07/11/2011 à 12h:52 François Soudan
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Voici donc Paul Biya réélu. Hors de question ici de remettre en cause sa victoire : compte tenu des divisions congénitales de l’opposition, des erreurs tactiques de ses chefs et de la disproportion des moyens mis en œuvre, la répétition du scénario de 1992 qui vit Biya l’emporter de justesse et dans des conditions controversées face à John Fru Ndi était tout simplement impensable. Ce qui pose problème, au vu des résultats rendus publics par la commission électorale, n’est donc pas le classement de cette élection à tour unique, ni même les pourcentages obtenus par les différents candidats, mais bien le taux de participation. Il s’agissait là du seul véritable enjeu de ce scrutin joué d’avance et le test non pas de la validité des résultats, mais de la légitimité populaire dont allait bénéficier le vainqueur sorti des urnes. Or, disons-le sans ambages : les 65,8 % de participation officiellement annoncés ne sont pas crédibles et même tout à fait incongrus pour une consultation aussi peu mobilisatrice et compétitive, aussi dénuée de suspense que celle-là.

Tous les observateurs, y compris les mieux disposés à l’égard du pouvoir, l’ont constaté : si l’élection du 9 octobre s’est déroulée dans des conditions acceptables d’ordre public et de respect des règles formelles de la démocratie, on ne s’est guère pressé dans les bureaux de vote de la République. Au point que l’ONG Transparency International, qui avait dépêché des centaines de scrutateurs sur le terrain, avance, elle, un chiffre de participation voisin de 30 %. À l’évidence, Elections Cameroon, dont les membres ont été nommés par le palais d’Etoudi, a de ce côté péché par excès de zèle et réflexe pavlovien : un chef dont la reconduction ne repose pas sur la majorité des électeurs – a fortiori de votants – est un chef mis en équation.

Victoire ambiguë donc, trop belle sans doute, mais élection tout de même. Si l’opposition a retrouvé pour en exiger l’invalidation une unité dont elle aurait été mieux inspirée de faire preuve avant le 9 octobre, la communauté internationale s’en accommode vaille que vaille. Critiques, Américains et (tardivement) Français ne demandent pas la reprise du scrutin, ce qui réduit considérablement la portée de leur jugement. De la modification de la Constitution à sa propre réélection, Paul Biya a donc réussi son pari, en l’espace de trois ans et sans susciter de troubles internes : belle performance pour cet animal politique hors pair.

Restent le Cameroun et les Camerounais. Pour eux, le septennat qui s’ouvre et qui s’achèvera en 2018 (Biya aura alors 85 ans) s’apparente à la fois à un éternel recommencement et à un saut dans l’inconnu. Paul Biya ira-t-il jusqu’au bout de son mandat et, dans le cas contraire, quel dauphin ce président qui en a épuisé tant, et n’en a au fond jamais toléré, sortira-t-il de sa manche ? Que se passerait-il si demain l’homme qui les dirige depuis près de trois décennies venait à disparaître ? Ces questions hier taboues, tous les Camerounais se les posent désormais légitimement. L’intéressé, lui, est muet sur ce point, au risque d’alimenter les angoisses et les fantasmes.

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