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Le monde de Jobs


10/10/2011 à 11:22
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La mort précoce fait beaucoup, souvent trop, pour la naissance d’un mythe. Combien de personnalités trop vite parties se sont vues parées de toutes les vertus sitôt leur glas sonné et leur destin brisé ? Combien d’hommages hypocrites et grandiloquents prononcés, de requiem surannés joués, d’épitaphes réductrices posées ? Les « stars », quel que soit leur art, deviennent de plus en plus facilement légendes. Qu’importe leur œuvre…

Steve Jobs, l’emblématique fondateur d’Apple, est mort le 5 octobre, à seulement 56 ans. La faute à un cancer rare contre lequel il luttait depuis 2004. Un décès qui a provoqué un véritable maelström de réactions parmi les grands de ce monde comme chez les anonymes, mais aussi de nombreuses scènes surréalistes quand les magasins de la marque à la pomme, ces fameux Apple Stores, se sont mués en chapelles ardentes dédiées à la disparition d’un véritable gourou, noyées sous les fleurs et les bougies. Sans parler d’internet, canal suprême d’expression d’une affliction sans borne de disciples qui ont perdu leur prophète. Les comparaisons les plus osées font florès : Moïse, Mandela (rassurez-vous, lui n’est pas mort !), John Lennon, Kennedy, Gutenberg, de Vinci ou Einstein…

Jobs était une icône déjà bien avant sa mort. Un businessman rare, pour ne pas dire unique. Pas un « simple » visionnaire ni même un fabuleux money maker, comme disent les Américains. Il ne créait pas seulement des objets technologiquement performants, il inventait des univers qu’il parvenait à imposer à tous, révolutionnait la vie quotidienne de millions de personnes, se débarrassait des dogmes, imaginait des produits qui engendraient eux-mêmes de nouveaux besoins (et donc de nouveaux produits…), a métamorphosé l’informatique mais aussi la communication, le transfert de données, la musique, le cinéma d’animation, le management, le marketing. Toujours avec plusieurs coups d’avance sur une concurrence éreintée par les courses poursuites qu’il lui a imposées. Mieux, ou pis selon les points de vue, il a toujours su conserver pour son empire l’image d’une entreprise jeune, moderne, ouverte, rebelle, alors qu’elle est rien de moins qu’une hydre ultracapitaliste à plusieurs têtes, hégémonique, opaque et verrouillée, transformant clients comme prestataires en captifs soumis d’un univers des plus clos. Chapeau l’artiste ! Steve Jobs était un véritable magicien des temps modernes. Un mythe, un vrai.

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