28/11/2011 à 13h:02 Marwane Ben Yahmed
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Abidjan, fin novembre. Six mois après l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire et l’installation du gouvernement, la capitale économique revit. Si les stigmates de la guerre n’ont pas tous disparu, la ville n’en a pas moins retrouvé un peu du lustre qui, jadis, faisait sa fierté. Elle est plus propre, plus sûre et partiellement débarrassée des mille et un barrages des forces de sécurité qui empoisonnaient la vie des habitants, délestés à chaque passage de quelques milliers de francs CFA. Les travaux de voirie se multiplient, les taudis construits illégalement disparaissent progressivement – même si personne ne sait ce que deviennent ensuite leurs occupants ainsi « déguerpis » –, de nombreux bâtiments sont en cours de réhabilitation. Abidjan panse ses plaies, mais le traumatisme de la crise postélectorale est toujours vivace. La proximité des législatives du 11 décembre n’y est pas étrangère : la dernière fois qu’on a expliqué aux Ivoiriens qu’il fallait se rendre aux urnes pour tourner la page d’une décennie de conflit, ils se sont retrouvés avec une guerre ouverte sur les bras.

Ce scrutin est le premier test majeur pour le pays. Plus que les résultats, qui ne font guère de doute – la seule inconnue étant le rapport des forces entre le RDR d’Alassane Ouattara et le PDCI d’Henri Konan Bédié –, c’est le déroulement de l’opération qui suscite l’inquiétude. Dix mille policiers, dix mille gendarmes et cinq mille militaires seront déployés pour veiller au grain. Les grands moyens.

Ils sont 943 candidats en lice (représentant 35 partis) – dont 440 indépendants –, pour 1 182 dossiers déposés. Au final, 255 députés, élus par un peuple exténué qui veut la paix, du travail, des logements, une école qui fonctionne, des hôpitaux qui soignent… « Nous, on s’en fout ! RDR, PDCI, FPI, Lider… Peu importe, nous explique Adama, petit entrepreneur dans le bâtiment. On veut des gars qui travaillent enfin pour nous. Une part du gâteau que nous n’ayons pas à mendier ! » Sentiment largement partagé, y compris par cet ancien ministre touché par la grâce et le remord : « Pendant cinquante ans, et plus particulièrement au cours des dix dernières années, nous, les politiques, on a volé ces gens, on s’est tous enrichis. Nous avons tout : belles voitures, villas cossues, vins grands crus, champagne, jolies filles, vacances de rêve… Beaucoup de nos compatriotes n’ont rien. Comment ne pas comprendre leur ras-le-bol ? »

En Côte d’Ivoire, comme ailleurs en Afrique, la politique est toujours le chemin le plus court vers la fortune. Un chemin très fréquenté. Un exemple, qui résume à lui seul cette évidence et cette déviance : la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), déclarée apolitique lors de sa création, en 1990. Les neuf secrétaires généraux qui se sont succédé à sa tête ont tous embrassé une carrière politicienne. Le millier de candidats aux législatives ont-ils compris que les Ivoiriens comme Adama souhaitent voir émerger une nouvelle classe dirigeante en lieu et place de la « mafia » qu’ils dénoncent ? Rien n’est moins sûr. 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Côte d'Ivoire

Mali : le Premier ministre rencontre à Abidjan le président ivoirien Ouattara

Mali : le Premier ministre rencontre à Abidjan le président ivoirien Ouattara

Le Premier ministre malien de transition, Cheick Modibo Diarra, s'est entretenu samedi à Abidjan de la crise au Mali avec le président ivoirien Alassane Ouattara, chef en exercice de l'organisation régionale[...]

Côte d'Ivoire : la défense de Gbagbo conteste la compétence de la CPI

La défense de Laurent Gbagbo a contesté la compétence de la CPI pour juger l’ancien président de la Côte d’Ivoire.[...]

Côte d'Ivoire : toute l'enquête sur le nouveau scandale des déchets toxiques

En 2006, l'affaire des déchets toxiques déversés à Abidjan avait failli emporter le gouvernement. Six ans plus tard, trois personnalités sont montrées du doigt. Elles sont[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Côte d'Ivoire : Michel Gbagbo, fils du président déchu, est un "prisonnier d'opinion" selon sa mère

Le fils de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, Michel Gbabgo, est un "prisonnier d’opinion", selon sa mère, la Française Jacqueline Chamois. Celle-ci demande "un rapatriement[...]

Côte d'Ivoire : le scandale des déchets toxiques emporte le ministre Adama Bictogo

Le ministre ivoirien de l’Intégration africaine, Adama Bictogo, a été limogé mardi 22 mai. Son départ du gouvernement fait suite au nouveau scandale des déchets toxiques. [...]

Hollande et l'Afrique : changement de diplomatie, au profit de qui ?

Les chefs d'État accueillent diversement l'alternance française. Si le Nigérien Mahamadou Issoufou et le Guinéen Alpha Condé sont tout sourire, leurs homologues d'Afrique centrale se[...]

Côte d'Ivoire : déchets toxiques, le nouveau scandale

Dans son numéro 2680, en kiosque du 20 au 26 mai 2012, "Jeune Afrique" enquête sur les suites de l’affaire Trafigura, du nom de la société néerlandaise affréteuse[...]

Guinée-Bissau : petit pays, grandes manoeuvres

La Cedeao, Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, goûtait peu la percée angolaise dans la région. Elle pourrait finir par s'accommoder du putsch du 12 avril  en[...]

Armée française en Afrique : renégociation des accords de défense, rompre avec la "Françafrique"

Le 18 avril, Paris a finalisé la remise à plat des accords militaires passés avec ses anciennes colonies. Au final, des bases moins nombreuses et des effectifs réduits. L'essentiel, c'est de se[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers