Rien ne destinait ce haut fonctionnaire à une carrière de diplomate. C’est sa francophilie qui l’a conduit sur le continent.
Directeur général Afrique du ministère des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, Lu Shaye est né en 1964 dans la ville de Nankin, connue tant pour sa montagne pourpre, où repose Sun Yat-sen, et son passé de capitale de la dynastie Ming que pour le terrible massacre qui y fut perpétré par les Japonais en 1937. La Révolution culturelle est lancée un an après sa naissance, événement tragique dont il dit avoir été relativement épargné : « Quand je suis entré au collège, la Révolution culturelle était finie, je n’en ai donc pas vraiment souffert. »
Il échappe en effet, à quelques années près, au séjour en camp de rééducation pour jeunes instruits. Ses parents, médecins au sein de la compagnie du chemin de fer de Nankin, sont cependant touchés par les événements. Le père séjourne même en prison. Le jeune Lu Shaye n’en conçoit pas d’animosité pour le Parti et entre dans la Ligue de la jeunesse communiste, comme « tous les jeunes Chinois motivés en ce temps-là ». Les études propulsent cet enfant de la classe moyenne – la Chine a inventé la méritocratie avec les concours mandarinaux – dans les hautes sphères de la diplomatie chinoise.
Tout commence par hasard, dit-il, avec l’apprentissage du français au collège des langues étrangères de Nankin, où il est envoyé par ses instituteurs. Les langues européennes constituent une première lucarne vers le monde extérieur. Il a quinze ans, en 1979, lorsque Deng Xiaoping lance les réformes d’ouverture qui bouleverseront l’histoire du pays. La politique ne l’intéresse cependant pas encore : ce qui l’intéresse, c’est la littérature.
Aussi tente-t-il, à l’issue de son baccalauréat, d’intégrer le département de littérature européenne de la prestigieuse Université de Pékin. Il échoue, mais est admis à l’Institut de diplomatie, un autre établissement de prestige : encore un hasard, responsable selon lui de son destin africain.
De l’Afrique, il ne sait rien ou presque à l’époque, mais il est marqué par un cours sur l’histoire de la colonisation et des indépendances. À l’issue de ses études, il est envoyé en Guinée-Conakry par le ministère des Affaires étrangères, en raison de sa maîtrise du français. Sa carrière de diplomate est lancée. Elle le conduira à visiter une trentaine de pays, à occuper des fonctions à Pékin et à Paris, avant de devenir en 2006 ambassadeur de Chine à Dakar, à la suite du renouvellement des relations diplomatiques entre les deux pays.
De retour à Pékin, c’est la consécration : il prend ses fonctions de directeur du département Afrique du ministère des Affaires étrangères.
Lu Shaye incarne une diplomatie en plein renouvellement, de style et de ton. Il a bien compris la nécessité de communiquer, de rompre avec l’hermétisme qui caractérisait les hommes d’État chinois. Il s’exprime avec verve, sourit avec économie et, soucieux de rassurer, fait face avec aplomb aux questions les plus gênantes. Offensif mais pas agressif, il use volontiers de la critique de l’Occident, colonisateur et moralisateur, pour dédouaner la Chine de ses erreurs. On sent chez lui la détermination et l’ambition qui, selon les Chinois, caractérisent les individus nés sous le signe du Dragon – ce qui est son cas –, et une farouche volonté de convaincre plus que de plaire.

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