Les décennies passent, la "malédiction" perdure : la Corne de l’Afrique subit sa énième grave crise alimentaire.
Dans cette région du monde, la faim ressemble à une fatalité. Toujours pour les mêmes raisons : politiques publiques inexistantes, conflits récurrents, hausse du prix des matières premières agricoles, et sécheresse, évidemment… Les images de ces milliers de morts en sursis décharnés et à bout de force ne choquent même plus. Au XXIe siècle, on meurt encore de faim, dans l’indifférence générale.
Ici, il ne s’agit pas de séisme, d’ouragan ou de tsunami. Facteur certes aggravant, la sécheresse n’est certainement plus la cause première de cette tragédie tellement prévisible. Car, aujourd’hui, on sait mesurer le niveau des précipitations, anticiper les cours ou l’état des récoltes, forer pour atteindre des nappes phréatiques abondantes, utiliser les nouvelles techniques d’irrigation en milieu aride…
Or tous les indicateurs étaient au rouge depuis longtemps (la sécheresse, par exemple, dure depuis quatre ans). Plus de vingt-cinq ans après We Are the World, la chanson écrite par Michael Jackson, Lionel Richie et Stevie Wonder pour récolter des fonds pour l’Éthiopie, la seule chose qui ait vraiment changé, c’est que les artistes eux-mêmes ne répondent plus, ou presque. Mais est-ce leur rôle ? Déjà, en Afrique, des voix s’élèvent pour critiquer cet « abandon de poste », ou se demander pourquoi les bailleurs occidentaux et les ONG ont attendu le dernier moment pour intervenir.
Mais que font les Africains eux-mêmes, si prompts à exiger que l’Occident cesse de s’immiscer dans leurs affaires ? Rien, ou si peu. Ni en amont à titre préventif, en consacrant par exemple au moins 10 % de leur budget à l’agriculture, comme l’engagement – jamais tenu – en avait été pris à Maputo, en 2003, par l’Union africaine (UA), ni en aval pour au moins sauver ceux qui peuvent l’être (50 millions de dollars seulement de promesses de dons lors du sommet d’Addis-Abeba, le 25 août, auquel plus de la moitié des pays membres de l’UA n’ont même pas daigné assister !).
Les États africains n’ont-ils pas les moyens de secourir leurs frères ? Où sont passés l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Algérie ou le Nigeria ? Et les pays concernés ? Certes, la Somalie demeure un cas à part, pour des raisons évidentes. Mais le Kenya ou l’Éthiopie ? Pourquoi ces deux nations, qui disposent de ressources, d’administrations et de cadres, seraient-elles vouées à la famine, sinon à cause de leur incurie, ou pis, de leur volonté délibérée de laisser souffrir ou mourir certaines populations guère en cour auprès du pouvoir central ?
La situation de la Corne de l’Afrique est une honte. En particulier pour nos dirigeants, qui multiplient les promesses sans lendemain à chaque crise alimentaire et détournent aujourd’hui le regard en attendant que d’autres trouvent une solution aux problèmes dont ils sont souvent la cause. Vous avez dit solidarité africaine ?

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