Extension Factory Builder

L'audiovisuel marocain est un acteur résolu du changement

09/12/2011 à 12:29
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Président de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (Haca) marocaine.

On assiste aujourd’hui, dans notre région, à une formidable accélération de l’Histoire générée par le Printemps arabe, fruit d’une impressionnante conjonction des aspirations d’une jeunesse frustrée en mal d’avenir, de l’impact de nouveaux médias désormais sans frontières et des atermoiements de régimes politiques incapables d’apporter aux questions du moment des réponses suffisantes, apaisantes et (re)structurantes. Des forteresses patiemment édifiées, des visions et des méthodes obsolètes, autoritaires et souvent rétrogrades se disloquent sous l’effet de cette déferlante politico-médiatique.

Le Maroc serait-il épargné ? Ses acquis, ses anticipations, ses interactions opportunes avec cette revendication printanière, politique et sociale, seraient-ils en passe de l’aider à réussir sa pacifique mais très délicate mutation ? Ses médias contribuent-ils positivement à celle-ci ?

Annoncée par la nouvelle Constitution de juillet dernier, par les toutes proches élections législatives anticipées, par le climat de liberté et le sens de la mesure qui prévalent, globalement, dans l’organisation, l’encadrement et le traitement médiatique des revendications, cette mutation semble sur la bonne voie.

Sur le plan audiovisuel, la libéralisation entamée dans les faits durant les années 1980 se confirme en 2002 par la levée du monopole de l’État et la création d’une autorité indépendante de régulation. Elle tient de la volonté politique de changement que conduit le roi, depuis son intronisation en 1999, à travers les grands chantiers de réconciliation du Maroc avec lui-même, tant aux niveaux politique, judiciaire, socioterritorial, identitaire, qu’aux niveaux des droits de l’homme et des médias audiovisuels. Tout en faisant l’objet d’une véritable mutation, passant de la gestion autoritaire d’antan à l’apprentissage de la liberté dans la responsabilité et du pluralisme, ces médias sont perçus aussi comme acteurs de changement au service de ces différents chantiers de réforme.

C’est dans ce sens que, en matière de garantie du pluralisme dans les médias audiovisuels en période électorale, la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (Haca) avait déjà édicté la décision no 14-07 à l’occasion des législatives de 2007. Ce dispositif introduisait de substantielles nouveautés qui continuent à être de mise, telles que le principe de l’équité/régularité d’accès ou la notion de « précampagne » électorale.

Selon un rapport de la Haca, désormais constitutionnellement chargée de garantir le pluralisme politique, linguistique et culturel, 21 % du temps de parole ont été occupés par la société civile, dont 11 % pour le mouvement contestataire du 20 Février, lors de la campagne référendaire de juin dernier sur la nouvelle Constitution.

Par le biais d’une nouvelle décision, la Haca peut aujourd’hui continuer à mettre un peu plus le citoyen au cœur de l’équation audiovisuelle, en modulant l’équité d’accès des partis par l’égalité de chances offertes aux programmes électoraux. La garantie de l’accès équitable de tous les partis politiques à six médias audiovisuels publics et à onze médias privés durant les quarante-trois jours de la campagne législative a permis à trente-cinq formations politiques, dont les trois boycottant les élections, de s’exprimer sur leurs positions et leurs programmes.

Mais, au-delà de ces considérations pratiques, la Haca, édifiée par son vécu institutionnel d’acteur résolu de changement, s’est très tôt convaincue que le pluralisme politique dans les médias ne se décrète pas. Il se construit. Les chemins vers la démocratie, la modernité et la dignité ne sont pas rectilignes, pas plus qu’ils ne sont sécurisés ou prédéterminés. Ils sont tributaires de la mobilisation, de la maturité, de la patience et de la persévérance de toutes les parties en présence : autorités publiques, forces politiques, société civile, opérateurs économiques et bien évidemment les médias, tous les médias. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Maroc

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Cameroun : le marocain Cosumar choisi pour développer un nouveau complexe sucrier

Cosumar plantera de la canne à sucre et construira une raffinerie entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays. Le leader marocain du sucre bat lors de l'appel d'offres le groupe français Somdiaa qui[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Maroc : Abdellatif Hammouchi, de l'ombre à la lumière

Il y a un an, le patron du renseignement intérieur marocain était convoqué par une juge française, ce qui provoquait une crise diplomatique entre Paris et Rabat. Aujourd'hui, la France le[...]

Libye : suspension du dialogue pour une sortie de crise

Le Parlement libyen siégeant à Tobrouk (Est), reconnu par la communauté internationale, a décidé lundi de suspendre sa participation au dialogue sur une sortie de crise parrainé par[...]

Mustapha Hadji : "En football, le Maroc a pris du retard... mais nous pouvons revenir au sommet"

Ballon d’Or africain 1998, Mustapha Hadji est un des meilleurs joueurs de l’histoire du football du continent. Aujourd’hui sélectionneur-adjoint du Maroc, l’ancien milieu de terrain de Nancy, du [...]

Maroc : les nouvelles filières de Daesh

Une série de coups de filet opérés récemment par la DGST d'Abdellatif Hammouchi a révélé une évolution préoccupante des cellules jihadistes dans le nord du[...]

Maroc : les régularisations à l'heure du bilan

Un premier bilan de l'opération de régularisation des migrants clandestins au Maroc a été présenté par le CNDH à Rabat, le 7 février.[...]

Maroc, Tunisie : le bras de fer avec la CAF ne fait que commencer

Durement sanctionné après son refus d'organiser la CAN Orange 2015, le Maroc n'a pas l'intention de se laisser faire. Tout comme la Tunisie, elle aussi visée.[...]

Moi, Aïssatou, Guinéenne régularisée au Maroc, mais toujours en sursis

Aïssatou Barry est une migrante guinéenne qui a survécu à l'enfer du tristement célèbre camp de Gourougou, dans le nord du Maroc, qui abrite les migrants clandestins voulant rallier [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces