Extension Factory Builder

Mali : Amadou Sidibé, un architecte aux mains vertes

14/10/2011 à 15:35
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Raisin, papaye, melons, agrumes... L'agriculteur en produit toute l'année. Raisin, papaye, melons, agrumes... L'agriculteur en produit toute l'année. © Emmanuel Baou Bakary pour J.A.

Quand Amadou Sidibé pose papier et crayons, c’est pour travailler la terre. Ses fermes sont devenues des modèles d’un genre très particulier.

À le voir chaussé de godillots, plongeant les mains dans la tourbe ou parcourant sa ferme à grandes enjambées, on a du mal à l’imaginer coincé dans un bureau à dessiner des plans. Pourtant, depuis 2002, Amadou Sidibé mène de front ses deux activités d’architecte et d’agriculteur, avec, avoue-t-il, une nette préférence pour la seconde. Il n’a aucune formation en agronomie, mais ses yeux s’illuminent lorsqu’il raconte son enfance dans les champs de son père, où il passait beaucoup de temps. « C’est de là que me vient ce besoin d’être en contact avec la terre », et de parcourir tous les jours la vingtaine de kilomètres qui séparent son cabinet d’architecte, à Bamako, de ses exploitations situées à Samaya et Kalibougou.

Bénin, Tchad, Niger, Guinée... On vient de loin pour découvrir ses techniques innovantes.

L’agronome amateur aime tenter de nouvelles expériences, prouver aux gens que « c’est possible ». « Cela fait des années qu’on parle d’augmenter la productivité et de moderniser l’agri­culture malienne. Mais les initiatives en la matière restent timides, explique-t-il. Je veux prouver à tout le monde qu’on peut à la fois améliorer les techniques agricoles et la production, tout en diversifiant les cultures sur une petite surface. » Ses 5 hectares ne représentent pas grand-chose en termes d’exploitation agricole. Pourtant, les succès d’Amadou Sidibé attirent des visiteurs d’autres pays africains qui viennent découvrir ses installations.

Depuis 2008, il cultive du raisin de table sous serre. Une idée qui lui vient d’un séjour en Tunisie. « Personne n’y croyait, se souvient-il. On me disait qu’il faisait trop chaud et humide pour que les ceps s’adaptent chez nous. » Et pourtant ses 2 hectares de vigne donnent chacun 50 tonnes d’un raisin de table « succulent », disponible toute l’année sur le marché local, puisque Amadou Sidibé échelonne sa production. Aujourd’hui, il élève des vaches et produit des agrumes, de la papaye solo, de l’ail, des oignons ainsi que des melons.

Un nouveau défi

Chaque aire de culture est arrosée grâce à un procédé de goutte à goutte très élaboré et les engrais sont directement injectés dans l’installation hydraulique. Des panneaux solaires alimentent les pompes à eau et fournissent la ferme en électricité, mettant un terme à l’épineuse question des factures électriques.

Fort de ses succès, l’agriculteur s’est lancé un nouveau défi : produire des tomates – fruit que le Mali doit importer une bonne partie de l’année en raison du climat – douze mois sur douze. « Elles pousseront en serre, dans des substrats de noix de coco posés sur des filets. L’atmosphère sera stérile et la température maintenue autour de 20 °C, avec un système d’irrigation au goutte à goutte dont l’eau sera recyclée. » Coût de l’investissement : 150 millions de F CFA (presque 229 000 euros), en partie financés par le Programme compétitivité et diversification agricoles (PCDA), une initiative du gouvernement malien et de la Banque mondiale pour accompagner la modernisation du secteur et soutenir les projets innovants.

« Cette façon de produire commence à intéresser de jeunes entrepreneurs qui veulent se lancer dans l’agriculture. Ils visitent les sites et posent beaucoup de questions sur l’investissement et la rentabilité », raconte l’architecte qui, en vient même à réaliser des exploitations « clés en main ». « Vous avez l’espace, vous savez plus ou moins ce que vous voulez produire, et moi je m’occupe d’installer les serres, le système d’irrigation, les panneaux solaires… » Le modèle est si séduisant que des ministres béninois, tchadiens, nigériens, guinéens et congolais ont fait le déplacement pour étudier la possibilité de l’importer chez eux. S’il en est fier, Amadou Sidibé déplore un manque d’intérêt dans son propre pays. « Je ne fais même pas partie de l’association des maraîchers de Bamako », raille-t-il. Alors que, à deux minutes de son exploitation, une zone de 100 hectares aménagée pour la production maraîchère en zone périurbaine, mise en place par le gouvernement pour près de 2 milliards de F CFA, reste désespérément vide.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Mali

Tomi, IBK, Bongo : des écoutes embarrassantes

Tomi, IBK, Bongo : des écoutes embarrassantes

Des chefs d’Etat étrangers, qui plus est des amis de la France, écoutés dans le cadre d’investigations judiciaires ? Voilà qui, d’un point de vue diplomatique, et même si [...]

Crise malienne : pourquoi Ménaka cristallise les tensions

Alors que la rébellion du Nord-Mali réclame toujours des amendements à l'accord d'Alger pour le signer, la situation sécuritaire se détériore depuis la reprise de la ville de[...]

Mali : l'armée accusée d'avoir exécuté neuf personnes à Tin Hama

Des combats entre les rebelles de la CMA et l'armée malienne ont eu lieu jeudi matin à Tin Hama, près d'Ansongo, dans le nord-est du Mali. Dans un communiqué, les rebelles accusent les soldats maliens[...]

Les femmes africaines peinent à percer le plafond de verre

Éducation, travail, indépendance... Malgré de timides avancées, le statut des femmes n'a que peu progressé en Afrique, selon les participantes du 5e forum social d’Essaouira, au Maroc, du[...]

Deux importants chefs jihadistes tués dans le nord du Mali par l'armée française

Le ministère français de la Défense a affirmé mercredi dans un communiqué avoir neutralisé deux importantes figures du jihadisme dans le nord du Mali : Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag[...]

Mali : le chef jihadiste Abdelkrim al-Targui tué par l'armée française

Abdelkrim al-Targui, l'un des principaux chefs d'Aqmi, a été tué dans la nuit de dimanche à lundi par l'armée française dans le nord-est du Mali. Plusieurs autres jihadistes ont[...]

Mali : un blessé dans une attaque contre la Minusma à Bamako

Un gardien d'une résidence de la Minusma à Bamako a été blessé par balle, mercredi, par un homme armé qui a réussi à prendre la fuite, abandonnant sur place deux grenades[...]

Le Mali parviendra-t-il à sceller son accord de paix ?

Officiellement signé le 15 mai à Bamako par le gouvernement, l'accord de paix n'est pas encore définitivement scellé au Mali. Les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) souhaitent[...]

Mali : trois militaires maliens tués près de Tombouctou

Trois soldats maliens ont été tués lundi matin près de Tombouctou, lors d'une attaque menée par les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad. [...]

L'ONU accuse le Mali de manquer de reconnaissance pour ses "sacrifices"

Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, s'est insurgé samedi à Bamako contre un manque de reconnaissance des autorités maliennes envers la force internationale dans[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers