Extension Factory Builder

Kenya : Wangari Maathai, des racines et des ailes

10/10/2011 à 14:30
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Wangari Maathai est devenue célèbre pour son combat pour la protection de l'environnement. Wangari Maathai est devenue célèbre pour son combat pour la protection de l'environnement. © AFP

Elle fut la première africaine à recevoir le prix Nobel de la paix. Wangari Maathai est morte, le 25 septembre, à Nairobi.

« Une femme, une femme noire est un arbre / Qui tiendra tête à toutes les pluies / Affrontera averses, orages et ouragans / En restant bien enracinée. / Un arbre qui regardera en face le soleil rageur / Et le laissera avaler le peu d’eau / Qu’elle peine à extraire du plus profond lit d’eau », écrit la poétesse ougandaise Susan Kiguli dans The Resilient Tree. Le 25 septembre 2011, à Nairobi (Kenya), c’est un arbre encore jeune qui est tombé.

Elle avait résisté à toutes les averses, mais à 71 ans, Wangari Muta Maathai a plié face à un ennemi tenace : le cancer. Les forêts d’Afrique la pleurent. Et avec elles celles et ceux qui se sont reconnus dans un long combat pour la paix et la protection de l’environnement. Son sourire était radieux, ses toilettes hautes en couleur, sa détermination farouche. Pionnière dans bien des domaines – diplômée en biologie du Mount Saint Scholastica College (Kansas, 1964) et de l’Université de Pittsburgh (Pennsylvanie, 1966), elle décroche à 31 ans le titre de docteure à l’Université de Nairobi (1971), où elle deviendra la première chef du département vétérinaire en 1976 –, elle a connu la consécration en obtenant, en 2004, le prix Nobel de la paix. Le premier venant couronner l’œuvre d’une femme africaine.

Cette œuvre, c’est le Green Belt Movement (le Mouvement de la ceinture verte), qui s’appuie sur une idée simple et géniale. Pour lutter contre la déforestation, dont les conséquences écologiques et humaines sont catastrophiques, Wangari Maathai propose, dès 1977, de planter des arbres. Elle commence en plantant neuf pousses dans son propre jardin et, quinze ans plus tard, son mouvement compte 50 000 femmes ayant planté plus de dix millions d’arbres.

Souvent insultée, menacée, parfois même emprisonnée, elle avait refusé de se taire.

Forte de son Nobel et de sa gouaille, l’infatigable militante était devenue une interlocutrice incontournable pour tous les hommes politiques, dirigeants d’entreprises et autres sommités de passage à Nairobi. Ainsi, en mars 2010, quand celui qui dirigeait alors le Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, décide d’annoncer la création d’un « fonds vert » permettant de financer la lutte contre le réchauffement climatique, c’est en présence de Wangari Maathai qu’il le fait. Juste avant de se soumettre à l’exercice symbolique de rigueur : il met en terre un Warburgia ugandensis, arbre connu dans la région pour ses propriétés médicinales… Wangari Maathai, toute de jaune vêtue au milieu des costumes-cravates, l’encourage vivement.

La peau d’un éléphant. Pour en arriver là, il fallait avoir l’écorce solide ! Sous le règne autoritaire de Daniel arap Moi, la forte tête a connu la prison pour s’être opposée à la construction d’un immeuble de 62 étages dans le parc Uhuru de Nairobi (1989). Elle fut tabassée pour s’être faite le porte-voix des prisonniers politiques (1992) et traitée de « folle », de « pantin ignorant et lunatique à la solde d’intérêts étrangers ». Inébranlable sur ses racines, elle répondait en souriant : « Ils pensent qu’ils peuvent m’embarrasser et me faire taire avec des menaces et des noms d’oiseau ? Mais j’ai une peau d’éléphant ! Et quelqu’un doit élever la voix ! Autant ne rien faire si je ne dois rien dire. » Obstinée, elle parlait et agissait pour semer le futur – notre futur.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Kenya

Terrorisme : les tueurs de l'attaque de Garissa étaient-ils tous kényans ?

Terrorisme : les tueurs de l'attaque de Garissa étaient-ils tous kényans ?

Et si le commando islamiste qui a attaqué le 2 avril l'université kényane de Garissa, faisant 148 morts dont 142 étudiants, était uniquement composé de Kényans ? C'est en tout cas [...]

Kenya : pendant l'attaque de Garissa, l'avion du commando d'intervention transportait la famille d'un chef de la police

Sept heures. C'est le temps qu'il aura fallu à la police pour arriver sur les lieux de l'attaque de Garissa. La polémique est d'autant plus forte au Kenya que le chef de la brigade aérienne a reconnu mardi[...]

Attaque de Garissa : les Somalis du Kenya dans la crainte de représailles

Montrée du doigt à chaque attentat commis par les Shebab, la communauté somalie du Kenya craint de nouvelles représailles après l'attaque de Garissa. Reportage dans le quartier d'Eastleigh,[...]

Kenya : les violeurs de "Liz" condamnés à 15 ans de prison

L'avocate de "Liz", la jeune adolescente violée, battue et laissée pour morte dans une fosse septique en juin 2013, a annoncé lundi que trois des six bourreaux de la victime ont été[...]

Kenya : un mort, 150 blessés dans une panique après une explosion accidentelle sur un campus

Un étudiant est mort et quelque 150 ont été blessés dimanche sur un campus de Nairobi dans un mouvement de panique suscité par l'explosion d'un câble électrique qui a fait craindre[...]

Marathon de Paris : le Kényan Mark Korir l'emporte en 2 h 05 min 48 sec

Le Kényan Mark Korir, 30 ans, a remporté dimanche la 39e édition du marathon de Paris en 2 heures 05 minutes 48 secondes, son premier succès de prestige dans un marathon international.[...]

"Bingo's Run" : James A. Levine, accro à la vie

Mené tambour battant, le nouveau roman de James A. Levine nous entraîne au pas de course à la poursuite de Bingo, enfant débrouillard du plus gros bidonville de Nairobi.[...]

Kenya : des ONG et des sociétés de transfert soupçonnées de financer les Shebab

Après le massacre perpétré jeudi 2 avril dans l'université de Garissa par un commando Shebab, le gouvernement kényan passe à l'offensive sur le plan financier. Il espère couper[...]

Kenya : Kenyatta sous pression après l'attaque de Garissa

Après l'attaque meurtrière contre l'université de Garissa, il est urgent pour le président kényan de réduire le danger terroriste - au lieu de le minimiser en espérant[...]

Massacre de Garissa : un sixième suspect arrêté par la police kényane

Un sixième suspect a été arrêté mardi par la police kényane. Cinq Kényans et un Tanzanien sont désormais soupçonnés d'avoir apporté leur aide au[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers