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Salaheddine Mezouar : "Si mon parti l'emporte, j'assumerai mes responsabilités"

24/11/2011 à 11:20
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Salaheddine Mezouar, ministre marocain des Finances et probable futur chef du gouvernement. Salaheddine Mezouar, ministre marocain des Finances et probable futur chef du gouvernement. © Hassan Ouazzani pour J.A.

Optimiste à l’approche des législatives du 25 novembre, l’actuel ministre marocain des Finances, Salaheddine Mezouar, pourrait hériter du poste de chef du gouvernement.

Quartier des ministères, centre-ville de Rabat au Maroc. Salaheddine Mezouar nous reçoit longuement dans son bureau. Dans cette bâtisse coloniale au style néomauresque, les plafonds sont très hauts. Suffisamment pour que le ministre des Finances puisse y déployer sa silhouette d’ancien basketteur. Pas assez pour qu’il ne s’y sente pas à l’étroit. Il vise maintenant les ors de la primature, dans l’enceinte du Mechouar, à proximité du palais royal. Il compte pour cela sur l’implantation locale de ses camarades du Rassemblement national des indépendants (RNI), un parti de notables conquis, fin 2009, au terme d’un blitzkrieg contre l’ex-président Mustapha Mansouri. Le sourire un peu crispé mais le contact facile, Mezouar repart aujourd’hui en campagne pour les élections législatives marocaines.

Jeune Afrique : Vous êtes encore ministre des Finances. Pourquoi le Parlement ne débattra-t-il pas de la loi de finances ?

Salaheddine Mezouar : Ce sujet a pris une importance disproportionnée. Le gouvernement est tenu de présenter un projet de loi de finances soixante-dix jours avant la fin de l’année. Nous l’avons fait.

Le projet a été déposé le 21 septembre au Parlement, puis retiré dans la soirée…

Le gouvernement a tenu sa promesse, le vote est une autre affaire. J’étais personnellement opposé à la confusion des calendriers, puisque le Parlement était convoqué en session extraordinaire pour adopter toutes les lois électorales urgentes. La loi de finances nécessite un environnement serein.

Qui est responsable de ce cafouillage ?

Il n’y a pas eu de cafouillage. Le timing imaginé initialement n’était pas tenable. Il fallait une décision de rattrapage, elle a été prise.

Le chef du gouvernement, Abbas El Fassi, dit n’avoir pas retiré le texte. Qui alors ?

C’est une question qu’il faut lui poser directement.

Votre Alliance pour la démocratie, dévoilée le 5 octobre, est-elle la future majorité gouvernementale ?

Dans notre esprit, elle formera en tout cas l’ossature du gouvernement.

Pourquoi cette alliance n’inclut-elle aucun des partis avec lesquels vous avez formé le gouvernement en 2007 ?

À cause d’une différence d’approche. Pour être en phase avec la nouvelle Constitution, il faut nouer des alliances avant les élections.

Vous tournez le dos à vos alliés de l’Istiqlal, de l’USFP et du PPS (membres de la coalition gouvernementale). Vous pensez pouvoir vous passer d’eux ?

Je n’ai pas cette prétention-là. Seulement, la nouvelle Constitution oblige les partis à redonner confiance aux citoyens. L’éclatement du champ politique est l’une des causes de la forte abstention en 2007.

Quelle est la cohérence idéologique de votre alliance constituée de libéraux, de petits partis de gauche et d’islamistes ?

Nous nous retrouvons autour d’un modèle de société démocratique, moderne et ouvert sur le monde. L’Alliance pour la démocratie met les citoyens, et notamment les femmes, au centre du changement. Nous y intégrons la religion et la tradition en tant que référentiel commun. Notre modernité est donc en phase à la fois avec le monde et avec l’identité marocaine.

C’est une alliance entre « authenticité et modernité » ?

L’authenticité est une composante fondamentale de tous les partis marocains. Il y a ceux qui l’ont adoptée dans le nom et ceux qui la traduisent dans leur démarche. Il n’y a pas d’opposition entre modernité et islam. Ceux qui veulent créer cette opposition sont ceux qui réduisent la modernité à la dépravation…

Vous parlez des islamistes, mais ils sont dans votre alliance !

Le Parti de la renaissance et de la vertu [islamiste, NDLR] est dans notre alliance car il intègre la modernité dans son idéologie. C’est d’ailleurs sa valeur ajoutée par rapport aux autres islamistes.

Aviez-vous besoin de ce parti pour rassurer l’électorat conservateur ?

Notre modernité est en phase à la fois avec le monde et avec l'identité marocaine.

L’Alliance reflète la société marocaine dans sa diversité. Nous n’avons pas fait du collage politique, nous avons trouvé des points de convergence. Nous sommes une alliance de centre gauche.

Quelle est votre position sur les questions de société, notamment la place des femmes, la peine de mort ou l’avortement ?

Je ne pense pas que ces questions soient au cœur des attentes des Marocains. Les électeurs attendent des engagements concrets en termes de qualité de vie, d’éducation, d’accès aux soins, au logement et au transport. Nous en sommes encore là.

Vos adversaires du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) affichent pourtant clairement leurs valeurs. Cela vous laisse indifférent ?

Non, pas du tout. Nous sommes pour la parité et l’égalité hommes-femmes, contre le mariage des mineurs, contre la polygamie. Naturellement, l’avortement est une question qui doit être posée et libéralisée. Quant aux partisans de la polygamie, je leur pose la question : les hommes accepteraient-ils que leurs épouses prennent, avec leur consentement, un deuxième mari ? La société marocaine a évolué avec la Moudawana. Mon sentiment est qu’une femme épanouie et libre donne naissance à des hommes et à des femmes libres.

Vous connaissez bien la Tunisie. Que vous inspire le succès d’Ennahdha ?

Ennahdha était le seul parti réellement organisé après la dissolution du RCD. Les partis à référentiel moderniste ont cru que la révolution allait les porter naturellement en tête. L’erreur a été l’éclatement du champ politique : plus de cent partis créés en quelques mois. Mais je fais confiance aux Tunisiens et reste optimiste : il y aura un recentrage en faveur de l’ouverture.

Cela rejaillit-il sur votre lecture du rapport des forces au Maroc ?

Il n’y a aucune similitude. La pratique démocratique est, ici, plus ancrée. Les partis sont bien installés. Les modernistes se regroupent, comme dans notre alliance.

Il y a deux ans, vous meniez un putsch contre la direction de votre parti, le RNI. Votre ambition vient-elle de là ?

J’ai une culture de l’efficacité et des résultats. Il faut être capable de démultiplier les leaders autour d’un projet central, comme dans une entreprise.

Vous êtes satisfait de vos jeunes cadres, ambassadeurs de la marque RNI : les ministres Yassir Zenagui, Moncef Belkhayat, la députée Mbarka Bouaida ?

Je suis satisfait. Dans ce parti, il y a ceux qui sont visibles et les autres, qui sont une incroyable force de modernité et de leadership.

Et ceux que j’ai cités…

J’en suis pleinement satisfait.

Seront-ils candidats pour les législatives ?

Pas tous. Mais il y aura les élections régionales, en 2012.

Aujourd’hui, vous êtes candidat déclaré au poste de chef de gouvernement…

Personne ne s’est réellement déclaré. C’est une conséquence du mode de scrutin à la proportionnelle. Il est clair pour notre alliance que le parti arrivé en tête aura la confiance des sept autres membres de l’Alliance.

Et que vous serez le candidat à la primature ?

Le parti s’est fixé cet objectif depuis deux ans. Si le parti réussit, j’assumerai mes responsabilités.

Vous avez été basketteur. À quel poste ?

J’ai joué ailier et pivot. J’ai même été capitaine de l’équipe nationale du Maroc.

Imaginons que vous deveniez capitaine de l’équipe gouvernementale. Que feriez-vous si on vous imposait des ministres de souveraineté ? Les inscririez-vous sur la feuille de match ?

Je ne pense pas que les choses fonctionneront de cette manière. D’abord, il n’y a plus de ministères de souveraineté dans la nouvelle Constitution…

Il n’y en a jamais eu dans la Constitution écrite, mais c’est une coutume.

Maintenant, des personnalités influentes ou qui peuvent remplir une mission, on en trouve dans tous les pays.

Sauf quand c’est le roi qui décide…

Dans notre pays, les choses se passent dans la bonne entente entre les institutions. Le pays avance quand tout le monde va dans la même direction. Il n’y a pas d’opposition entre le roi et le chef du gouvernement. Ça n’a jamais fonctionné comme ça.

Proposerez-vous un ministre des Affaires étrangères, un ministre de la Justice et un ministre de l’Intérieur ?

C’est la responsabilité du chef du gouvernement dans la nouvelle Constitution. Le gouvernement est pleinement responsable devant le Parlement. Le roi a été très clair. 

___

Propos recueillis à Rabat par Youssef Aït Akdim

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