Extension Factory Builder

France : Karima Delli, un fruit encore vert

29/11/2011 à 16:33
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Karima Delli l'affirme : elle n'a pas changé. Karima Delli l'affirme : elle n'a pas changé. © Miguel Medina/AFP

La députée écologiste européenne Karima Delli est entrée en politique par la petite porte. D’origine algérienne, elle soutient Eva Joly pour la présidentielle de 2012. Et continue de s'investir dans le mouvement social. Rencontre.

Droite dans ses sandalettes de cuir, la militante altermondialiste d'origine algérienne et devenue eurodéputée écologiste l’affirme : elle n’a pas changé. En 2009, lorsqu’avec ses colistiers Daniel Cohn-Bendit, Eva Joly et Pascal Canfin elle prend ses quartiers à Bruxelles, Karima Delli le promet joliment : « J’aurai une jambe dans les institutions, une dans le mouvement social, et je marcherai plus vite pour faire bouger les choses. » C’est par cette même formule qu’elle débute l’entretien aujourd’hui.

Si le mantra d’hier a pris avec le temps des allures de slogan de campagne, que le discours est désormais celui d’une femme politique pleine d’assurance, au moins n’a-t-elle pas menti. En janvier dernier, elle apparaissait, guitare en bandoulière, dans un clip du collectif Jeudi noir défendant les mal-logés. Parodiant une chanson de Carla Bruni, la députée reprenait en cœur : « Il est Apparu [secrétaire d’État chargé du Logement, NDLR] qu’il fait pas son boulot, le nombre de sans-abri est loin d’être à zéro. Pourtant quelqu’un m’a dit que tu promets encore. » Les images étaient tournées dans un immeuble squatté, avec vue sur l’Élysée.

"Changer le monde avec un sourire"

Bien sûr, lorsqu’elle revêt son costume d’eurodéputée – qu’elle veut décontracté, veste et châle colorés –, elle distille les éléments de langage choisis par les communicants d’Europe Écologie-Les Verts, évite de parler d’elle et préfère aborder la campagne de 2012. Mais elle le fait avec un sourire communicatif. « Je suis persuadée qu’on peut changer le monde avec un sourire », explique cette brune dynamique qui répète à l’envi qu’elle est « dé-ter-mi-née ».

À 32 ans, Karima Delli est l’un des plus jeunes députés français du Parlement européen. Convaincue qu’on peut faire de la politique « autrement », elle imprime à sa fonction la marque subversive des « joyeux activistes », comme elle qualifie ses comparses de Jeudi noir et de Génération précaire. C’est Manuel Domergue qui l’a introduite dans le milieu. « Elle a un caractère joyeux, de la bonne humeur. C’est la seule à chanter à peu près bien, donc elle est devenue la coqueluche de collectifs », plaisante ce militant d’Europe Écologie-Les Verts. Ils se sont connus en 2005, dans les couloirs du Sénat, chacun était l’assistant parlementaire d’un sénateur Vert. Karima Delli venait d’intégrer l’équipe de Marie-Christine Blandin, son mentor en politique, rencontrée lors de recherches menées par l’étudiante à Sciences-Po Lille qu’elle était. « Je voulais passer des concours, devenir prof, mais son discours m’a séduite. Je lui ai écrit une lettre pour qu’elle m’engage. »

En 2007, Delli prend la tête des Jeunes Verts et veut croire aux promesses d’une écologie « sociale et populaire ». « L’écologie est pour tout le monde, et surtout pour les précaires. J’ai toujours vécu ainsi. Dans une famille de treize enfants, il faut récupérer les vêtements des frères et sœurs, faire attention à tout. Dans le Nord, on dit “faut pas gâcher”. Ça rejoint le message écolo : “Stop au gaspillage.” »

Sauvons les riches

Pendant la campagne pour les européennes de 2009, elle fonde avec ses amis le collectif Sauvons les riches. Ils remettent à Jean Sarkozy un diplôme de « fils à papa » et réclament l’instauration d’un revenu maximal. À son arrivée au Parlement quelques mois plus tard, la voilà qui proteste contre la reconduction du président de la Commission, avec un tee-shirt « Stop Barroso »…

« Elle apporte sa légitimité, mais n’est pas juste une caution morale à nos combats », explique Manuel Domergue. « Être à l’intérieur des institutions permet de faire bouger l’appareil », confirme l’intéressée. Pas du genre à mettre de l’eau dans son vin, elle ne souhaite pas entrer à tout prix dans le moule bruxellois. « Je siège en jean-baskets, je n’ai pas de carrière derrière moi, mais je suis respectée car j’ai beaucoup bossé. » Une discipline qui lui vient de parents « très attentifs » à son éducation. « En dépit de leur analphabétisme, ils ont su nous donner goût à l’école, à la lecture. » Fille d’immigrés algériens, Karima Delli a grandi à Tourcoing (Nord) et se dit fière de son accent (imperceptible), mais surtout de son père, ouvrier dans le textile, et de sa mère, femme au foyer. Et même si elle regrette de ne pas mieux connaître l’Algérie, où elle n’est pas retournée depuis quatre ans, elle assure avoir ses racines chevillées au cœur. « J’ai toujours avec moi un petit foulard kabyle ! » Si elle soutient Eva Joly pour la présidentielle de 2012, c’est parce qu’elle incarne l’ouverture. « Eva n’est pas du sérail, elle symbolise la réconciliation entre citoyens et politiques. » Et d’ajouter, en réponse aux attaques contre l’ex-juge franco-norvégienne : « Avoir une candidate binationale est une richesse, soyons fiers de nos origines ! » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Aqpa - Yémen : 205 attaques, dont celle de 'Charlie Hebdo', en seulement trois mois

Aqpa - Yémen : 205 attaques, dont celle de "Charlie Hebdo", en seulement trois mois

Comme une ONG sérieuse, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) a publié un rapport trimestriel de ses activités, incluant notamment l'attaque en France contre le journal "Charlie Hebdo&q[...]

France : le corps d'Hervé Gourdel, décapité en Algérie, rapatrié à Paris

Le corps du Français Hervé Gourdel, enlevé puis décapité en septembre par des jihadistes algériens, a été rapatrié en France, onze jours après sa[...]

Daesh : revers à Kobané, coup d'arrêt à l'expansion jihadiste en Syrie

Après quatre mois de violents combats, l'État islamique (EI) a été chassé de la ville syrienne de Kobané par les forces kurdes. C'est la plus importante défaite du groupe jihadiste[...]

"Danser les ombres" de Laurent Gaudé : Haïti entre la vie et la mort

L'histoire du dernier roman de Laurent Gaudé, "Danser les ombres", se situe à Haïti, au moment du tremblement de terre de janvier 2010.[...]

Jean-Damascène Habarurema, marathonien philosophe, entre la France et le Rwanda

Rescapé du génocide, ce Rwandais court le marathon pour la France et travaille sur une thèse de philosophie.[...]

Syrie : Daesh revendique l'assassinat d'un otage japonais

Le groupe Etat islamique a revendiqué dimanche l'exécution d'un otage nippon, réclamant que soit relâchée une jihadiste en échange de la libération du deuxième Japonais aux[...]

Théâtre : la misère affective du déraciné par Elise Chatauret

Dans Nous ne sommes pas seuls au monde, l'auteure et metteuse en scène Élise Chatauret évoque le déracinement affectif d'un exilé africain.[...]

Le corps du Français Hervé Gourdel, décapité en Algérie, sera rapatrié lundi

Le corps du touriste français Hervé Gourdel, enlevé puis décapité fin septembre par des jihadistes algériens, doit être transféré lundi vers la France, douze jours[...]

France : presque autant d'actes antimusulmans depuis le 7 janvier que pour toute l'année 2014

Avec 128 faits recensés en deux semaines, les actes antimusulmans sont presque aussi nombreux depuis l'attentat contre Charlie Hebdo que pour toute l'année 2014.[...]

La guerre du sacré n'aura pas lieu

Dans les banlieues françaises ou à Casablanca, au Caire, à Islamabad ou à Tataouine, Charlie Hebdo n'a pas bonne presse. À cause, bien sûr, des caricatures du prophète[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces