Extension Factory Builder

Algérie : Bouteflika, ses Premiers ministres et l'armée

13/09/2011 à 12:47
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Les Premiers ministres de Bouteflika Les Premiers ministres de Bouteflika © AFP

Les relations entre dirigeants de l’exécutif, les rapports de forces et l’influence réelle de l’armée, c’est un peu le triangle des Bermudes algérien. Les derniers câbles publiés par le site WikiLeaks fin août permettent d’en savoir (un peu) plus et révèlent en tout cas la perception qu’ont les États-Unis des responsables au pouvoir à Alger. Même si cette dernière repose en grande partie sur les analyses de consultants, de journalistes, d’universitaires ou d’acteurs politiques de second plan, reçus à l’ambassade américaine, et non de membres d’un sérail toujours aussi difficile d’accès…

Ce n’est plus un secret : Ahmed Ouyahia et Abdelaziz Bouteflika ne sont pas les meilleurs amis du monde. Appelé à la rescousse pour remplacer un Ali Benflis en qui le président avait entière confiance avant qu’il ne décide de voler de ses propres ailes, Ahmed Ouyahia avait, lors de son premier passage à la primature sous Bouteflika, la réputation du bon soldat et du commis par excellence. Sa seconde expérience au palais du gouvernement, toujours en cours, laisse une impression bien différente.

Plusieurs câbles diplomatiques parlent de « mariage professionnel forcé » entre le chef de l’État et son Premier ministre, imposé par le patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), Mohamed Médiène, alias le général Toufik, dernier représentant en activité des tout-puissants généraux qui dirigeaient le pays (Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Lamari, etc.), dont l’influence a crû depuis les « problèmes de santé » de Bouteflika.

"Thérapeute de couple"

Sarcastique, l’auteur du câble envisage même de chercher un « thérapeute de couple » pour ces deux hommes qui ne partagent aucune « affinité naturelle ou valeur commune », n’ont que très peu d’entretiens en dehors des rares Conseils des ministres ou des réunions du Haut Conseil de sécurité. Pis, de tous les Premiers ministres, Ouyahia est celui qui a le moins de contacts avec « Boutef ». Il a même appris sa nomination par téléphone, sans aucune rencontre pour en discuter, ni avant ni même « durant son premier mois à ce poste ». Seule consolation pour le « moderniste-nationaliste » : son prédécesseur, Abdelaziz Belkhadem, qui, lui, dirige le « courant islamo-conservateur », a été évincé de la même manière… Le soutien de Médiène, selon les Américains, signifierait qu’Ouyahia est un candidat crédible à la succession de Bouteflika.

Ali Benflis, le candidat malheureux à la présidentielle de 2004, qui observe le silence le plus absolu depuis son limogeage, a la main lourde quand il s’agit d’évoquer devant les Américains son ancien patron. Pour Washington, le général Khaled Nezzar et le chef d’état-major Mohamed Lamari sont les principaux responsables de ses « aspirations présidentielles », mais c’est Médiène qui « s’est rangé à la dernière minute derrière Bouteflika ». Et qui aurait donc provoqué sa perte. Pour l’instant…

Abdelaziz Belkhadem, lui, est perçu par les militaires algériens comme un « sympathisant du Front islamique du salut [FIS, NDLR] avant son interdiction »… et par Bouteflika comme un fidèle soutien, plus qu’Ouyahia « l’éradicateur », à sa politique de réconciliation nationale.

Les Premiers ministres de Bouteflika « gouvernent selon le bon plaisir du président, qui conserve la confiance de l’armée. Mais les généraux ont les moyens de faire connaître leur point de vue… », résument les diplomates.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Corne de l'Afrique : solidarité africaine

Editorial précédent :
Lettre de Tunis

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Algérie

Vidéo - Présidentielle algérienne : Bouteflika s'est rendu au bureau de vote en fauteuil roulant

Vidéo - Présidentielle algérienne : Bouteflika s'est rendu au bureau de vote en fauteuil roulant

L'élection présidentielle algérienne se tient ce jeudi. Le président sortant, Abdelaziz Bouteflika, a fait sa première apparition publique depuis 2012.[...]

Algérie : ouverture des bureaux de vote, apparition publique de Bouteflika attendue

Les Algériens sont appelés à se rendre aux urnes ce jeudi. Le président sortant – et favori -, Abdelaziz Bouteflika, affaibli par la maladie, devrait faire sa première apparition publique[...]

Faïza Guène, écrivain à part et entière

Depuis le best-seller "Kiffe kiffe demain", paru il y a dix ans et vendu à 400 000 exemplaires, la jeune auteure n'a pas cessé d'écrire. Dernier opus : "Un homme, ça ne pleure[...]

La jeunesse algérienne tentée par le boycott massif de la présidentielle

Un des enjeux majeurs de la présidentielle algérienne du 17 avril est le taux de participation. Maintes fois appelée à s'exprimer, la jeunesse risque de ne pas se bousculer dans les bureaux de vote.[...]

Algérie - Ali Benflis : "Mon principal adversaire est la fraude, et j'ai un plan pour la faire échouer"

Alors que tout semble joué d'avance pour le président algérien sortant, Abdelaziz Bouteflika, son principal adversaire, Ali Benflis, prévient d'ores et déjà que lui et ses partisans[...]

Cevital autorisé à reprendre le français FagorBrandt

Le tribunal de commerce de Nanterre a validé la reprise de FagorBrandt par Cevital. Le groupe algérien reprend notamment deux sites industriels, et 1 200 salariés.[...]

Algérie : les accusations de fraude se multiplient avant la présidentielle

À quarante-huit heures du scrutin présidentiel prévu le 17 avril en Algérie, les voix s'élèvent déjà pour dénoncer la fraude en faveur d'Abdelaziz Bouteflika, le[...]

Terrorisme - Iyad Ag Ghaly : arrête-moi si tu l'oses !

Recherché pour terrorisme par le monde entier, le chef touareg Iyad Ag Ghaly semble pourtant poursuivi avec bien peu d'ardeur. Et pour cause : il reste un acteur essentiel dans la région.[...]

Algérie : sept femmes qui font bouger le pays

Elles sont médecin, styliste, ingénieure ou web entrepreneuse. Elles animent sociétés, associations, réseaux. Elles ont la pêche, ces Algériennes.[...]

Algérie : une meilleure couverture sanitaire, mais...

Construction de centres de soins, formation du personnel médical... L'Algérie se dote d'une meilleure couverture sanitaire. Reste un point noir : la mortalité infantile.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers