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Urbanisation : levier ou frein pour le développement ?

09/12/2011 à 08:32
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Pierre-André Périssol est président de l’Agence française de développement et des Ateliers internationaux de l’urbanisme et Omar Derraji ets président de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones (CPCCAF).

L’Afrique est entrée pleinement dans la révolution urbaine. Ce processus conduira la majorité des Africains à vivre dans un environnement urbain à l’horizon de 2020. L’histoire des villes nous enseigne que le même processus s’est répété sur tous les continents : lors des révolutions industrielles et des phases de décollage économique, les villes ont été les locomotives du développement territorial. Ce phénomène est d’autant plus important dans une économie mondialisée. Shanghai ou Séoul en sont de belles illustrations.

Bien que récurrent, ce processus de corrélation entre croissances urbaine et économique n’a pourtant rien d’une mécanique nécessairement vertueuse : si le développement urbain est maîtrisé, il devient un levier qui sert et nourrit celui de l’économie ; mais s’il reste incontrôlé, il devient un frein à une croissance économique durable.

Quid de l’Afrique ? Dans l’ensemble, sa croissance urbaine est décorrélée de son développement économique. Les deux dynamiques coexistent sans s’alimenter. Dans les grandes métropoles du littoral ouest-africain, comme Dakar, Abidjan ou Lagos, les capacités d’attraction et de rayonnement, héritées d’un positionnement géographique, géopolitique ou encore administratif particulièrement favorable, commencent à être sérieusement remises en question par l’accumulation des dysfonctionnements résultant d’un urbanisme désarticulé, d’un étalement non régulé et d’un retard en matière d’équipements urbains, en particulier dans les infrastructures de transport.

Pour le dire crûment, les grandes villes africaines sont encore loin d’être les moteurs économiques qu’elles devraient devenir. Elles ne constituent pas les pôles d’attractivité, de production et de connaissance qu’elles pourraient être sur un continent en pleine révolution démographique et économique. Plus grave, le risque de les voir entrer dans des cercles non vertueux existe bien, ceux où la gestion des villes deviendrait un problème de plus à régler sur le long chemin du progrès et du développement du continent.

Quelles perspectives ? Nos expériences croisées d’opérateurs économiques historiques de l’Afrique, celle du réseau des chambres de commerce africaines et francophones et celle des ateliers de maîtrise d’œuvre urbaine, nous autorisent à rappeler ce que doivent être les grandes lignes et les leviers d’une action visant à opérer cette rencontre entre l’urbain et l’économie.

D’abord, réguler et maîtriser la croissance urbaine à la source, celle de l’exode rural, par des politiques d’aménagement du territoire renforçant les villes moyennes, afin de répartir l’expansion urbaine en différents points et d’éviter les situations de macrocéphalie des capitales.

Ensuite, poursuivre et amplifier l’équipement et la modernisation des infrastructures de communication et de transport, des réseaux de fourniture d’énergie, et continuer également à sécuriser le cadre d’action des opérateurs, qu’il s’agisse de l’accès au foncier constructible, de la réglementation administrative et fiscale ou de la justice.

Enfin, reconnaître l’enjeu du développement économique urbain comme prioritaire au sein des politiques nationales, mobiliser les grands bailleurs de fonds sur des programmes de développement intégrés, associer davantage les acteurs économiques et démultiplier à l’échelle de chacune des grandes villes les cadres de concertation entre les autorités publiques et le secteur privé existant au niveau national.

L’enquête réalisée auprès des membres de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones (CPCCAF) et restituée lors de leur assemblée générale annuelle, à Cotonou, du 2 au 4 novembre, démontre que la prise en compte des enjeux du développement économique urbain est directement indexée sur le niveau de développement du pays : reconnus dans les pays ayant bien amorcé leur décollage économique, notamment ceux du Maghreb ou ceux dotés d’une grande métropole urbaine, mais en revanche encore largement sous-estimés dans les autres.

Le défi est donc double. Pour le premier groupe de pays, il s’agit de poursuivre la prise en charge des questions et problèmes posés. Pour le second groupe, d’anticiper et de ne pas attendre que la situation devienne problématique. 

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