Extension Factory Builder

Jean-Marie Bockel : "Les accusations de Bourgi sont le chant du cygne de la Françafrique"

30/09/2011 à 12:07
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Jean-Marie Bockel dans les locaux de Jeune Afrique, en juillet 2007. Jean-Marie Bockel dans les locaux de Jeune Afrique, en juillet 2007. © Mousse Abaca, pour J.A.

L’ancien secrétaire d’État à la Coopération avait appelé "au décès de la Françafrique", en janvier 2008. Deux mois plus tard, il était débarqué. Jeune Afrique l'a consulté pour avoir son sentiment sur les récentes déclarations de Robert Bourgi, qui affirme avoir fait transité des mallettes "pleines de billets" entre des présidents africains et des personnalités politiques françaises, dont Jacques Chirac.

Jeune Afrique : Les accusations de Robert Bourgi sont-elles crédibles ?

Jean-Marie Bockel : L’existence de financements occultes était un secret de polichinelle. Mais durant mon passage à la Coopération, je n’avais pas connaissance de qui recevait, combien et comment. Je n’étais pas dans ces « réseaux ». En revanche, des diplomaties parallèles sont de tout temps à l’œuvre avec un certain nombre d’intermédiaires. Certains sont efficaces, d’autres ont surtout un rôle alimentaire.

Revenons justement sur votre fameux discours de janvier 2008 sur le « décès de la Françafrique » ; vous aviez signé votre arrêt de mort…

Mon discours avait été revu et corrigé par mes amis de la cellule Afrique de l’Élysée, dirigée à l’époque par Bruno Joubert. Eux, comme moi, devaient savoir qu’il y avait des réseaux parallèles. Mais nous étions dans l’idée qu’ils reculeraient progressivement. J’ai manifestement sous-estimé leur importance, car, si j’avais continué à faire mon travail sans ce coup d’éclat, j’aurais duré plus longtemps. Ou alors, si j’avais été dans certains réseaux, j’aurais pu être alerté.

Car ces réseaux sont plus forts que la diplomatie officielle ?

La conjonction de mes déclarations – qui n’étaient qu’une reprise de la feuille de route de Cotonou [discours de Nicolas Sarkozy en mai 2006 promettant la rupture, NDLR] – avec l’affaire des « biens mal acquis » qui commençait à sortir dans la presse a pu donner le sentiment à certains dirigeants africains qu’il y avait un complot contre eux. Les réseaux ont alors supplanté la diplomatie officielle.

Mais on peut aussi estimer que mon histoire puis les accusations de Bourgi sont un peu le chant du cygne de la Françafrique. Les actions les plus brutales et les déclarations les plus fracassantes sont souvent la marque des réseaux en fin de vie.

"Bockel, c’est plus possible !" Bourgi a relayé ce message jusqu'à l'Élysée.

Quel a été le rôle de Bourgi dans votre éviction ?

J’ai fait la connaissance de Robert Bourgi après mon passage à la Coopération, grâce à des amis communs. Il est toujours intéressant que la victime puisse rencontrer son bourreau ! J’ai pu découvrir sa personnalité complexe et à bien des égards attachante. Il a été l’ultime messager auprès de Claude Guéant, je suppose. Plusieurs signaux avaient été envoyés : « Bockel, c’est plus possible ! » Il les a relayés. Durant sa longue carrière, il a bien illustré le rôle de ces intermédiaires. Avec un talent variable, ils peuvent se rendre utiles lorsque la diplomatie bloque, mais ils monnaient aussi leur prétendue influence.

Avec une dimension affairiste ?

Oui, les valises sont un avatar de la Françafrique.

Ne peut-on pas parler de duplicité à propos de Nicolas Sarkozy ? Entre le discours de Cotonou et la réalité des choses, c’est le grand écart…

J’en ai parlé récemment avec Nicolas Sarkozy. Notre désaccord porte sur la mise en œuvre de la feuille de route de Cotonou. J’ai voulu aller plus vite. Le président a, lui, invoqué la raison d’État : certains pays sont des amis de la France et ils contribuent à son influence, cela ne sert à rien de se fâcher avec des alliés. Avec le recul, à la Coopération, j’aurais eu la curiosité de rencontrer Robert Bourgi. J’aurais préparé le terrain avec quelques chefs d’État africains et retardé ma déclaration de quelques mois.

Car votre appel au décès de la Françafrique avait particulièrement irrité Omar Bongo Ondimba et Denis Sassou Nguesso…

C’est ce que l’on m’a dit…

______________

Propos recueillis par Philippe Perdrix

L'affaire Bourgi vue d'Europe : "Shocking !"

Mallettes remplies de diamants ou djembés bourrés de billets de banque ? Voilà des choses dont on n’a jamais entendu parler à Londres, à Madrid ou à Lisbonne et qui suscitent beaucoup d’intérêt. « On attend tous la suite de cette affaire », commente Pinar Ersoy, journaliste turque. Mais, outre l’aspect croustillant de « l’affaire Bourgi », ce sont les rapports entre l’Afrique et la France qui rendent perplexe. « Aucun autre pays européen n’entretient le même genre de relations avec l’Afrique », analyse Alex Vines, chercheur à l’institut Chatham de Londres. « L’Angola est si important pour l’économie du Portugal, que ce pays n’hésite pas à faire du lobbying pour son ancienne colonie. Le Moyen-Orient est très présent dans les pays arabes… Mais la Françafrique, c’est unique », analyse-t-il. Et la presse anglo-saxonne, particulièrement pugnace, en a fait les gros titres. « S’il était prouvé qu’un Premier ministre anglais a touché de l’argent d’un dirigeant africain ou autre, ce serait une crise politique majeure », explique Alex Vines. Et un déshonneur dont il ne se remettrait pas. MGB

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

International

Danse : Hamid Ben Mahi, de la 'hogra' à la révolution

Danse : Hamid Ben Mahi, de la "hogra" à la révolution

Le chorégraphe français d'origine algérienne Hamid Ben Mahi évoque dans son nouveau spectacle, "La Hogra", les vexations qui ont servi de carburant aux révolutions arabes.[...]

La Francophonie, un idéal voué à l'échec en cours

Magaye Gaye est directeur général du cabinet de recherche de financement GMCCONSEILS (Dakar, Sénégal). Au moment où le Sénégal  s’apprête à accueillir le[...]

Francophonie : candidats au poste de secrétaire général, leurs atouts et leurs faiblesses

Dimanche à Dakar, les chefs d'États membres de la Francophonie, éliront le nouveau secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF).[...]

Pour les 70 ans du massacre de Thiaroye, le Cran intente deux actions contre l'État français

Une association française, le Conseil représentatif des associations noires (Cran), a annoncé jeudi avoir intenté deux actions en justice contre l'État français. Elle souhaite notamment[...]

Francophonie : la succession de Diouf en question à la veille du sommet de Dakar

La Francophonie a bien du mal a trouver un successeur à son secrétaire général, Abdou Diouf. Celui-ci sera-t-il contraint d'effectuer un nouveau mandat ?[...]

Football : et si Ronaldinho poursuivait sa carrière en Angola ?

Certes en fin de carrière, le Brésilien Ronaldinho, dont le contrat avec son club mexicain arrive à son terme, a été approché par le club de Kabuscorp.[...]

Francis Wolff dans l'intimité du jazz

Un album rassemblant les images du producteur-photographe Francis Wolff montre les jazzmen du label Blue Note sous un jour inédit.[...]

Ferguson : des dizaines de milliers de manifestants dans 170 villes américaines

Dans la nuit de mardi à mercredi, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans 170 villes des États-Unis contre la décision d'un grand jury de ne pas engager de poursuites contre le policier[...]

États-Unis : la vidéo de la mort de Tamir Rice, jeune Noir de 12 ans abattu par la police à Cleveland

Alors que la colère ne faiblit pas après le non lieu prononcé dans le dossier Michael Brown à Ferguson, une nouvelle affaire vient entacher la réputation de la police américaine.[...]

Ebola : un vaccin en cours de test donne des résultats encourageants

Un essai clinique du premier vaccin expérimental contre le virus Ebola a eu lieu aux États-Unis. Testé sur des adultes au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), il a fourni des premiers[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces