"Au secours, Kaddafi arrive !" titrait J.A. à la une lors de l’accession du « Guide » à la tête de l’Union africaine (UA), en février 2009. « L’Afrique libérée », écrivons-nous cette semaine, alors que le même vient d’être balayé du pouvoir par son propre peuple.
On ne le répétera jamais assez : pour l’image, la respectabilité, la crédibilité de l’Afrique et de son organisation fédératrice, pour la sérénité des débats et la tranquillité de son président de Commission – Jean Ping ne me contredira pas sur ce point –, la chute de Kaddafi est une bénédiction. Tout comme l’Europe ne pouvait se construire avec Franco, Caetano et les colonels grecs, l’Afrique ne peut qu’être soulagée de voir son plus grand commun diviseur débarrasser enfin ses sommets de sa smala de dromadaires, de tentes caïdales et de roitelets bouffons.
Cette opinion, même si elle est pour nous une évidence et pour nos lecteurs une banalité tant nous l’exprimons dans ces colonnes depuis des décennies, choque, agace et irrite encore certains d’entre vous. Parmi ceux qui nous l’ont fait savoir et qui ont constitué sur la Toile nombre de groupes de soutien au « Guide éternel, militant et martyr du panafricanisme », c’est l’intervention de l’Otan, incarnée par Sarkozy, Cameron et Obama, qui tient lieu de catalyseur. Derrière le « Kaddafi forever » posté sur notre page Facebook apparaît très vite un profond ressentiment à l’encontre de l’Occident, perçu comme recolonisateur et prédateur. Hier Gbagbo, aujourd’hui Kaddafi : ce sont les mêmes internautesqui se manifestent, avec la même constance, aux côtés des mêmes hommes. Et ces intellectuels, démocrates sincères le plus souvent, suscitent de notre part la même question: combien d’entre eux accepteraient que dans leur propre pays, à l’instar de la Libye d’hier, les élections, les partis, les syndicats, les ONG et les médias indépendants soient interdits, qu’y règne à vie un leader et demain son fils ? Aucun.
Et puis, il y a ceux pour qui Kaddafi n’a jamais été un héros. Son départ ne les chagrine pas, mais la manière avec laquelle l’Afrique a été dans cette affaire marginalisée par les puissances « blanches » les a blessés. Mis devant le fait accompli, consultés pour la forme alors que les décisions stratégiques étaient prises, accueillis avec condescendance quand ils pensaient tenir une solution de compromis, l’UA et les chefs d’État impliqués n’ont jamais eu leur mot à dire – même si ce mot était déjà dépassé par l’accélération de l’Histoire. Pour eux, « l’année des progrès majeurs de la démocratie en Afrique », célébrée par un Nicolas Sarkozy triomphant, aura été celle de l’impuissance et de l’amertume.
Nous aurions certes préféré que la révolution libyenne ressemblât à ses soeurs tunisienne et égyptienne, et que l’idole fût déboulonnée sans que les ex-colonisateurs y prissent la part déterminante que l’on sait. Mais un homme, par son comportement criminel et provocateur, en avait décidé autrement. Si cette libération a pour certains un arrière-goût d’humiliation, la responsabilité en incombe à Kaddafi. Fort heureusement, ce mauvais coup porté à l’Afrique par son mauvais génie aura été le dernier.

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