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États-Unis - Maroc : Hisham Oumlil, le maître des costards de star

26/08/2011 à 16h:10
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La mode, Oumlil en parle comme d'un aimant. La mode, Oumlil en parle comme d'un aimant. © D.R.

Installé à New York, ce natif de Casablanca officie dans le rôle de tailleur à temps complet pour le gotha américain.

Il a le regard brun électrique, un corps taillé en un V parfait et une tête-sculpture en ovale idéal. N’était sa carrure d’athlète, Hisham Oumlil aurait tout d’un Hedi Slimane bis. Les deux hommes ont à peu près le même âge (38 et 43 ans), un pied au Maghreb (Maroc pour l’un, Tunisie pour l’autre), une vision de la mode assez proche – des vêtements qui subliment, près du corps – et une clientèle aussi huppée que cosmopolite. La comparaison s’arrête là. Contrairement à l’homme allumette, ex-gourou du slim chez Dior et Yves Saint Laurent, Hisham Oumlil cavale en solo loin des grandes marques, mais avec un talent comparable. En témoigne la liste de ses clients (lui récuse le mot et préfère dire « mes hommes ») : des banquiers, des diplomates et des marchands d’art.

Le tableau de chasse ne cesse de s’allonger. On y trouve André Balazs, hôtelier en vogue, et Andrew Malloy, héritier des magasins Bergdorf Goodman. Ou encore Jorge Nemr, star du barreau brésilien. À l’occasion, Oumlil donne quelques coups de ciseaux pour les acteurs Jon Hamm (Mad Men) et Ed Westwick (Gossip Girl). Dernièrement, c’est Oliver Stone qui a eu droit à son triple essayage. « Il m’a demandé si je pouvais faire aussi bien que Dior… » Résultat ? « Il était très satisfait. »

Dans ses bureaux de Manhattan, entre Chelsea et Madison Square, Oumlil vit tel un poisson dans l’eau. Le salon d’essayage (rangées de costumes, large table et miroirs en veux-tu, en voilà) donne sur son salon, à lui. Décoration ultra-design et piles de livres – on y trouve une biographie du couturier Ralph Rucci et une monographie du photographe Eugène Atget. Oumlil aurait donc tout de l’intellectuel au sens manuel, et inversement.

Car, loin de coller à l’image du tailleur œuvrant sur commande, il ne travaille qu’à l’instinct. « Avant de prendre des mesures, je discute. J’en apprends plus sur la personne qui se trouve en face de moi. » Récemment, un client venu se faire tailler un costume Tom Ford est reparti comblé avec un autre, signé Oumlil. « J’ai rallumé en lui quelque chose qui était éteint. » Parfaite synthèse entre un psychanalyste branché et un physionomiste de haute voltige ? Mehdi Qotbi, le peintre marocain, confirme : « C’est un perfectionniste. Ses vêtements ressemblent à ceux qui les portent. »

Né à Casablanca en 1972, débarqué bac en poche à San Francisco à l’âge de 21 ans, Oumlil s’est colleté avec la réalité du métier en apprenant sur le tas. Jusqu’à devenir directeur du sur-mesure dans la maison de l’Italien Loro Piana, en 2003. Une trajectoire de météore couronnée deux ans plus tard par le lancement de sa marque, Oumlil, pour laquelle il s’est associé avec le tailleur de légende Rocco Ciccarelli. Rapidement, la presse s’est intéressée à ce profil atypique – un trentenaire marocain, tailleur et styliste à la fois. La reconnaissance des pairs a suivi. En 2008, le livre American Beauty le classe parmi les plus grands créateurs américains depuis 1930. Il dit : « C’était un honneur. » Ajoute aussitôt : « J’étais surpris. » Se rappelle en souriant son enfance et les mercredis passés dans la médina de Casa pour échanger des vêtements venus d’Europe.

La mode, Oumlil en parle comme d’un aimant, explique y avoir songé dès l’âge de 11 ans, après que ses parents lui ont offert un complet en sirsacas (une étoffe de coton indien) et des sandales. « C’était horrible. J’ai exigé qu’on les échange contre un veston et des bottines. » Son style ? Des vêtements souples, comme une seconde peau. Mélange de classique et de moderne taillé à coups de faux tons, gris bleu ou blanc cassé. Une touche qui n’est pas sans rappeler la période American Gigolo d’Armani, l’arrogance en moins. « La mode doit être un moyen pour être libre et respecté plutôt que craint et redouté. Il s’agit de révéler qui l’on est, pas d’écraser les autres. » Formé à l’américaine, Oumlil revendique néanmoins l’influence des Européens : Lanvin pour « sa ligne parfaite » et Balenciaga pour la structure de ses créations.

Régulièrement présent à la Fashion Week de New York – il y sera en septembre –, l’homme, qui compte une dizaine de collections à son actif, lorgne désormais du côté de Paris, « un passage obligé pour acquérir une notoriété ». Et le Maroc ? Entre les deux, presque vingt ans se sont écoulés. Oumlil y revient souvent. Garde, mi-souvenir mi-totem, une photo de son père en complet gris sur son bureau de Manhattan. « Ses costumes passaient tous chez le tailleur. Ça lui donnait du charisme et de la dignité. Autant de qualités qui me poussent à continuer dans cette voie : révéler ce que les hommes ont de plus beau. »

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