Extension Factory Builder

Mali : un embargo touristique qui ne dit pas son nom

14/10/2011 à 15:54
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Ousmane Sy est ancien ministre et conseiller municipal de Bandiagara. Il s'insurge contre les consignes données par les pays occidentaux à leurs ressortissants pour dissuader ces derniers de faire du tourisme au Mali.

Les activités liées au tourisme alimentent l’économie locale dans plusieurs régions du Mali, principalement à Ségou, Mopti et Tombouctou. Parmi ces régions, Mopti, avec les sites de Djenné et du plateau dogon inscrits au patrimoine de l’humanité de l’Unesco, attirait chaque année de nombreux touristes venant des pays d’Europe de l’Ouest, principalement de France.

Depuis près de deux ans, les prises d’otages occidentaux (aucune en territoire malien, dois-je préciser) par les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont installé, dans tous les pays de la région sahélienne, singulièrement au Mali, en Mauritanie et au Niger, un climat d’insécurité. Conséquence : les autorités des pays ciblés et les organisations internationales ont pris des mesures préventives et déconseillent, voire interdisent à leurs ressortissants tout séjour dans cette zone. Depuis, Mopti vit une sorte d’embargo qui ne dit pas son nom.

Le tourisme au Mali est essentiellement culturel et, pour des raisons historiques, les visiteurs sont européens, les plus nombreux étant les Français. Ils affluent chaque année de novembre à février dans le pays dogon et représentent près d’un touriste étranger sur trois au Mali. Faible pluviométrie, rareté des terres cultivables dans l’environnement rocheux… Le secteur demeure la principale source de revenus pour les populations locales du plateau dogon, en milieu rural comme urbain.

Il faut aussi s'attacher à cibler une clientèle nationale et ouest-africaine. Et adapter notre offre en conséquence.

Une étude réalisée par la SNV Mali, une organisation de coopération technique néerlandaise, a estimé les retombées financières du tourisme en pays dogon à près de 2 milliards de F CFA (3 millions d’euros) en 2009. Les tour-opérateurs sous-évaluant, en règle générale, le volume de leur chiffre d’affaires, ce montant devrait être sérieusement revu à la hausse. Les deux principaux secteurs bénéficiaires de cette manne sont la restauration, qui a enregistré 731 millions de F CFA, dont 256 millions dépensés au profit des produits alimentaires locaux, et l’hébergement, avec 564 millions de F CFA. Des artisans (313 millions de F CFA, dont 104 millions en matières premières locales), des guides (205 millions), des transporteurs (71 millions) et des agences de voyages (67 millions) se partageant le reste.

Je fais partie de ceux qui pensent que le développement du Mali passera forcément par la redynamisation des économies locales à travers la création d’un tissu socioéconomique fort et stable. En ce qui concerne la région de Mopti en général, et particulièrement le plateau dogon, au cœur duquel se trouve ma ville, Bandiagara, le tourisme est l’une des grandes filières porteuses pour l’avenir.

Cependant, l’actuelle crise sécuritaire se traduit par une réduction drastique du nombre de visiteurs européens dans la région (en 2010, 25 % de moins que lors d’une saison normale, et les chiffres de 2011 n’incitent pas à l’optimisme), menaçant gravement l’activité économique de ma ville, de ma région, de mon pays. La baisse du flux de touristes n’est pas sans avoir de lourdes conséquences sur la stabilité de la région et le niveau de vie des populations, en particulier les plus vulnérables.

Cette situation, qui porte en elle les germes de graves crises sociales, interpelle la capacité des gestionnaires locaux à trouver des alternatives.

La grande dépendance, directe ou indirecte, de nombreux acteurs de la zone aux revenus liés au tourisme nous oblige, en tant que dé­cideurs locaux, à rechercher, en partenariat avec tous les professionnels du secteur, des réponses immédiates et des alternatives à moyen et long terme.

En conséquence, il importe, dans un premier temps, d’entreprendre des actions pour gagner la confiance des touristes étrangers, pour lesquels la zone n’est pas considérée comme dangereuse. Ensuite, il faudrait s’attacher à la cible de visiteurs nationaux et de la région ouest-africaine. Ce qui impliquera un grand travail sur des produits touristiques qui puissent les attirer en nombre et, forcément, une adaptation des tarifs (transport et hébergement), mis à la portée de visiteurs sans doute moins nantis, mais qui auront foi en l’hospitalité malienne.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Forum-Tribunes Article suivant :
À nouvelle Tunisie, nouveau modèle économique

Forum-Tribunes Article précédent :
Ensemble, nous pouvons éradiquer la polio

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Mali

Lassana Bathily décoré de la médaille du courage par le Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles

Lassana Bathily décoré de la médaille du courage par le Centre Simon Wiesenthal à Los Angeles

Lassana Bathily, le jeune Malien qui a sauvé quatre personnes lors de la prise d'otages de l'Hyper Cacher en France, le 9 janvier, a été décoré mardi de la médaille du courage par le Centr[...]

Terrorisme au Sahel : la stratégie de Sisyphe

Peut-être a-t-on crié victoire un peu vite : il ne suffit pas de couper quelques têtes pour éradiquer la menace jihadiste. Soldats français et Casques bleus l'apprennent à leurs[...]

Mali : la résolution de la crise du Nord, thème officieux de la visite officielle d'IBK à Alger

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a entamé dimanche un voyage officiel de trois jours en Algérie. Il sera particulièrement question du fragile processus de paix malien, dans lequel Alger[...]

Mali : en plein marché, Aqmi décapite un homme accusé de travailler pour les Français

Des combattants d'Aqmi ont tué par balle puis décapité jeudi un civil qu'ils accusaient de travailler pour les forces françaises au Mali. L'exécution s'est déroulée en plein[...]

Mali : qui sont les trois individus arrêtés dans l'enquête sur l'attentat de Bamako ?

Les forces spéciales maliennes ont arrêté trois personnes à Bamako dans la nuit de mercredi à jeudi. Mais le doute est permis sur leur degré d'implication dans l’attentat du 7[...]

Mali : arrestation de deux complices présumés de l'attentat de Bamako

Un peu moins de deux semaines après l'attentat meurtrier du 7 mars contre le bar-restaurant "La Terrasse" à Bamako, deux hommes, complices présumés des auteurs de l'attaque, ont[...]

Mali : Bamako et la médiation appellent les rebelles de la CMA à parapher l'accord d'Alger

La médiation internationale et le gouvernement malien ont appelé mercredi la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) à parapher en l'état l'accord de paix d'Alger, écartant toute nouvelle[...]

Alain Giresse de retour à la tête des Aigles du Mali

Après avoir connu une Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2015 difficile avec le Sénégal, Alain Giresse s’est engagé mardi avec le Mali, qu’il avait déjà dirigé de[...]

Mali : les rebelles de la CMA refusent de signer le préaccord d'Alger

Malgré la visite d'une équipe de médiation internationale à Kidal, les groupes rebelles qui composent la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) refusent toujours de signer, en l'état, le[...]

Mali : chefs rebelles sous surveillance

Si la communauté internationale espère rallier les groupes rebelles au préaccord de paix d'Alger, elle fait aussi planer la menace de sanctions internationales.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers