Directeur exécutif de l’Organisation internationale du cacao (OIC)
Au cours des dernières décennies, l’économie cacaoyère mondiale a alterné déficits d’offre et excédents d’approvisionnement. Même si le secrétariat de l’Organisation internationale du cacao (OIC) prévoit un excédent de près de 190 000 tonnes, voire plus, pour cette année, la plupart des observateurs, en particulier dans l’industrie du chocolat, croient que nous sommes dans une période de déficit structurel de l’offre de cacao, qui pourrait durer des années.
Notre perspective est légèrement différente, et nous aimerions inciter à la prudence. En réalité, nous sommes très alarmés par le fait que, en réponse à des prix relativement élevés (autour de 3 000 dollars la tonne), l’industrie du chocolat dans les pays consommateurs ainsi que les gouvernements et les agriculteurs dans les pays producteurs aient tous entrepris de grands programmes pour accroître la production de cacao.
Rappelons que le prix des fèves ne représente qu’environ 10 % du coût total de la barre de chocolat. Par conséquent, même si les tarifs venaient à doubler dans les prochaines années et atteindre 6 000 dollars la tonne, nous croyons que cela aurait un impact limité sur la consommation finale. Une hausse des prix serait une bonne nouvelle pour les producteurs, et une nouvelle pas si dramatique que cela pour le consommateur en bout de chaîne.
Le Ghana a augmenté sa production d’environ 632 000 t l’année dernière, pour un chiffre projeté de 960 000 t cette année ; le pays a pour objectif 1,2 million de tonnes en 2012-2013. En Indonésie, l’objectif officiel est d’élever la production de 510 000 t à 1,3 million de tonnes en 2013-2014. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial avec environ 1,3 million de tonnes, est déterminée à ne pas se laisser distancer ; nous attendons d’elle qu’elle essaie d’augmenter sa production, probablement à environ 1,5 million de tonnes, en visant 2 millions à moyen terme. D’autres acteurs tels que le Nigeria, le Cameroun, l’Équateur et la Papouasie-Nouvelle-Guinée renforcent leurs programmes.
En parallèle des initiatives publiques, les fabricants de chocolat du monde entier sont en compétition pour les fèves et parrainent des projets visant à augmenter la productivité des pays producteurs. Jusqu’ici, nous avons identifié environ 70 initiatives concernant le cacao (dont 45 en Afrique), mises en œuvre par environ 60 organismes publics et privés dans les pays producteurs. Et la liste n’est pas exhaustive. Ces initiatives ne sont pas coordonnées et aucune tentative n’est faite pour éviter leur possible impact négatif sur les prix du cacao dans un avenir proche.
En supposant que ces initiatives commencent à porter leurs fruits d’ici quelques années, on peut s’attendre à une production mondiale de 5 millions ou même 6 millions de tonnes. Si nous ne traitons pas, de l’autre côté, l’équation de la consommation, nous allons inévitablement faire face à un effondrement des prix, car le marché sera inondé de fèves. Or nous devons garder un œil vigilant sur le prix, du fait de son impact sur les revenus des cultivateurs de cacao et sur les recettes fiscales de leurs gouvernements.
Notre vrai problème dans les prochaines années n’est pas la menace sur l’approvisionnement en cacao, mais plutôt le manque de vision stratégique et de coordination entre l’offre et la demande, qui alimente la volatilité des prix et l’incertitude, menant à des pics suivis d’un effondrement. C’est ce que nous appelons, au secrétariat de l’OIC, le « boom and bust » (littéralement « prospérité et récession »). Et c’est ce que nous devons éviter à tout prix.
Pour y remédier, nous appelons à un sommet mondial du cacao, à la mi-2012, regroupant les principaux intervenants dans l’écosystème du cacao (gouvernements, industriels, bailleurs de fonds, organisations paysannes, société civile, etc.). Le sommet devrait adopter un programme pour une économie cacaoyère mondiale durable, soulignant les défis auxquels fait face le secteur et la meilleure stratégie pour les relever. Enfin, le sommet devrait se mettre d’accord sur un mécanisme visant à mobiliser les ressources nécessaires pour mettre en œuvre l’agenda mondial du cacao.

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