Président de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (Haca) marocaine.
On assiste aujourd’hui, dans notre région, à une formidable accélération de l’Histoire générée par le Printemps arabe, fruit d’une impressionnante conjonction des aspirations d’une jeunesse frustrée en mal d’avenir, de l’impact de nouveaux médias désormais sans frontières et des atermoiements de régimes politiques incapables d’apporter aux questions du moment des réponses suffisantes, apaisantes et (re)structurantes. Des forteresses patiemment édifiées, des visions et des méthodes obsolètes, autoritaires et souvent rétrogrades se disloquent sous l’effet de cette déferlante politico-médiatique.
Le Maroc serait-il épargné ? Ses acquis, ses anticipations, ses interactions opportunes avec cette revendication printanière, politique et sociale, seraient-ils en passe de l’aider à réussir sa pacifique mais très délicate mutation ? Ses médias contribuent-ils positivement à celle-ci ?
Annoncée par la nouvelle Constitution de juillet dernier, par les toutes proches élections législatives anticipées, par le climat de liberté et le sens de la mesure qui prévalent, globalement, dans l’organisation, l’encadrement et le traitement médiatique des revendications, cette mutation semble sur la bonne voie.
Sur le plan audiovisuel, la libéralisation entamée dans les faits durant les années 1980 se confirme en 2002 par la levée du monopole de l’État et la création d’une autorité indépendante de régulation. Elle tient de la volonté politique de changement que conduit le roi, depuis son intronisation en 1999, à travers les grands chantiers de réconciliation du Maroc avec lui-même, tant aux niveaux politique, judiciaire, socioterritorial, identitaire, qu’aux niveaux des droits de l’homme et des médias audiovisuels. Tout en faisant l’objet d’une véritable mutation, passant de la gestion autoritaire d’antan à l’apprentissage de la liberté dans la responsabilité et du pluralisme, ces médias sont perçus aussi comme acteurs de changement au service de ces différents chantiers de réforme.
C’est dans ce sens que, en matière de garantie du pluralisme dans les médias audiovisuels en période électorale, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (Haca) avait déjà édicté la décision no 14-07 à l’occasion des législatives de 2007. Ce dispositif introduisait de substantielles nouveautés qui continuent à être de mise, telles que le principe de l’équité/régularité d’accès ou la notion de « précampagne » électorale.
Selon un rapport de la Haca, désormais constitutionnellement chargée de garantir le pluralisme politique, linguistique et culturel, 21 % du temps de parole ont été occupés par la société civile, dont 11 % pour le mouvement contestataire du 20 Février, lors de la campagne référendaire de juin dernier sur la nouvelle Constitution.
Par le biais d’une nouvelle décision, la Haca peut aujourd’hui continuer à mettre un peu plus le citoyen au cœur de l’équation audiovisuelle, en modulant l’équité d’accès des partis par l’égalité de chances offertes aux programmes électoraux. La garantie de l’accès équitable de tous les partis politiques à six médias audiovisuels publics et à onze médias privés durant les quarante-trois jours de la campagne législative a permis à trente-cinq formations politiques, dont les trois boycottant les élections, de s’exprimer sur leurs positions et leurs programmes.
Mais, au-delà de ces considérations pratiques, la Haca, édifiée par son vécu institutionnel d’acteur résolu de changement, s’est très tôt convaincue que le pluralisme politique dans les médias ne se décrète pas. Il se construit. Les chemins vers la démocratie, la modernité et la dignité ne sont pas rectilignes, pas plus qu’ils ne sont sécurisés ou prédéterminés. Ils sont tributaires de la mobilisation, de la maturité, de la patience et de la persévérance de toutes les parties en présence : autorités publiques, forces politiques, société civile, opérateurs économiques et bien évidemment les médias, tous les médias.

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