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31/08/2011 à 18:32
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C’est désormais plus qu’une apparence : après deux décennies de stagnation, le Congo décolle enfin. Taux de croissance flirtant avec les deux chiffres, nouveaux champs pétroliers offshore, bétonnage à tout-va, liaisons quotidiennes surbookées avec l’Europe, et jusqu’à ce bon vieux Parti congolais du travail (PCT) qui vire du rouge sectaire au rose accueillant. Reste que le risque de voir ce pays de 4 millions d’habitants contracter le syndrome de la croissance sans développement – ce mal qui frappe nombre de pétroliers émergents, avec PIB par tête en hausse et indice de développement humain (IDH) à la traîne – est loin d’être écarté. On peut être sur la voie de la semi-prospérité comme l’est le Congo et demeurer fragile parce que l’éducation, l’emploi, le social ne suivent pas. Comment faire ?

Il en va, bien sûr, de la responsabilité primordiale de l’État, du gouvernement, et du commandant de bord – Denis Sassou Nguesso en l’occurrence. C’est en effet une évidence que la gouvernance doit chaque jour être améliorée. Mais cette exigence est aussi, dans une certaine mesure, l’arbre qui cache la forêt. Car c’est à une véritable introspection culturelle que tous les Congolais doivent se livrer s’ils veulent véritablement entrer dans la modernité et la mondialisation.

À quoi servent, par exemple, les dispositifs très avantageux d’aide à la création d’entreprise adoptés en Conseil des ministres il y a trois mois, s’il n’y a personne ou presque pour prendre le risque du privé ? Les Congolais jugeront peut-être ces lignes excessives, mais il faut qu’ils le sachent : qu’ils cessent de tout attendre du chef et de l’État providence, qu’ils sortent de leur mentalité d’assistés, séquelle d’une époque révolue où la fonction publique recrutait à tour de bras, et ils participeront enfin à la maîtrise de leur propre avenir.

Que les Congolais cessent de tout attendre du chef et ils participeront enfin à la maîtrise de leur propre avenir.

L’esprit d’initiative et de responsabilité, la culture d’entreprise, l’existence d’un vrai secteur privé qui ne vive pas en parasite sur les marchés de l’État, la volonté de prendre des risques pour réussir, tout cela manque encore terriblement au Congo – et ce clivage est bien plus fondamental que celui qui sépare ceux qui ont accès à la table du pouvoir de ceux qui rêvent d’y parvenir. D’autant que, conséquence perverse de sociétés traditionnelles égalitaristes et d’une éducation qui prône la méfiance aux enfants pour se protéger, les Congolais jalousent les réussites individuelles et ne s’aiment guère entre eux.

Tant que l’on préférera tirer vers le bas ceux qui montent plutôt que de les appuyer afin qu’ils aident leurs compatriotes, plus tard, à sortir du trou ; tant que la vertu de solidarité, l’une des bases essentielles du développement, sera noyée sous les jérémiades de l’envie et de la défiance mutuelle, la croissance reposera sur des sables mouvants. Il faut que tout change. On appelle cela une révolution culturelle.

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