Extension Factory Builder

Au pays des mille et une questions

30/09/2011 à 17:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Drôle d’ambiance, pour un pays qui s’apprête à élire son président dans moins de trois semaines. Beaucoup pensaient que les révoltes arabes se prolongeraient en Afrique subsaharienne, a fortiori dans les pays où le chef est au pouvoir depuis plusieurs lustres et les inégalités sociales criantes. Au Cameroun, il n’en a rien été.

Paul Biya, 78 ans, en poste depuis 1982, s’apprête à être réélu sans coup férir, dans une atmosphère surréaliste : date du scrutin fixée à la dernière minute, morne campagne, opposition désunie, peu structurée et, semble-t-il, résignée, programmes flous… quand ils existent.

Il est loin le temps où l’opposition mobilisait les foules, notamment à Douala, pour exiger puis obtenir le multipartisme. Oubliée aussi, la superbe de John Fru Ndi, qui talonnait Paul Biya dans les urnes en 1992.

Les émeutes de la faim, en 2008, ou, cette année, la naissance du mouvement du 23 février, organisé par la Nouvelle Opposition camerounaise (NOC), n’y ont rien changé : le second souffle annoncé se fait toujours attendre, et les cadres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), véritable parti-État, ne connaissent pas les nuits agitées de certains de leurs homologues africains.

Si l’atonie politique camerounaise n’est donc pas en voie de disparition, les interrogations demeurent légion. Au-delà des inconnues relatives au niveau de la participation des électeurs à un scrutin sans véritable enjeu ou encore à l’épineuse question de l’après-Biya, repoussée aux calendes grecques, on se demande toujours quand et comment la locomotive de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) exploitera à plein son formidable potentiel humain et naturel, libérera les énergies d’entrepreneurs dynamiques mais empêtrés dans les méandres d’une administration tatillonne et trop souvent corrompue, ou améliorera de façon substantielle le quotidien de Camerounais qui ne peuvent décemment se serrer davantage la ceinture.

Car, malgré de récents signes encourageants (croissance et investissements en hausse légère mais régulière, inflation contenue, dette allégée, multiplication de projets d’infrastructures, vision économique et de lutte contre la pauvreté élaborée sur dix ans, etc.), le doute n’a pas disparu.

Ces bonnes intentions résisteront-elles à la fin de la campagne présidentielle ? La gouvernance suivra-t-elle ? Les plans élaborés sont-ils cohérents et adaptés aux réalités du pays ? L’inertie jusqu’ici en vigueur et les oligopoles qu’elle défend pourront-ils être si facilement mis à bas ? Les anciennes élites peuvent-elles comprendre les aspirations d’une population dont la moitié a moins de 25 ans ? Si, hélas, ces questions ne sont pas au cœur du débat politique actuel, elles n’ont pas fini de tourmenter des Camerounais qui se demandent, en résumé, si un « système » aussi ancien est capable de faire son aggiornamento…

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Lettre de Tunis

Editorial précédent :
Indignés

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Cameroun

Cameroun - Me Bertrand : 'On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé' en Algérie

Cameroun - Me Bertrand : "On nous cache quelque chose sur la mort d'Albert Ebossé" en Algérie

Le 23 août dernier, quelques minutes après la rencontre entre la JS Kabylie et l’USM Alger (1-2), l’attaquant camerounais de la JSK Albert Ebossé (24 ans) trouvait la mort à la sortie du te[...]

Cameroun : Martin Chungong, l'apôtre des Parlements du monde

Ce Camerounais est le premier Africain à diriger, à Genève, l'Union interparlementaire, vénérable institution créée en 1889.[...]

Investissements : le Cameroun lance un plan d'urgence avec l'appui du secteur bancaire

 Deutsch Bank, BGFI, Ecobank, Banque Atlantique et Standard Chartered Bank vont contribuer à hauteur de plus de 630 milliards F CFA au plan d'urgence triennal de 925 milliards de F CFA validé le 09[...]

CAN 2015 : les dix buteurs africains qui affolent les compteurs

Des valeurs sûres, des révélations et des come-back inespérés… Alors que la fin de l’année approche, certains joueurs africains squattent le haut du classement des buteurs des[...]

CAN 2015 : calendrier des matchs, groupes et résultats

La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2015 débute le 17 janvier. Consultez le calendrier complet et les résultats des matchs de la compétition qui s'achèvera le 8 février en Guinée[...]

Préparation à la CAN 2015 : Ghana, Mali, Côte d'Ivoire... tous à Abou Dhabi !

Alors que le tirage au sort de la phase finale de la CAN 2015 (17 janvier-8 février) a eu lieu le 3 décembre au soir à Malabo (Guinée Équatoriale), les seize qualifiés ont pour la[...]

Otages : les dessous d'une libération... et d'un coup de pub de la présidence camerounaise

La libération du prêtre polonais Mateusz Dziedzic et d'une trentaine d'autres otages centrafricains et camerounais fin novembre a fait couler beaucoup d'encre. La présidence y est elle aussi allé[...]

Le Camerounais Alain Nkontchou rejoint le conseil d'administration d'Ecobank

 Le conseil d'administration d'Ecobank a annoncé la nomination de quatre nouveaux administrateurs non-exécutifs à son conseil d’administration, parmi lesquels le financier camerounais Alain[...]

Cameroun : Amadou Ali - Cavaye Yéguié Djibril, l'autre guerre du Nord

Tous deux originaires du nord du Cameroun, le président de l'Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, et vice-Premier ministre Amadou Ali se livrent une âpre bataille pour la succession[...]

La drôle de guerre du Cameroun contre Boko Haram

C'est un conflit bâtard, contre un ennemi qui se joue des frontières et qui a fait de l'Extrême-Nord sa base arrière. Personne ne sait même quand il a commencé. L'État[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers