Extension Factory Builder

Arabie Saoudite : Nayef Ibn Abdelaziz, un prince pas très charmant

02/11/2011 à 15:12
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Nayef Ibn Abdelaziz, un Monsieur sécurité hostile au Printemps arabe. Nayef Ibn Abdelaziz, un Monsieur sécurité hostile au Printemps arabe. © Fahad Shadeed/Reuters

Ultraconservateur et partisan de la manière forte, Nayef Ibn Abdelaziz, le ministre saoudien de l’Intérieur est désormais l’héritier du trône.

Si Abdelaziz Ibn Saoud, fondateur du royaume saoudien, avait choisi son fils aîné pour lui succéder, c’est la règle dynastique prévoyant la transmission du pouvoir aux frères du souverain disparu par rang d’âge qui a prévalu par la suite. Cinquième fils d’Ibn Saoud à régner, Abdallah Ibn Abdelaziz, 88 ans, vient de se faire opérer une troisième fois du dos, et le décès, le 22 octobre, de son demi-frère et héritier, Sultan, 83 ans, des suites d’un cancer a fait de son autre demi-frère, Nayef, 78 ans, atteint de diabète et d’ostéoporose, son successeur à la tête du royaume. Le 27 octobre, le Conseil d’allégeance, institué en 2006 pour clarifier la procédure de désignation et l’ouvrir aux jeunes générations, a confirmé le choix déjà exprimé par le roi en 2009, lorsqu’il a nommé Nayef second vice-Premier ministre.

Issu du puissant clan des Soudayri (les fils de l’épouse favorite d’Ibn Saoud), Nayef occupe, depuis 1975, le poste clé de ministre de l’Intérieur. Face à la politique plutôt progressiste du roi Abdallah, Nayef, proche des religieux et hostile aux tentatives de modernisation menées par le souverain depuis son accession au trône en 2005, fait figure de conservateur, voire de réactionnaire. Affichant avec fierté son attachement aux traditions ancestrales et à la pureté religieuse du wahhabisme – doctrine rigoriste des Saoud depuis le XVIIIe siècle –, il ne dissimule pas son mépris pour les États arabes, selon lui occidentalisés, du Proche-Orient et du Maghreb. Il aurait ainsi été l’instigateur, en 2009, de l’interdiction du seul festival de cinéma du pays et, en avril 2011, d’une loi sur la presse punissant sévèrement les atteintes à la sécurité nationale et aux préceptes de l’islam.

La carotte et le bâton

Ayant d’abord ouvertement dénoncé un complot sioniste derrière les attentats du 11 septembre 2001, il s’était fortement discrédité aux yeux de Washington et aurait pu tomber en disgrâce s’il n’avait combattu avec succès le terrorisme qui a frappé l’Arabie saoudite entre 2003 et 2006. Parvenant, avec son fils Mohamed, vice-ministre de l’Intérieur, à bouter Al-Qaïda hors du royaume, il s’est retrouvé en position de force pour succéder à son demi-frère.

Responsable des forces de sécurité et de la police religieuse, Nayef voit d’un très mauvais œil le Printemps arabe, qui menace de faire fleurir la contestation dans le royaume, plus particulièrement dans la province orientale, où vit une forte communauté chiite discriminée. Quand le souverain Abdallah cherchait à prévenir la contestation en déversant 130 milliards de dollars (92 milliards d’euros) de primes et d’aides, Nayef, lui, déployait ses forces de sécurité à Riyad et dans les provinces séditieuses. Certains commentateurs voient d’ailleurs dans le couple formé par Abdallah le réformiste et Nayef le conservateur la complémentarité de la carotte et du bâton, indispensable à la survie du système saoudien.

Quand la révolution a commencé à poindre chez le voisin bahreïni, Nayef a appuyé l’envoi de milliers de soldats saoudiens, au nom du Conseil de coopération du Golfe (CCG), pour aider le roi contesté à réprimer le soulèvement. Son animosité à l’égard de l’Iran, dont il dénonce les agissements subversifs auprès des chiites des provinces orientales et de Bahreïn, le porterait à vouloir brûler tout le nid de vipères plutôt qu’à simplement « couper la tête du serpent », comme l’a suggéré le roi Abdallah à ses interlocuteurs américains en 2008. De quoi nourrir quelques craintes pour l’avenir d’une région qui pourrait être prise en tenaille entre une république islamique chiite dotée de l’arme nucléaire et un royaume wahhabite dirigé par le faucon Nayef Ibn Abdelaziz.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Maghreb & Moyen-Orient

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre 'plusieurs semaines'

L'analyse des boîtes noires du vol AH 5017 pourrait prendre "plusieurs semaines"

Selon Frédéric Cuvillier, secrétaire d'État français aux transports, l'analyse des boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé jeudi dernier au Mali "[...]

Libye : l'incendie d'immenses réservoirs de carburant menace Tripoli

Un tir de roquette a provoqué dimanche l'incendie de vastes réservoirs de carburant près de Tripoli. Le gouvernement évoque une situation "très dangereuse", les pompiers ne parvenant[...]

Tunisie : Ali Laarayedh... consensuel, vraiment ?

Son passage au gouvernement n'a pas laissé que des bons souvenirs aux Tunisiens, entre échec économique et complaisance envers les salafistes. Pourtant, Ennahdha a fait d'Ali Laarayedh son[...]

Ramadan 2014 : Aïd mabrouk !

Un peu partout dans le monde, les musulmans ont commencé à fêter l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du mois sacré de ramadan. Si certains ont débuté les festivités[...]

Deux poids, deux mesures

Le conflit entre le Hamas et Israël a atteint un degré de violence inimaginable il y a seulement quelques semaines de cela. Un seul mot suffit à le définir : horreur. Or il n'est pas[...]

Algérie : valse de patrons à la tête du groupe pétrolier Sonatrach

Le groupe pétrolier algérien Sonatrach a un nouveau PDG, le 9e en 15 ans, signe d’une instabilité chronique à la tête du plus grand groupe africain par le chiffre d’affaires,[...]

Gaza : Obama intervient personnellement pour un cessez-le-feu avant l'Aïd el-Fitr

Les combats ont cessé à Gaza depuis dimanche soir, après une intervention personnelle de Barack Obama appelant à un cessez-le-feu. Mais l'accalmie demeure très fragile.[...]

Algérie : coup de balai à El-Mouradia

Si le mois de ramadan était jusqu'ici utilisé par Abdelaziz Bouteflika pour examiner les performances de ses ministres, cette année ce sont ses conseillers qui ont été passés au[...]

Mohamed Talbi : "L'islam est né laïc"

L'auteur tunisien de "Ma religion c'est la liberté" n'en démord pas : le Coran est porteur de modernité et de rationalité, mais son message a été altéré par[...]

Vol AH 5017 : les deux boîtes noires transférées à Paris

Les deux boîtes noires de l'avion d'Air Algérie qui s'est écrasé au Mali ont été transférées dimanche soir de Bamako à Paris, où elles doivent être[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers