Extension Factory Builder
21/11/2011 à 12:21
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Politiciens et journalistes : les deux espèces n’ont jamais fait bon ménage. Surtout quand les premiers ont de la liberté de la presse une conception tout droit surgie du temps des machettes. Qui n’est pas avec nous est contre nous. Soit on lèche, soit on lynche. Parce qu’il refuse de se plier à ce chantage, parce qu’il n’est pas domptable, Jeune Afrique vient donc de se voir signifier par les autorités de la République démocratique (?) du Congo l’interdiction de fait de venir couvrir sur place les élections générales du 28 novembre. L’histoire, subtile, est la suivante.

Début octobre, J.A. désigne un envoyé spécial, en l’occurrence Philippe Perdrix, qui connaît la RD Congo, où il s’est déjà rendu à plusieurs reprises, pour rendre compte de la campagne électorale jusqu’au jour J inclus. Il lui faut pour cela un visa, lequel est conditionné à une lettre, mi-invitation, mi-accréditation, délivrée par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, lettre elle-même soumise à une requête écrite de notre part. La procédure n’est pas spécialement agréable, mais c’est la règle, et nos confrères qui s’y sont pliés ont obtenu leur sésame sans encombre. Pas nous. Les deux e-mails que nous avons adressés en ce sens au directeur de cabinet du ministre puis le courrier officiel adressé à Lambert Mende lui-même le 20 octobre sont à ce jour restés sans réponse. Ce n’est pas faute d’avoir relancé, ni même, histoire d’en avoir le cœur net, frappé à la porte du cabinet présidentiel. Jamais, bien sûr, on ne nous a notifié une interdiction formelle – les censeurs ne sont plus si primaires –, mais des « c’est à l’étude », des « c’est sur le bureau du ministre », lequel « est en déplacement », et même un « c’est en bonne voie » totalement fictif.

Suivre le voleur jusque dans la chambre… L’adage est éprouvé car, à force d’insister, ce que nous soupçonnions a fini par apparaître. Si le pouvoir congolais ne veut pas de notre envoyé spécial, c’est pour nous punir d’avoir osé publier, en janvier dernier, une « Cover story » intitulée « Kabila : Mobutu light », assimilée à l’époque par le même Lambert Mende à une tentative de déstabilisation du chef de l’État. En vertu de la loi très mobutuesque selon laquelle le mal provient non pas de celui qui commet des erreurs mais de celui qui les rapporte, J.A. doit donc expier. Pour ce faire, dans leur grande magnanimité, la présidence et le ministre nous ont suggéré la voie à suivre. Qu’un membre de la direction de notre groupe se rende à Canossa (pardon : à Kinshasa), si possible en robe de bure, pour y faire amende honorable, et le précieux visa sera accordé à notre collaborateur. Hélas, si certains goûtent de ce pain, ce n’est pas notre cas. J.A., qui en a vu bien d’autres, continuera donc de couvrir à distance et avec ses correspondants sur place cette élection de tous les dangers, en espérant que pour le futur vainqueur, quel qu’il soit, demain soit un autre jour.

Piqûre de rappel en guise de conclusion : le dernier pouvoir à avoir interdit à nos journalistes l’entrée sur son territoire était celui de… Kadhafi. Disons que cela ne lui a pas porté chance.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Totems et tabous

Editorial précédent :
Le gâteau ivoirien


Réagir à cet article

RD Congo

Rififi à Conakry

Difficile de s'y retrouver quand pouvoirs et oppositions font des calendriers électoraux un enjeu majeur de la démocratie.[...]

RDC : la Monusco reconduite, mais réduite

La Monusco comptera 2 000 soldats de moins. Cette reconduction du mandat de la force onusienne suvient en pleine brouille entre les Nations unies et Kinshasa.[...]

RDC : les Américains derrière les mouvements citoyens ?

Les autorités congolaises, qui ont durement mis fin à la rencontre entre les mouvements citoyens étrangers et congolais la semaine dernière, ont trouvé en Washington un responsable à ce[...]

RDC : trente éléphants tués en quinze jours par des braconniers dans le parc de la Garamba

Trente éléphants ont été abattus en deux semaines dans le Parc national de la Garamba, dans le nord-est de la RDC. Les responsables du parc accusent un groupe de braconniers soudanais d'avoir commis[...]

RDC : remous dans la majorité au sujet de la loi électorale

Sept partis de la majorité congolaise (RDC) ont exprimé leurs inquiétudes sur la révision de la Constitution. Après une réunion agitée, ils ont fini par rentrer dans le rang. [...]

RDC : face aux rebelles rwandais, l'armée progresse sans vrai combat

"Une guerre sans combattants?" L'armée congolaise progresse au Sud-Kivu face à des rebelles rwandais des FDLR qui préfèrent fuir, faisant craindre que les problèmes causés par[...]

RDC - Football : Florent Ibenge, le plafond de verre et le tremplin chinois

En moins de deux ans, Florent Ibenge s’est construit une belle notoriété internationale, en qualifiant l’AS Vita Club pour la finale de la Ligue des champions 2014, puis en installant la RDC sur la[...]

RDC : pourquoi dix militants congolais sont-ils toujours sous les verrous ?

Arrêtés le 15 mars à Kinshasa, à l’issue d’une conférence de presse organisée avec les responsables de Y’en a marre et le Balai citoyen, dix militants congolais[...]

Nations unies : les Casques bleus auraient commis près de 80 abus sexuels en 2014

Près de 80 nouveaux cas d’abus sexuels par des agents des Nations Unies ont été recensés en 2014. Des crimes perpétrés en grande majorité dans des missions de paix, là[...]

"Y'en a marre", "Balai citoyen", "Filimbi"... : l'essor des sentinelles de la démocratie

Apparu au Sénégal en 2011, "Y'en a marre" a inspiré plusieurs mouvements citoyens dans différents pays d'Afrique francophone. Du Sénégal à la RDC en passant par le[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers