Prix Mo Ibrahim : Pedro Pires, la gouvernance modèle

20/10/2011 à 12h:45 Jean-Michel Meyer
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Il a refusé tout tripatouillage constitutionnel. Il a refusé tout tripatouillage constitutionnel. © Vincent Fournier pour J.A.

Pedro Pires, l’ex-président du Cap-Vert a reçu le prix de la Fondation Mo Ibrahim pour son leadership d’excellence et son comportement exemplaire.

Consécration internationale pour Pedro de Verona Rodrigues Pires. À 77 ans, l’ancien président du Cap-Vert, dont le mandat s’est achevé en septembre dernier, a été désigné, le 10 octobre, à Londres, lauréat 2011 du prix « pour le leadership d’excellence en Afrique » décerné par la fondation du milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim. Une distinction qui récompense un chef d’État africain ayant quitté le pouvoir de manière démocratique et pacifique au cours des trois dernières années, et dont la gouvernance a été exemplaire.

Réunis la veille, les sept jurés, pilotés par l’ex-Premier ministre de Tanzanie Salim Ahmed Salim, ont fait leur choix à l’unanimité. Pedro Pires succède à Festus Mogae, l’ancien président du Botswana, dernier chef d’État à avoir décroché le prix Ibrahim. C’était… en 2008. L’oiseau rare ? « L’excellence est difficile à trouver », explique Aïcha Bah Diallo, l’un des jurés et présidente du forum des éducatrices africaines.

Visionnaire

« Le jury a été impressionné par la capacité visionnaire du président Pires qui l’a conduit à transformer son pays en un modèle de démocratie, de stabilité et de développement », a justifié Salim Ahmed Salim.

L’homme de Praia a de fait fortement contribué à faire du Cap-Vert une success-story. Sous ses deux présidences (2001 à 2011), le PIB du pays a progressé de plus de 6 % par an, selon le FMI. Le revenu par habitant a augmenté de 181 % sur la même période. Le taux d’alphabétisation est supérieur à 80 % de la population et l’espérance de vie dépasse les 71 ans.

Mais Pedro Pires n’est pas seulement un modèle de bonne gestion économique, c’est aussi un exemple de sagesse politique. Né en 1934 sur l’île de Fogo, il a poursuivi des études de chimie à Lisbonne à la fin des années 1950, avant de quitter le Portugal en 1961 pour embrasser la cause nationaliste et adhérer au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). En 1975, après la libération de son pays à la faveur de l’avènement de la IIIe République portugaise – issue de la révolution des Œillets –, Pedro Pires est nommé Premier ministre, poste qu’il occupera jusqu’en 1991, quand son parti est battu aux élections par le Mouvement pour la démocratie, dirigé par son éternel rival, le leader de droite Carlos Veiga.

Probité

À chaque revers électoral, l’homme a accepté le verdict des urnes. « Et n’oubliez pas que c’est un ancien général ! » insiste Aïcha Bah Diallo. Dans la foulée de l’échec de 1991, il perd aussi le leadership de son parti, qu’il ne retrouvera qu’en 1997. En 2001, il est élu président de la République du Cap-Vert avec 12 voix d’avance, puis réélu en 2006 avec 50,98 % des suffrages. Inflexible sur ses principes, Pedro Pires résiste aux forces de son camp qui lui demandent de modifier la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat. « Ce n’est pas en violant la Constitution que l’on fait avancer la démocratie », lancera-t-il avant de tirer sa révérence.

Autre signe de sa très grande probité : il n’a pas profité de son passage au pouvoir pour s’enrichir. « En 1991, lorsqu’il a quitté le poste de Premier ministre, il n’avait ni voiture personnelle ni maison. Il est retourné vivre chez sa mère. Ses amis de la diaspora se sont cotisés pour lui acheter un véhicule », raconte Aïcha Bah Diallo. Aujourd’hui, sa vie va changer ! L’heureux élu du prix Ibrahim va empocher un chèque de 5 millions de dollars versés sur dix ans, complété par la suite par une rente annuelle de 200 000 dollars à vie. La cérémonie de remise du prix Ibrahim aura lieu à Tunis le 12 novembre.

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Jean-Michel Meyer, envoyé spécial à Londres.

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