Élue le 27 octobre à la tête du groupe parlementaire d’opposition sud-africain, Lindiwe Mazibuko pourrait aider sa formation à séduire l’électorat noir, traditionnellement fidèle au parti présidentiel.
C’est une ascension fulgurante. « Météorique », même, si l’on en croit la presse sud-africaine. En 2009, encore inconnue du grand public, Lindiwe Mazibuko devenait députée de l’Alliance démocratique (DA) à Durban, la plus grande ville zouloue d’Afrique du Sud. Le 27 octobre, elle a pris la tête de son groupe parlementaire, devenant à 31 ans la numéro deux du plus grand parti d’opposition.
Le sortant, Athol Trollip, un ancien agriculteur blanc parlant couramment le xhosa, ne pouvait s’imaginer perdre son élection de mi-mandat il y a encore quelques mois. Défait mais pas rancunier, il décrit sa successeur comme « très compétente, sûre d’elle et très bonne oratrice ». « Maintenant, j’ajouterais qu’elle est ambitieuse », souffle-t-il.
Dans ce parti à l’électorat très majoritairement composé de minorités, cette élection est une révolution culturelle : le poste avait toujours été occupé par un Blanc. « Nous avons franchi le Rubicon », s’est félicitée la chef (blanche) de la DA, Helen Zille. Sa vivacité d’esprit, son sens de la formule et ses qualités de meneuse ont permis à Lindiwe Mazibuko, jusqu’à présent porte-parole du parti, de faire oublier son manque d’expérience. Mais son profil avait également l’avantage décisif de coller à la nouvelle stratégie de son camp : partir à la conquête de l’électorat noir (80 % de la population).
Noix de coco
Car depuis les dernières élections municipales, le parti a l’espoir de détrôner un jour l’African National Congress (ANC), qui règne sur le pays depuis 1994. En mai dernier, il a remporté 24,1 % des suffrages – le meilleur score de son histoire – en faisant le plein de voix chez les Blancs, les métis et les « Indiens », mais surtout en grignotant le vote noir, traditionnellement acquis à l’ANC et qui représenterait désormais le quart de son électorat.
Issue de la classe moyenne, diplômée et dotée d’un accent typiquement britannique qui lui vaut d’être traitée de « noix de coco » (noire à l’extérieur, blanche à l’intérieur) par certains ministres, Lindiwe Mazibuko incarne la synthèse entre représentativité et compétence. Helen Zille l’a bien compris : en interne, elle s’est prononcée sans ambiguïté pour sa protégée. Dans une formation opposée à la discrimination positive telle que mise en œuvre par l’ANC, cela n’a pas manqué de provoquer des remous. Le député Masizole Mnqasela a comparé la candidature de Mazibuko à une « décoration de vitrine ». « Du fait de l’histoire de ce pays, les questions raciales vont jouer un rôle important pour plusieurs années encore », déplore Athol Trollip avec plus de retenue.
Espoirs d’alternance
Le président Jacob Zuma, adversaire politique de Lindiwe Mazibuko mais Zoulou comme elle, a salué une élection « de bon augure » pour la démocratie et l’émancipation des femmes. Il pourrait perdre son sourire si elle atteignait ses objectifs. Lors des prochaines élections générales, en 2014, la DA compte encore améliorer son score, notamment grâce à l’arrivée de la première génération d’électeurs born free (nés après la fin de l’apartheid). Mais c’est pour celles de 2019 que le parti nourrit de véritables espoirs d’alternance. Si elle ne trébuche pas en route, Lindiwe Mazibuko aura alors 39 ans et une solide expérience derrière elle.

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