Myriam El Khomri, surveiller et prévenir

21/10/2011 à 14h:25 Nicolas Michel
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Myriam El Khomri est chargée de la sécurité à la mairie de Paris. Myriam El Khomri est chargée de la sécurité à la mairie de Paris. © Camille Millerand pour J.A.

Chargée de la sécurité à la mairie de Paris, la franco-marocaine Myriam El Khomri privilégie la prévention face à la répression.

C’était au Maroc, où Myriam El Khomri a vécu entre 1978 et 1988. Sa mère l’avait inscrite à des cours de danse. Pas trop son truc. Elle préféra vite se mettre au karaté avec son grand frère. Si l’on ajoute à cela qu’elle apprit très tôt à jouer aux échecs et se passionna plus tard pour le théâtre, la conclusion s’impose d’elle-même. Cette fille née de la rencontre entre un père marocain et une mère bretonne était faite pour la politique, ce savant mélange d’anticipation (les échecs), de violence (le karaté) et de séduction (le théâtre). Mais dans le cas de la jeune adjointe au maire de Paris chargée de la prévention et de la sécurité, il serait bien réducteur de poser sur l’action politique un regard si cynique. Myriam El Khomri ne passe pas ses vacances sur le yacht d’un grand manitou du CAC 40 et ne mange pas de pâtes aux truffes, du moins à notre connaissance. Pour être franc, elle semble plutôt appartenir à cette génération qui pourrait redonner ses lettres de noblesse à un métier usé par les mauvaises manies des aînés. Inutile de faire un dessin : Myriam El Khomri n’est pas de droite. Elle a étudié le droit public parce que le droit privé, c’est celui « des sous » ; elle a choisi la Sorbonne parce qu’Assas « c’était le GUD [Groupe Union Défense, une organisation d’extrême droite, NDLR] » ; elle a pris sa carte au Parti socialiste quand le Front national s’est retrouvé au second tour de la présidentielle, en 2002, et, question sécurité, elle dit : « Le discours de la droite est animé par un esprit de discorde. Cela lui évite de réfléchir aux problèmes. Le diagnostic, tout le monde l’a, et la réponse, ce n’est pas le couvre-feu. C’est l’éducation. Une société qui a peur de sa jeunesse va dans le mur. »

Née à Rabat, Myriam El Khomri a été façonnée par Tanger : la bienveillance des gens, la plage en sortant de l’école, le double salaire de la maman « prof expatriée », le soleil, les cousins, l’enfance « fabuleuse ». Mal à l’aise dans la petite ville de Thouars (Deux-Sèvres), où elle arrive à l’âge de 9 ans et demi, elle se révèle plus tard à Bordeaux, où, déléguée de classe, elle représente ses camarades au Conseil général des jeunes de Gironde. Bonne élève, elle passe son bac à l’âge de 17 ans et choisit la fac de droit, à Paris. « Ma mère m’a appris à ne compter que sur moi. » Elle sacrifie donc le théâtre, pour des études sérieuses et autofinancées. Téléprospectrice, baby-sitter, hôtesse d’accueil, vendeuse de maillots, travailleuse agricole, la boursière paie de sa poche jusqu’à son DESS d’administration du politique. Pour obtenir un stage, elle écrit à trois hommes politiques, dont Claude Bartolone, alors ministre délégué à la Ville. C’est ainsi qu’elle plonge tête la première dans un fief du jospinisme, le 18e arrondissement de Paris. Elle y sera embauchée, en 2001, après avoir suivi de près la campagne de Bertrand Delanoë. Elle devient chargée de mission pour les affaires scolaires, la prévention, la sécurité et la toxicomanie.

« Grenouiller, c’est pas mon truc », affirme-t-elle. Crédible. Surtout quand elle évoque son travail. « Tous les jours, on va recevoir quinze coups de fil. On est dans la réponse de proximité. Je suis tenace et je porte les revendications des gens : ensuite, il y a une vraie reconnaissance des élus et des habitants. » Celle des élus débouche sur une place de numéro deux, entre Daniel Vaillant et Bertrand Delanoë, aux élections de 2008. À la demande de ce dernier, elle devient son adjointe chargée de la protection de l’enfance et de la prévention spécialisée. « C’était beaucoup de poids sur mes épaules et une vraie exigence vis-à-vis des habitants », dit-elle. Elle s’implique pendant trois ans, jusqu’à ce que Delanoë lui demande de prendre en charge « la prévention et la sécurité ». Si elle n’ignore pas que son sexe, sa jeunesse et sa double culture jouent en sa faveur, elle répond avant même que l’on ose la question : « J’ai été nommée sur des sujets que je connais. En matière de diversité, l’UMP procède par nominations, nous préférons l’élection. » Derrière le sourire charmeur, les crocs. « Après dix années d’UMP, on va récupérer des services publics détruits. Ça va être très compliqué… », dit-elle. Pour elle, le pouvoir n’est pas une fin en soi. « J’ai vécu mon évolution comme une reconnaissance. Je ne suis pas dans l’idée d’une carrière politique. » Son frère, Karim : « Je la vois assez bien en ministre, mais à la télé, ça va être dur pour les autres. Elle n’aura pas peur de les moucher ! »

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