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30/09/2011 à 15:22
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Anis Birou croit aux chances du RNI aux élections du 25 novembre. Anis Birou croit aux chances du RNI aux élections du 25 novembre. © AFP

Membre du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), le secrétaire d’État marocain chargé de l’Artisanat est confiant dans les chances de son parti à la veille des élections législatives du 25 novembre.

Le secrétaire d’État marocain chargé de l’Artisanat est un homme discret. Anis Birou, 49 ans, ingénieur de formation, est également membre du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), à la refonte duquel il travaille, sous la houlette de son président, Salaheddine Mezouar. À l’approche des législatives du 25 novembre, Anis Birou sort de l’ombre, combatif et serein, pour défendre le bilan du gouvernement et lancer la campagne du RNI, lequel a aujourd’hui le vent en poupe. Pour la première fois depuis 1979 et Ahmed Osman, ce parti de centre droit, qui défend un « libéralisme social », pourrait en effet voir son patron et actuel ministre des Finances occuper le poste de président du gouvernement. Entretien.

Jeune Afrique : Vous êtes président de la commission d’élaboration du programme du RNI. Comment travaillez-vous ?

Anis Birou : Nous essayons d’être le plus à l’écoute possible de ce qui se passe dans notre société et d’être proches de nos concitoyens. Nous sommes en train de développer une vision stratégique et prospective qui intègre à la fois les potentialités du Maroc et les contraintes auxquelles notre pays est soumis.

Notre programme doit être issu de la réalité du pays mais aussi de notre ambition pour l’avenir. Nos concitoyens pourront très bientôt en juger par eux-mêmes. Nous allons utiliser tous les moyens de communication modernes pour faire connaître nos idées.

Quelles sont les attentes des électeurs ?

J’ai le sentiment que les Marocains sont très fiers de la voie que s’est choisie notre pays et de l’évolution que nous sommes en train de vivre. Les citoyens ont pris leurs responsabilités et ont la volonté de construire un modèle de démocratie à la marocaine.

Mais vous ne pouvez pas ignorer les tensions sociales, surtout dans ce contexte régional. Le 11 septembre, le Mouvement du 20 février manifestait encore dans tout le pays…

Nous en sommes conscients et nous sommes à l’écoute de ces revendications. D’ailleurs, plusieurs jeunes du 20 février ont rejoint notre parti. Au niveau local, nos instances ont su ouvrir le dialogue avec eux et leur ont donné un espace d’expression. Ces jeunes veulent contribuer à la construction du Maroc de demain et il faut le leur permettre. Certains d’entre eux participent à l’élaboration du programme et ils pourraient même être candidats s’ils respectent les critères de probité, de proximité et de compétence que nous avons fixés.

Beaucoup d’observateurs voient déjà Salaheddine Mezouar en président du gouvernement. Partagez-vous cet optimisme ?

Je crois que le RNI a réussi sa mue, entamée en 2010. À l’époque, le Mouvement des réformateurs a permis de porter à la présidence notre ami Salaheddine Mezouar, actuel ministre des Finances. Depuis, les choses ont beaucoup bougé au sein du parti. Nous nous sommes restructurés, modernisés, et nous n’avons de cesse d’ouvrir nos portes aux jeunes et aux femmes.

Aujourd’hui, le RNI a les épaules pour diriger un gouvernement. Nous comptons dans nos instances des cadres de très haut niveau, dotés d’un grand sens des responsabilités et conscients du contexte actuel, aussi bien au niveau régional que national. Comme tous les partis, nous travaillons pour gagner.

Mais pour gagner, il faut des alliances…

Nous avons noué une alliance avec le Parti Authenticité et Modernité (PAM), l’Union constitutionnelle (UC) et le Mouvement populaire (MP). C’est une alliance stratégique et non pas de circonstance. Nous partageons, dans les grandes lignes, un même projet de société pour le Maroc.

Cette alliance va contribuer à rationaliser le champ politique à l’heure où le citoyen réclame plus de lisibilité afin de distinguer des blocs clairs. Demain, s’il nous choisit, il saura quel est notre programme et par quels moyens nous entendons le mettre en œuvre.

N’est-il pas paradoxal pour un parti de gouvernement d’être allié avec un parti d’opposition (le PAM) ?

Il ne faut pas voir les choses comme ça. Nous ne devons pas attendre que les élections aient lieu pour commencer à chercher des alliés. Nous n’allons pas faire des calculs en fonction des résultats de chacun. Notre alliance s’inscrit dans l’avenir, c’est-à-dire que nous avons pour objectif de gouverner ensemble.

L'alliance que nous avons constituée est stratégique. Nos partenaires et nous partageons le même projet de société.

Le gouvernement a publié son bilan sur le site Makassib, une initiative à laquelle vous avez participé. N’est-ce pas une opération électorale ­déguisée ?

Pas du tout. Je crois que l’équipe gouvernementale a beaucoup travaillé, mais qu’elle a parfois péché par manque de communication. On nous l’a d’ailleurs suffisamment reproché. Nous avons voulu y remédier et montrer que toutes les composantes du gouvernement ont travaillé en bonne intelligence. Il y a eu des succès, des manquements : c’est à présent au citoyen de juger.

Salaheddine Mezouar s’est emporté contre le choix du 25 novembre comme date des élections en raison de la concomitance avec les discussions sur la loi de finances au Parlement. Partagez-vous ses appréhensions ?

Bien sûr. Le bureau politique s’est dans son ensemble inquiété du choix de cette date. La loi de finances conditionne toute l’action du gouvernement, et son importance justifie qu’elle soit discutée dans les meilleures conditions possibles. Mais une solution devrait être trouvée. D’une manière générale, le RNI est parvenu à se faire entendre au cours des discussions avec le ministère de l’Intérieur. Bien sûr, nous n’avons pas été satisfaits à 100 %, mais c’est le jeu de la démocratie et nous l’acceptons.

Un secteur qui fait de la résistance

Avec un chiffre d’affaires de 80 milliards de dirhams (environ 7 milliards d’euros), l’artisanat fait vivre plus de 8 millions de Marocains. « C’est un secteur qui a une importance à la fois sociale, culturelle et politique, parce que l’artisan est souvent un citoyen engagé, qui a de l’influence sur ses concitoyens », explique Anis Birou. Mais le secteur a longtemps été plombé par un manque de vision à long terme, la perpétuation de l’informel et un déficit d’encadrement.

Très lié au tourisme, l’artisanat a subi la crise de plein fouet. « Mais l’impact a été moins fort que prévu, parce que le secteur a été soutenu par le marché national », note le secrétaire d’État, qui a l’ambition de développer l’exportation en se tournant vers de nouveaux marchés, comme l’Amérique latine, les pays de l’Est ou le Golfe. « Nous allons aussi développer une stratégie vers l’Afrique subsaharienne et un programme de labellisation et de certification qui permettra de maintenir l’artisanat à son meilleur niveau », conclut Anis Birou.

Je crois que tous les partis politiques sont conscients de vivre un moment historique et qu’ils prennent leurs responsabilités.

Les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) ont exprimé davantage de réserves…

Ils ont été écoutés au même titre que les autres. Personne n’est exclu du jeu politique. La campagne approche et, avec elle, son lot de polémiques et d’attaques. Mais nous refusons d’y attacher de l’importance. Il faut que règne un climat de confiance afin que les élections législatives du 25 novembre soient un moment aussi marquant que le référendum sur la Constitution.

Serez-vous candidat à Berkane, votre ville natale ?

C’est le souhait que j’ai exprimé, mais la décision sera prise au niveau des instances du parti. Évidemment, j’ai envie d’aller sur le terrain et de contribuer au développement de ma province.

___

Propos recueillis par Leïla Slimani.

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