26/09/2011 à 14h:15 Marwane Ben Yahmed
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Tunis, fin septembre. Plus de huit mois après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, il reste difficile de prendre le pouls de la révolution.

Une chatte ne retrouverait pas ses petits dans cet inextricable écheveau de rumeurs, de rapports de force insondables et d’opinions, voire de certitudes assénées comme des sourates du Coran. Celui qui veut comprendre vers quoi se dirige la Tunisie doit s’attendre à de sévères maux de tête…Seule certitude, l’inquiétude est palpable. La rumeur nourrit l’essentiel de ce sentiment largement partagé. L’angoisse de l’avenir fait le reste.

Car les Tunisiens ont peur de tout et voient mille et un périls frapper à leur porte : des complots (des nervis de l’ancien régime, des islamistes ou des militaires), une contre-révolution, des forces de l’ombre qui tirent les ficelles de la transition, la crise économique, la hausse des prix, l’insécurité, l’incivisme de ceux qui se permettent tout parce qu’ils n’ont plus peur de la police, les partis politiques qui se soucieraient plus de leurs propres intérêts que de ceux du pays. Ils ont l’impression que ce qui se déroule sous leurs yeux leur échappe. Bref, l’euphorie est passée, les héros sont fatigués et inquiets. Ils ont aussi le nez dans le guidon : pas pratique pour y voir clair…

Et pourtant, la Tunisie, compte tenu des circonstances, se porte plutôt bien. Mieux que ce que l’on pense, en tout cas. Le cap est tracé : l’élection d’une Constituante, qui travaillera pendant un an, élira un président et un gouvernement « légitimes ». Les partis, contrairement aux idées reçues, discutent, échangent, négocient et finissent par se mettre d’accord, pour les plus représentatifs d’entre eux, sur des dénominateurs communs raisonnables. La situation économique ? Pas de quoi pavoiser, évidemment. Mais les fondamentaux tiennent bon, la dette ne s’emballe pas (seulement quatre points supplémentaires, 44 % du PIB, loin du drame que vivent nombre de pays occidentaux).

Dans le contexte international actuel, c’est plutôt rassurant. Toutes les révolutions ont un prix, mais celui que paient les Tunisiens, même s’ils souffrent, demeure raisonnable. L’État, lui, n’est plus cette hydre omniprésente et omnipotente des dernières décennies. Mais il assume, parfois difficilement il est vrai, ses missions principales. Les administrations, même décapitées ou sans moyens, et en dépit de la défiance d’une population qui doute de tout et de tous, poursuivent leur tâche.

Last but not least, la crise libyenne, qui a longtemps constitué un boulet et une menace pour la Tunisie, représente aujourd’hui, Kaddafi parti et le Conseil national de transition installé, une véritable bouffée d’oxygène et la promesse de lendemains économiques pourvoyeurs de marchés et d’emplois, mais aussi de stabilité. La Tunisie est aujourd’hui un formidable laboratoire grandeur nature. Les erreurs commises serviront de leçons tant que la raison l’emportera. Et l’expérience réussira. Car, comme l’écrivait Nietzsche, « tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».

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