Extension Factory Builder
28/10/2011 à 11h:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Peut-on gouverner avec le Parti de la justice et du développement (PJD) ? La question se pose aujourd’hui à tous les démocrates marocains à six semaines d’élections législatives que les islamistes dits modérés du parti d’Abdelilah Benkirane se disent déterminés à remporter. Un peu comme si en France l’éventualité d’une cohabitation au pouvoir avec le Front national (FN) devenait une possibilité. D’un côté, le verdict des urnes, que le roi s’est engagé à respecter, de l’autre, la réalité d’une formation qui a fait beaucoup d’efforts de communication pour apparaître soluble dans la démocratie et compatible avec la monarchie, mais que l’on soupçonne en permanence de double jeu. Le parallèle avec le parti de Marine Le Pen est d’ailleurs tentant.

Comme le FN, le PJD est une force ascendante qui recrute sur le terreau de la désespérance sociale, des inégalités et du discrédit des partis politiques classiques en prenant grand soin de ne pas remettre en cause les principes établis. Mais, à l’instar du FN « new look » vis-à-vis de l’extrême droite, le PJD est loin d’avoir coupé avec sa matrice originelle : l’intégrisme radical.

À l'instar du FN "new look" vis à vis de l'extrême droite, le PJD est loin d'avoir rompu avec sa matrice : l'intégrisme radical.

Le PJD, on l’a un peu oublié, est le produit direct de l’OPA lancée il y a une quinzaine d’années sur une petite formation peu connue par une poignée d’islamistes militants issus pour beaucoup de la Jemaa Islamiya. Regroupés au sein du Mouvement pour l’unification et la réforme (MUR), ces derniers, parmi lesquels figuraient Benkirane mais aussi Mustapha Ramid et Saadeddine El Othmani, étaient en quête d’une adresse et d’une façade légales, dans la plus pure tradition entriste. Ils jetèrent leur dévolu sur le parti de l’ancien résistant Abdelkrim Khatib et le phagocytèrent avant de lui donner l’appellation de PJD. En moins de deux ans, le tour était joué et le « parti de la lampe » (son emblème) pouvait faire son entrée sur la scène avec le succès que l’on connaît, passant de 9 députés en 1997 à 46 aujourd’hui.

Le problème est que les liens consubstantiels entre le MUR et un PJD qui se veut la vitrine présentable et respectable de l’islamisme marocain n’ont jamais été rompus. Contrairement à l’AKP turc et même au mouvement tunisien Ennahdha, le PJD n’a pas fait son aggiornamento idéologique, faute d’un leadership de qualité suffisante pour impulser une telle rupture. Le MUR, dont les divergences avec Al Adl wal Ihsane du cheikh Yassine sont essentiellement formelles et qui n’est pas sans passerelles avec les salafistes, continue de jouer le rôle de noyau dur au sein du PJD. C’est la main de fer sous un gant de velours. L’autre visage d’un parti qui, comme celui des Le Pen en France, n’est pas tout à fait comme les autres.

Si le PJD parvient à rassembler au sein du futur Parlement une majorité suffisante pour former un gouvernement, qu’adviendra-t-il des lois organiques d’application de la nouvelle Constitution ? La question se pose, d’autant que sur certains points cruciaux, qui touchent aux conduites sociales, à la parité hommes-femmes et à l’égalité des sexes, l’adhésion de ce parti ultraconservateur aux avancées réformatrices voulues par Mohammed VI apparaît fragile, réversible et pour tout dire tactique. Une chose est sûre : pour tous ceux qui pensent que l’avenir du Maroc est dans la modernité, ce serait là un scénario à hauts risques.

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
Les cavaliers de l'Apocalypse

Forum-Tribunes Article précédent :
Cameroun : Paul Biya, une victoire ambiguë

Réagir à cet article

Maroc

Maroc : entre Benkirane et Chabat, c'est l'escalade...

Maroc : entre Benkirane et Chabat, c'est l'escalade...

Les relations entre le chef du gouvernement marocain, Abdelilah Benkirane, et celui de l'Istiqlal, Hamid Chabat, sont plus détestables que jamais.[...]

L'actualité de la semaine en images

Affrontements en République Démocratique du Congo, visite de Valérie Trierweiler au Mali, immolation par le feu de jeunes tunisiens... Revivez en image avec "Jeune Afrique" les moments forts de la[...]

Maroc : BMCE Bank crée sa banque d'affaires panafricaine

La création de BOA Capital est désormais autorisée. Cette nouvelle banque d'affaires panafricaine sera détenue par Bank of Africa, filiale du groupe bancaire marocain BMCE Bank, et BMCE Capital.[...]

Attentats de Casablanca : le 16 mai 2003, un "11 septembre marocain"

Il y a dix ans, le 16 mai 2003, une quintuple attaque terroriste secouait Casablanca. Un "11 Septembre marocain" qui a changé le royaume du Maroc en profondeur.[...]

Soad El Khammal : "Je ne peux pas pardonner" aux auteurs des attentats du 16 mai 2003 au Maroc

Dix ans après les attentats du 16 mai 2003, les victimes et familles de victimes de la barbarie terroriste restent profondément marquées par les drames personnels et familiaux qu’elles ont[...]

Maroc : Centrale Paris s'implante à Casa

Une réplique de la célèbre école d'ingénieur va ouvrir ses portes dans le royaume en 2014. À la clé, un partenariat gagnant-gagnant.[...]

Maroc : Mohammed VI exhorte l'Istiqlal à rester au gouvernement

Le roi Mohammed VI a contacté le patron de l'Istiqlal, le principal allié des islamistes au pouvoir au Maroc, pour l'exhorter à rester au gouvernement, a indiqué dimanche le porte-parole du parti,[...]

Maroc : l'Istiqlal claque la porte du gouvernement Benkirane

Le conseil national de l'Istiqlal, parti conservateur et principal allié des islamistes au pouvoir depuis un an et demi au Maroc, a annoncé samedi son retrait du gouvernement, une décision qui ouvre la voie[...]

L'actualité de la semaine en images

Manifestations contre la pédophilie au Maroc, remaniement du gouvernement en Égypte, visite de Goodluck Jonathan en Afrique du Sud, menaces d'Aqmi contre la France... Revivez en images avec "Jeune Afrique"[...]

Maroc : Obama et Mohammed VI recollent les morceaux

Lors d'un entretien téléphonique, le président américain Barack Obama et le roi du Maroc Mohammed VI se sont mutuellement invités à se rendre visite. Un moment de détente dans leurs[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces