Extension Factory Builder

Thierry de Montbrial : "La poussée islamiste était prévisible"

14/12/2011 à 17:26
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Thierry de Montbrial, directeur général de l'Institut français des relations internationales. Thierry de Montbrial, directeur général de l'Institut français des relations internationales. © Vincent Fournier pour JA

Les enjeux de gouvernance liés aux bouleversements en Afrique du Nord ont été les principaux thèmes de la 4e édition de la World Policy Conference, qui s'est tenue à Vienne (Autriche) du 9 au 11 décembre. Entretien avec son initiateur Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Jeune Afrique : Lorsque la World Policy Conference de Marrakech s’est terminée, en octobre 2010, on était loin de se douter que le monde arabe entrerait en ébullition…

Thierry de Montbrial : Peut-on prévoir un tremblement de terre, même cinq minutes avant qu’il ne se produise ? Non. En politique, c’est exactement la même chose. Si vous reprenez la séquence du Printemps arabe – un malheureux s’immole par le feu au fin fond de la Tunisie, ce qui conduit, par effet de contagion, à la mort de Kadhafi et à une suite d’événements tout aussi improbables –, cet enchaînement était totalement imprévisible.

La comparaison avec l’effondrement du bloc soviétique est-elle opportune ?

Non, car nous étions dans un contexte de guerre froide et ces événements ont été précipités par les décisions de Mikhaïl Gorbatchev. La comparaison appropriée est celle du « printemps des peuples » de 1848, en Europe, qui s’est achevé un peu partout par des contre-révolutions.

Le monde arabe n’est-il pas sous la menace d’une contre-révolution islamiste ?

Cette poussée islamiste était, elle, parfaitement prévisible. Les Occidentaux ont une attitude contradictoire – ils veulent la démocratie mais en refusent souvent les conséquences – et sont naïfs, puisque son implantation demande du temps. Cela dit, je ne pense pas que les islamistes, au Maghreb, cherchent la confrontation. Ils voudront avoir de bonnes relations avec l’Occident tout en essayant de transformer la société en douceur, par la pression sociale.

L’Algérie peut-elle rester indéfiniment à l’abri ?

Sûrement pas. Mais elle présente deux singularités : le traumatisme de la guerre civile des années 1990 et un régime qui n’offre pas de prise, puisqu’on a du mal à identifier ceux qui détiennent la réalité du pouvoir. Au Maroc, en revanche, Mohammed VI a eu les bons réflexes au bon moment. La contestation n’a pas disparu, mais le souverain a une stratégie de mouvement. Et puis, la monarchie marocaine transcende tout, y compris le parti islamiste PJD. Cela étant, même les légitimités les plus ancrées dans l’Histoire peuvent être fragilisées. Au début de l’année 1789, la monarchie capétienne était infiniment légitime, mais elle a multiplié les erreurs

L’Occident aura été intraitable avec la Libye et attentiste avec la Syrie…

La diplomatie est par nature à géométrie variable. L’intervention en Libye s’appuyait sur une résolution de l’ONU, après le feu vert de la Ligue arabe. S’agissant de la Syrie, nous n’avons à ce jour aucun de ces éléments. Et pour avoir la moindre chance de succès, une opération militaire devrait être de tout autre ampleur que celle menée en Libye

Se dirige-t-on vers de profondes modifications de la gouvernance mondiale aux dépens de l’Occident ?

La montée des nations émergentes est en train de transformer le monde. Pour autant, la Chine n’a guère d’expérience diplomatique à l’échelle mondiale, et Pékin ne va pas se précipiter pour se substituer aux États-Unis comme première puissance de la planète. C’est donc toujours aux Occidentaux d’assurer le leadership. Mais il est vital d’élargir le cercle, d’où la nécessité de remettre de l’ordre dans nos affaires. À défaut, il y a risque de désordre, de guerres. Ce qui est en jeu en Europe aujourd’hui, au-delà de l’euro, c’est la paix. 

______

Propos recueillis par Philippe Perdrix

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

Cisjordanie : Israël s'empare de 400 hectares de terres

Cisjordanie : Israël s'empare de 400 hectares de terres

Les autorités israéliennes ont annoncé, dimanche, le lancement d’une procédure d’appropriation de 400 hectares de terres situées en Cisjordanie, dans le secteur de Bethléem. [...]

Le complexe gazier d'In Amenas redémarre, 18 mois après l'attaque terroriste

Un an et demi après une attaque terroriste qui a entraîné la mort de 40 salariés et la destruction d'une partie de ses infrastructures, le complexe gazier d'In Amenas, en Algérie, redémarre[...]

Maroc : les maraîchers disent "merci Poutine"

Depuis que Moscou a décrété un embargo sur les importations en provenance de l'Union européenne, les agriculteurs marocains s'organisent pour profiter de ce marché estimé à[...]

Amara Benyounes : "Bouteflika, la Constitution algérienne et nous"

Leader de la troisième force politique du pays, le ministre du Commerce revient sur le processus de révision du texte fondamental. Et détaille les amendements proposés par son mouvement.[...]

Mali : deux diplomates algériens libérés plus de 2 ans après leur rapt

Deux diplomates algériens enlevés en avril 2012 par un groupe islamiste armé au Mali ont été libérés samedi, ont annoncé les autorités algériennes en confirmant[...]

Libye : violents combats à Benghazi, l'aéroport touché

De violents entre les forces du général rebelle Khalifa Haftar et des miliciens islamistes ont fait samedi au moins dix morts à Benghazi, la grande ville de l'est de la Libye. L'aéroport a[...]

Le Maroc "solidaire" des pays touchés par Ebola au nom de sa politique africaine

Avec la suspension des vols d'Air France vers la Sierra Leone, le Maroc est le dernier pays à desservir de manière régulière les trois principaux pays frappés par l'épidémie[...]

Football : quand Ebola perturbe les compétitions en Afrique

Le virus Ebola, dont la progression implacable en Afrique de l'ouest effraie le monde entier, perturbe les rencontres internationales de football sur le continent, parfois délocalisées par crainte de contamination,[...]

Algérie - Maroc : la déchirure

Tranchées d’un côté, clôture de l’autre. Alors que le fossé entre les deux voisins ne cesse de se creuser, "Jeune Afrique" a enquêté, vingt ans après la[...]

Libye : Mohamed Ali Ghatous kidnappé à Misrata

L'ex-directeur de cabinet de l'ancien Premier ministre libyen Ali Zeidan, Mohamed Ali Ghatous, a été kidnappé le 19 août.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces
Buy VentolinBuy Antabuse Buy ZithromaxBuy Valtrex