L’historien français des religions Odon Vallet revient sur la visite de Benoît XVI au Bénin, du 18 au 20 novembre. Un voyage au cours duquel le souverain pontife a dénoncé la corruption des États et l’injustice sociale.
Jeune Afrique : Au Bénin, le pape a tenu des propos très fermes à l’égard de l’Église catholique et des classes dirigeantes. Il s’agit d’une remise au pas ?
Odon Vallet (en photo ci-dessous, à son domicile parisien en 2009. Crédit : Lydie/Sipa) : Oui, c’est la première fois qu’un pape s’exprime de manière aussi directe. L’on retiendra surtout le discours dénonçant la corruption des États, la violence et l’injustice sociale. Benoît XVI a établi un diagnostic sévère de la situation politique en Afrique, tout en indiquant que l’Église devait montrer l’exemple. Il faut se souvenir qu’il n’avait pas hésité à demander la démission de quatre évêques centrafricains et béninois particulièrement importants – dont Marcel Honorat Agboton, archevêque de Cotonou –, qui avaient été impliqués dans des affaires de mœurs et de corruption. Pour Benoît XVI, qui a suggéré l’idée d’un audit, il est temps d’y mettre bon ordre.
Le pape aurait-il fait sa révolution ?
Depuis son voyage en Grande-Bretagne, en septembre 2010, sa communication a fait de gros progrès. Il évite désormais les gaffes comme celles commises avec ses prises de position sur les musulmans, les Juifs ou encore le préservatif. Au Bénin, il s’est contenté de rappeler les positions traditionalistes de l’Église, mais en évitant les propos inutilement provocateurs. Entre ses deux visites sur le continent, le discours a évolué. On peut même considérer que le déplacement au Cameroun, en mars 2009, était une sorte de rodage. On sait aussi que Benoît XVI fait preuve d’une plus grande vigilance que son prédécesseur. Jean-Paul II s’était quelquefois montré laxiste en matière de respect de la morale, notamment envers les prêtres pédophiles…
Mais on ne saurait réduire la visite du pape au Bénin à l’énoncé de mesures coercitives. Malgré la fatigue qui ne le quitte pas, il a tenu à effectuer ce déplacement pour témoigner de son intérêt pour un continent dans lequel l’Église catholique connaît une forte croissance. En se rendant au Bénin, le pape a voulu montrer qu’il était le meilleur représentant du christianisme, par opposition à certaines religions dont les pasteurs, parfois autoproclamés, ont un savoir limité. L’Église joue également un rôle économique important de par ses œuvres, ses écoles, ses hôpitaux, ses librairies. L’archevêque de Cotonou est représenté au conseil d’administration de la Bank of Africa, et l’Église catholique est l’un des premiers employeurs du pays, avec ce que cela suppose de responsabilités et de tentations. Il y a donc tout un chantier de réformes à ouvrir, au Bénin et partout en Afrique.
On aura aussi relevé quelques omissions dérangeantes au cours de ce voyage…
Effectivement. On peut regretter qu’à Ouidah Benoît XVI ne se soit pas clairement exprimé sur l’esclavage devant la Porte du non-retour. Et autant on peut le féliciter d’avoir voulu remettre de l’ordre dans les diocèses, autant certains catholiques regretteront qu’il n’ait pas davantage salué le travail de quelques congrégations en matière d’éducation, de santé et de développement de l’agriculture. Benoît XVI est un intellectuel de haut niveau, peu habitué aux formules fortes de son prédécesseur qui emportaient l’adhésion des masses.
Un nouveau temps politique s’ouvre donc ?
Dans les pays d’Afrique, on vit une révolution scolaire. On assiste au remplacement de l’Afrique des BEPC par une Afrique « masterisée ». On ne peut plus s’adresser aux Africains comme à de grands enfants. Ils ont des exigences. Leur confiance dans les prêtres n’est plus automatique. Benoît XVI milite pour une Église catholique plus offensive, qui entretient désormais une relation plus apaisée avec l’Afrique, où l’appel politique rejoint l’exhortation apostolique.
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Propos recueillis par Clarisse Juompan-Yakam.

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