Extension Factory Builder

Libye : Senoussi, l'homme des basses oeuvres

05/12/2011 à 16:34
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Abdallah Senoussi, ancien patron des services de sécurité extérieure. Abdallah Senoussi, ancien patron des services de sécurité extérieure. © Dario Lopez-Mills/Sipa

Le cas Senoussi dérange. Les autorités libyennes ont annoncé sa capture à Sebha, dans le Sud, avant de se rétracter. Dans l'attente de la confirmation de son arrestation, portrait de l’ex-numéro deux officieux du régime Kadhafi, dont le nom est synonyme de terreur.

Dans les télégrammes diplomatiques révélés par WikiLeaks, les Américains décrivent Abdallah Senoussi comme l’« homme à tout faire » de Kadhafi, vivant dans la terreur du « Guide » libyen, chargé des affaires courantes et même de ses rendez-vous médicaux. Marié à la belle-sœur de Mouammar, Senoussi, 62 ans, est doublement lié au régime. Par alliance et par le sang qu’il a fait couler depuis les années 1980. L’homme a connu une ascension fulgurante après avoir été introduit dans le premier cercle du pouvoir par Abdessalem Jalloud. Membre du Conseil de commandement de la révolution, ce dernier recrute des proches, prioritairement de sa tribu, les Megraha. Parmi eux, Abdallah Senoussi, un lointain cousin.

Né en 1949, le futur chef des renseignements est formé à l’Académie militaire du Caire. À la tête des comités révolutionnaires, Jalloud mène la chasse aux « chiens errants », nom donné par le régime aux opposants en exil. C’est là que le lieutenant-colonel Senoussi s’illustre. Brutal, n’hésitant pas à superviser directement les interrogatoires et séances de torture, il devient responsable des services de sécurité extérieure et recrute à son tour un homme de sa tribu, Abdelbasset el-Megrahi, qui assumera presque seul la responsabilité de l’attentat contre l’avion de la Pan Am à Lockerbie au terme d’un feuilleton judiciaire rocambolesque. Mais, en 1989, un an après Lockerbie, un autre avion explose en plein vol. Le vol UT 772 d’UTA se désintègre au-dessus du Niger. Reconnu instigateur et cerveau de l’attentat, Senoussi est condamné, en 1999, à la réclusion à perpétuité par la cour d’assises spéciale de Paris. À l’époque, les observateurs, et même le juge Bruguière, notent une défense erratique, comme si Senoussi acceptait par avance de payer l’addition.

Recherché par la justice française, le numéro deux officieux du régime libyen ne peut plus voyager en Occident. Il est définitivement lié à Kadhafi. C’est en Libye qu’il continuera de sévir. On dit qu’il supervise la formation du jeune Seif, qui partage avec lui une partie des dossiers politiques. L’opposition de façade entre le bon héritier et le méchant apparatchik ne tient pas la route. À chaque étape de la carrière de Seif, Senoussi est aux manettes, l’orientant et le conseillant. Les gouvernements valsent, lui reste. Toujours plus proche de Kadhafi, il coiffe la Katiba, qui s’occupe de la sécurité personnelle de Mouammar.

Exportation

En 1996, les détenus de la prison d’Abou Salim dénoncent leur sort : mauvais traitements, torture, détentions sans procès. Prétextant une mutinerie, Senoussi donne l’ordre de tirer : 1 200 prisonniers sont abattus. Toute la Libye est au courant, mais personne n’ose rien dire. Dix ans plus tard, quand les étudiants de Benghazi se soulèvent en mémoire des massacrés d’Abou Salim, il fait donner la poudre, faisant au moins treize morts parmi les manifestants. La terreur a un nom : Abdallah Senoussi.

Même privé de sortie par la condamnation française, l’homme exporte son savoir-faire. En 2004, le New York Times révèle un complot visant le prince héritier saoudien, à l’époque Abdallah. Deux hommes sont arrêtés, l’un en Égypte, l’autre aux États-Unis. Ils accusent Senoussi. Dans une de ses dernières apparitions, à la télévision libyenne, en juillet, il se met en scène avec de prétendus terroristes islamistes. Par courtes phrases hachées, il se lance dans une hallucinante ouverture tactique. « Si l’Occident s’allie aux extrémistes d’Al-Qaïda, nous sommes plus proches encore de ceux-là. Al-Qaïda est présente en Algérie, dans le Sahel et aujourd’hui en Libye, grâce à l’Otan. On s’entendrait bien, on parle la même langue. »

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Libye

Libye : Matug Aborawi dans l'arène espagnole

Libye : Matug Aborawi dans l'arène espagnole

Fasciné par l'Andalousie, blessé par la guerre dans son pays, cet artiste d'origine libyenne peint l'actualité méditerranéenne.[...]

Libye : 172 Tunisiens pris en otages par une milice islamiste du groupe Fajr Libya

Les autorités tunisiennes ont annoncé lundi l’existence de négociations en vue de la libération de 172 ressortissants détenus en Libye par un groupe de la coalition de milices islamistes[...]

La Libye arrête 400 migrants clandestins avant leur embarquement

Quelque 400 migrants clandestins ont été arrêtés dimanche par les autorités libyennes avant leur embarquement pour l'Europe, a annoncé dimanche l'organisme libyen chargé de la lutte[...]

Le groupe Al-Mourabitoune de Belmokhtar annonce son allégeance à l'EI

"Le mouvement Al-Mourabitoune annonce son allégeance au calife des musulmans Abou Baqr al-Baghdadi", a affirmé jeudi dans un enregistrement audio un responsable du mouvement armé terroriste.[...]

Liberté d'expression : les dessinateurs de presse en première ligne

L'attentat contre leurs confrères de "Charlie Hebdo" en janvier a fortement ému les dessinateurs africains et rappelé à quel point la liberté d'expression pouvait être[...]

Libye : un cargo turc bombardé, un marin tué

Le navire a été bombardé par les autorités libyennes reconnues par la communauté internationale. Elles accusent Ankara de soutenir ses rivaux islamistes.[...]

Libye : comment les migrants sont poussés à traverser la Méditerranée

Violences, viols, persécutions religieuses… Un rapport d'Amnesty International démontre que les conditions de vie des migrants en Libye les poussent à tenter la traversée de la[...]

Libye : le procès de Saadi Kadhafi reporté au 19 juillet

Le fils de Mouammar Kadhafi, qui avait fui la Libye lors de la révolution en 2011, comparaissait dimanche à Tripoli pour meurtre et détention arbitraire.[...]

Libye : les autorités de Tripoli réclament l'aide de l'UE contre les clandestins

Le gouvernement libyen de Tripoli, non reconnu par la communauté internationale, a réclamé samedi l'aide de l'Union européenne pour lutter contre l'immigration clandestine, demandant à recevoir[...]

Face au chaos libyen, sur Arte

Utiliser le mot "chaos" pour décrire la situation libyenne est un raccourci fréquemment emprunté à propos d'un pays qui n'en est pas vraiment un, qui n'en a jamais vraiment[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers