Le très décontracté directeur de la radio Contact FM vient d’acquérir le club de football le plus populaire du Rwanda. Et s’apprête à créer la première chaîne de télévision privée.
Week-end oblige, les locaux de Contact FM, radio rwandaise, sont presque vides. Mais des rires s’échappent du bureau du directeur général. La décontraction d’Albert Rudatsimburwa ne le laisse pas deviner, mais l’un de ses présentateurs étant absent, il se prépare à animer lui-même, en direct, Crossfire, le talk-show phare hebdomadaire de la station. Derrière lui, une grande affiche du boxeur Mohamed Ali frappée de la phrase « I move fast » (« Je bouge vite »). Ce pourrait être sa devise.
Musicien et producteur en Belgique, où la famille de ce métis vivait en exil, Albert Rudatsimburwa revient au Rwanda en 1994. Pendant quatre ans, il mène une carrière de journaliste indépendant, couvrant notamment la première guerre du Congo. « Avant ça, je n’avais eu aucune expérience dans la presse », raconte-t-il. Quatre ans plus tard, il devient marketing and brand manager chez l’opérateur de téléphonie mobile MTN RwandaCell. Tout en continuant la musique et la production. Arrive la libéralisation des ondes rwandaises, début 2004, et Albert Rudatsimburwa décide de quitter son poste pour monter Contact FM. Il lui faudra moins d’un an.
Jolis coups
Un peu à l’image de son patron, la radio mélange décontraction, flexibilité et une relative liberté de ton, inédite dans les médias rwandais. Sans oublier quelques jolis coups. Comme lorsqu’il fait venir le président Paul Kagamé sur son plateau. « La première fois, c’était en 2005. À l’époque, personne n’avait essayé, se souvient-il. Nous lui avons juste écrit une lettre et il a dit oui. Ça nous a vraiment boostés. » Depuis, Contact FM est devenue l’une des premières radios privées du pays : elle revendique entre 1,5 million et 2 millions d’auditeurs quotidiens.
L’identité de son cofondateur, Jean Mutsar, beau-frère du président, a-t-elle joué un rôle dans cette réussite ? « Pas du tout, se défend Albert Rudatsimburwa. C’est un ami d’enfance. On a toujours tout fait ensemble et ça ne date pas de l’élection de Paul Kagamé. » Il précise ensuite : « J’ai un soutien moral des autorités, parce qu’elles veulent voir l’éclosion d’un véritable secteur privé. » Et de ce point de vue, elles ne peuvent qu’être séduites par la multiplication des initiatives de l’homme d’affaires.
"Á la Berlusconi"
Alors que la radio n’a pas encore tout à fait atteint son équilibre financier, Albert Rudatsimburwa vient de reprendre le Rayon Sports Football Club, pour une concession de sept ans renouvelable. « Ce club, c’est 8 millions de supporteurs ! » s’enthousiasme le nouveau président. Même s’il a perdu de sa superbe et que le championnat est dominé depuis plusieurs années par le club de l’Armée patriotique rwandaise, le Rayon Sports FC ne laisse pas, en effet, d’attirer les foules.
La saison devait débuter en septembre, mais Albert Rudatsimburwa espère obtenir un report d’un mois. C’est le temps que ce touche-à-tout estime nécessaire pour finaliser un autre projet : Contact TV devrait devenir la première chaîne de télévision privée au Rwanda.
Il prévoit de filmer tous les matchs du championnat et de retransmettre les plus importants – dont ceux de son équipe – en direct. « L’idée, c’est de créer une collaboration entre médias et sport pour générer des revenus jusqu’ici inexistants au Rwanda. C’est un plan à la Berlusconi ou à la Bernard Tapie ! » s’amuse-t-il.
L’appétit d’Albert Rudatsimburwa pourrait-il le conduire, lui aussi, à une carrière politique ? « Non, ça ne m’intéresse pas du tout ! Ce serait la pire des choses à faire. Je préfère largement rester dans la société civile. »

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