Extension Factory Builder

Fanny Pigeaud : "Le besoin de dire les choses" sur le Cameroun de Paul Biya

08/10/2011 à 20:09
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Paul Biya, de l'espoir du changement au Cameroun à l'immobilité. Paul Biya, de l'espoir du changement au Cameroun à l'immobilité. © AFP

"Au Cameroun de Paul Biya", le livre de la journaliste française Fanny Pigeaud, suscite un vif débat. Il faut dire que la charge est sévère. Explications avec l'auteure.

Les ouvrages politiques consacrés au pays de Paul Biya n’étant guère fréquents, leur publication ne passe pas inaperçue. Avec Au Cameroun de Paul Biya (éd. Karthala), qui a immédiatement fait débat dans les colonnes des journaux camerounais, la journaliste française Fanny Pigeaud – ancienne correspondante de l’AFP et du quotidien Libération – a écrit un livre à charge. À ses yeux, Biya, qui représentait l’espoir du changement en 1982, s’est mué en manipulateur immobile, qui divise les élites et exacerbe les sentiments ethniques. Non sans un certain schématisme et quelques dérapages culturalistes, elle pointe aussi du doigt le défaitisme ambiant et une opposition dont les leaders « n’ont jamais pu incarner une alternative ». Le livre dérange, mais il marche. Le premier tirage, en août, arrive à épuisement, alors que, au Cameroun, une seule librairie privée de Yaoundé l’a mis en vente.

Jeune Afrique : Vous attendiez-vous à une telle polémique après la sortie de votre livre ?

Fanny Pigeaud : Pas vraiment. Je savais qu’il n’allait pas plaire, mais je ne m’attendais pas à ce qu’on en parle autant, ni à ce que les critiques soient aussi violentes. Mes détracteurs s’emploient surtout à en discréditer le contenu. Au début, ils ont affirmé qu’il n’apportait rien. Leur colère, dans ce cas, est étrange. Ensuite, ils ont laissé entendre que j’étais payée soit par Nicolas Sarkozy, soit par des victimes de l’opération Épervier, soit par l’opposition. Enfin, des journaux proches du RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais, NDLR] ont prétendu que je n’étais qu’un prête-nom. C’est la même rhétorique depuis Ahidjo : on joue sur la fibre patriotique des Camerounais pour atteindre la crédibilité des opposants ou des critiques venant de l’extérieur. À Paris, des Camerounais se sont rués dans les librairies, certains repartant même avec cinq à dix exemplaires. Cela prouve bien qu’il y avait un besoin de dire les choses ou de les voir écrites.

Comment avez-vous travaillé ?

Je me suis appuyée sur les enquêtes que j’avais réalisées sur place pendant mes quatre années camerounaises et sur un rapport que j’avais fait pour l’ONG International Crisis Group. Depuis mon départ, en 2009, je suis retournée à plusieurs reprises au Cameroun, la dernière fois en février 2011. Mes interlocuteurs sont des acteurs de la vie politique, des personnalités du premier cercle du pouvoir comme des membres de l’opposition. La plupart n’ont pas été cités, non seulement pour respecter le pacte de confiance que nous avions scellé – ils ne devaient pas être identifiés –, mais aussi parce que l’écriture du livre n’était pas l’objectif premier de nos échanges. Je me suis également plongée dans des livres traitant des périodes que je n’avais pas connues.

________________

Propos recueillis par Clarisse Juompan-Yakam

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Cameroun

Cameroun - Me Bertrand : 'On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé' en Algérie

Cameroun - Me Bertrand : "On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé" en Algérie

Le 23 août dernier, quelques minutes après la rencontre entre la JS Kabylie et l’USM Alger (1-2), l’attaquant camerounais de la JSK Albert Ebossé (24 ans) trouvait la mort à la sortie du te[...]

Cameroun : Martin Chungong, l'apôtre des Parlements du monde

Ce Camerounais est le premier Africain à diriger, à Genève, l'Union interparlementaire, vénérable institution créée en 1889.[...]

Investissements : le Cameroun lance un plan d'urgence avec l'appui du secteur bancaire

 Deutsch Bank, BGFI, Ecobank, Banque Atlantique et Standard Chartered Bank vont contribuer à hauteur de plus de 630 milliards F CFA au plan d'urgence triennal de 925 milliards de F CFA validé le 09[...]

CAN 2015 : les dix buteurs africains qui affolent les compteurs

Des valeurs sûres, des révélations et des come-back inespérés… Alors que la fin de l’année approche, certains joueurs africains squattent le haut du classement des buteurs des[...]

CAN 2015 : calendrier des matchs, groupes et résultats

La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2015 débute le 17 janvier. Consultez le calendrier complet et les résultats des matchs de la compétition qui s'achèvera le 8 février en Guinée[...]

Préparation à la CAN 2015 : Ghana, Mali, Côte d'Ivoire... tous à Abou Dhabi !

Alors que le tirage au sort de la phase finale de la CAN 2015 (17 janvier-8 février) a eu lieu le 3 décembre au soir à Malabo (Guinée Équatoriale), les seize qualifiés ont pour la[...]

Otages : les dessous d'une libération... et d'un coup de pub de la présidence camerounaise

La libération du prêtre polonais Mateusz Dziedzic et d'une trentaine d'autres otages centrafricains et camerounais fin novembre a fait couler beaucoup d'encre. La présidence y est elle aussi allé[...]

Le Camerounais Alain Nkontchou rejoint le conseil d'administration d'Ecobank

 Le conseil d'administration d'Ecobank a annoncé la nomination de quatre nouveaux administrateurs non-exécutifs à son conseil d’administration, parmi lesquels le financier camerounais Alain[...]

Cameroun : Amadou Ali - Cavaye Yéguié Djibril, l'autre guerre du Nord

Tous deux originaires du nord du Cameroun, le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, et vice-Premier ministre Amadou Ali se livrent une âpre bataille pour la succession[...]

La drôle de guerre du Cameroun contre Boko Haram

C'est un conflit bâtard, contre un ennemi qui se joue des frontières et qui a fait de l'Extrême-Nord sa base arrière. Personne ne sait même quand il a commencé. L'État[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers