le début de la révolution industrielle. Les pays développés portent la responsabilité historique des drames climatiques de notre continent. Ce n’est pas là de l’anti­occidentalisme primaire, mais une réalité objective, attestée par les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), dont la plupart des membres sont des Occidentaux.

Les pays africains sont désormais unis autour des mêmes positions dans toutes les négociations sur le climat. Il faut évidemment faire en sorte que les émissions de CO2 diminuent. C’est indispensable. L’objectif est clairement défini : les pays développés doivent réduire, d’ici à 2020, leurs émissions d’au moins 40 % par rapport à leur niveau de 1990, et, d’ici à 2050, de 80 % à 95 %. Ils doivent également faire des efforts d’adaptation. De leur côté, les États africains doivent, quand cela leur est possible, préférer les énergies renouvelables aux énergies fossiles. Nous ne devons pas répéter les erreurs des nations du Nord en empruntant le même chemin excessivement polluant.

Nous, Africains, n'avons contribué qu'à 4% des émissions de gaz à effet de serre depuis le début de la révolution industrielle.

Tout cela ne doit pas se faire, et ne se fera pas, au détriment de la croissance économique et de la réduction de la pauvreté. Nous le rappelons à certains pays riches tentés d’instrumentaliser le débat climatique pour empêcher les puissances émergentes de les rattraper.

Pour ouvrir cette nouvelle voie vers un développement durable en Afrique, les pays occidentaux doivent absolument limiter le coût des technologies « propres ».

Car le second front sur lequel nous devons livrer bataille est celui du financement. Les discussions sur le Fonds vert, promis l’année dernière à Cancún, ne progressent pas, et les financements à démarrage rapide (« fast start ») institués à Copenhague se sont révélés un marché de dupes. Sur les 30 milliards de dollars [22,4 milliards d’euros, NDLR] promis pour la période 2010-2012, moins de 3 milliards ont effectivement été déboursés.

La conférence sur le climat qui vient de s’achever à Durban, en Afrique du Sud, n’a malheureusement laissé aucune place au doute : le réchauffement climatique se poursuit. Il est désormais urgent de prendre des mesures pour adapter nos sociétés à cette nouvelle donne avant qu’elles ne subissent un terrible choc. Cela relève de la responsabilité des gouvernements africains. Mais c’est justement via leur mode de développement polluant, dont les Africains n’ont pas fini de payer les conséquences, que les pays du Nord ont acquis les moyens et les connaissances qui permettraient de limiter la casse. Ils ont le devoir d’agir, dès aujourd’hui. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Côte d'Ivoire : Laurent Gbagbo, la CPI et le "gban-gban" salvateur

Forum-Tribunes Article précédent :
Tunisie : de la Kasbah au Bardo

Réagir à cet article

Continental

Pour MSF, 'le monde est en train de perdre la bataille contre Ebola'

Pour MSF, "le monde est en train de perdre la bataille contre Ebola"

Médecins sans frontières (MSF) a estimé mardi que "six mois après son début, le monde est en train de perdre la bataille contre la pire épidémie d'Ebola de l'histoire".[...]

L'Afrique part à la pêche aux "islamodollars"

Au Maghreb comme au sud du Sahara, les produits financiers compatibles avec la charia se multiplient. Autant de vecteurs qui permettent aux pays du Golfe d'investir dans les infrastructures.[...]

Abidjan, Kinshasa, Le Cap : trois "spots" tendance pour sortir

Être riche, c'est aussi connaître les derniers lieux à la mode, là où il faut absolument se montrer. Jeune Afrique a sélectionné les trois "spots" du moment.[...]

Racisme au Maroc : à Tanger, un pogrom anti-migrants fait au moins un mort

À Tanger, une expédition sauvage menée par des Marocains contre des migrants à fait au moins un mort, le 29 août. Un drame qui met à nouveau en lumière le problème du racisme[...]

Jérémy Hodara : "Il ne faut pas copier la Silicon Valley"

Jérémy Hodara, co-fondateur de Africa Internet Holding, le promoteur de Jumia, Hellofood, Carmudi et Easy Taxi, entre autres, a accepté de répondre aux questions de "Jeune Afrique" au sujet de[...]

Football : quand Ebola perturbe les compétitions en Afrique

Le virus Ebola, dont la progression implacable en Afrique de l'ouest effraie le monde entier, perturbe les rencontres internationales de football sur le continent, parfois délocalisées par crainte de contamination,[...]

Ces pionniers qui chamboulent le business en Afrique

Dans la production, les services ou le commerce, une nouvelle génération d'entrepreneurs a su faire bouger les lignes en s'adaptant aux réalités africaines. Un mélange de nouvelles[...]

Urbanisme : quand les architectes africains font leur révolution

Fini le tout-climatisation et les constructions grandes consommatrices d'énergie ! Place dorénavant aux bâtiments respectueux de l'environnement et des populations africaines. Du nord au sud du[...]

Braconnage en Afrique : Bring back our elephants !

Malgré les arrestations, le braconnage menace l'espèce. En Asie et au Moyen-Orient, l'ivoire vaut de l'or. Du Darfour au Congo, il finance les groupes armés.[...]

Élite africaine : l'École des riches, euh... des roches !

Cet établissement français, où une année d'internat coûte plus de 25 000 euros, accueille depuis toujours les fils et les filles de personnalités africaines. À ce tarif,[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex