Adel Paul Boulad, le bon angle d'attaque

17/08/2011 à 16h:31 Anaïs Heluin
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Parc Montsouris à Paris. Parc Montsouris à Paris. © Camille Millerand pour J.A.

Arrivé en France à l’adolescence, cet Égyptien est à la fois un promoteur passionné du tahtib, un art martial de son pays natal, et un coach d’entreprise atypique.

Empoignades, coups de pieds coups de poing… Adel Boulad se souvient, mi-amusé, mi-nostalgique, de son enfance à Port-Fouad. Presque tous les soirs, après l’école, le futur professeur d’arts martiaux se lançait, avec ses camarades d’une dizaine d’années, dans des « bagarres qui n’avaient pour but que de foutre l’autre par terre ». Les techniques de combat étaient rudimentaires face à ceux qui faisaient du judo, bien plus forts. Le jeune garçon y a néanmoins acquis une détermination farouche. « Je n’avais qu’une seule envie : les battre. » Ce que, pour des raisons bêtement géographiques, il n’a jamais réussi. L’école de judo se trouvait à Port-Saïd, de l’autre côté du canal de Suez.

Une cinquantaine d’années ont passé sans faire de ravages, confirmant les traits esquissés dans l’enfance. Une énergie vive concentrée dans une petite taille et une figure ronde percée d’un regard perçant donnent à Adel Boulad l’air décidé d’un aïkidoka avant l’attaque. Pour se mesurer à lui, si l’envie vous en prend, ce n’est plus en Égypte, mais à Paris, au parc Montsouris, qu’il faut se rendre. Ne pas oublier de se munir d’un bâton et d’une bonne dose de gouaille, sans quoi le maître n’hésitera pas à laisser parler son goût prononcé pour la moquerie. Il ne faut pas s’y fier : ce rire cache une démarche fort sérieuse. Pratiquant les arts martiaux depuis son arrivée en France, en 1969, professeur diplômé d’État de judo, d’aïkido et de karaté, l’ancien écolier batailleur a acquis une excellente technique et un charisme à la hauteur.

Nulles gambades excentriques dans le parc parisien. Au contraire : grâce à Boulad, c’est un moment d’histoire à demi oublié qui ressurgit : le tahtib, art du bâton égyptien. « À force d’explorer les arts martiaux asiatiques me revenaient des souvenirs de joutes vues dans mon pays natal. Mariages, enterrements ou même repas : les paysans sortaient un bâton et dansaient avec à la moindre occasion. » Ces traces d’une pratique millénaire fascinent le passionné et le poussent à partir à la rencontre des quelques grandes pointures du tahtib. Puis à apprendre auprès d’eux. Aujourd’hui, il enseigne cet art à Paris, dans le cadre de son association Seiza, et à Malawi, en Moyenne Égypte. « Mon but est de rendre au tahtib la place qu’il mérite dans le monde des arts martiaux. Ses aspects rythmique et collectif le singularisent, font de lui un vecteur potentiel de cohésion et d’éducation », dit-il. D’où le projet de faire entrer cet art dans les écoles égyptiennes.

Une idée ambitieuse, héritée sans doute d’une famille qui, depuis plusieurs générations, œuvre au développement de l’Égypte. « Gabriel Boulad, grand bâtonnier d’Alexandrie ; Farid Boulad, architecte-ingénieur de la gare centrale du Caire ; Marie-Catherine Boulad, première femme avocate des tribunaux mixtes du Caire… » L’énumération réjouit le descendant : son projet, à sa façon, perpétue une tradition et matérialise son lien avec le pays natal.

Adel Boulad ne passe néanmoins pas tout son temps à manier le bâton. En d’autres heures et d’autres lieux, il troque son fidèle jogging pour un costume bien repassé, à première vue étranger aux duels martiaux. Ainsi vêtu, il rend visite à ses clients, dans les entreprises. Relations humaines, stratégies de redressement : sur tous les sujets possibles, il prodigue des conseils avisés. Coach d’entreprise, telle est sa seconde casquette, qui a quelques liens avec la première puisqu’il met les techniques des arts martiaux au service de son travail. « Imaginez qu’un sabre soit en train de vous tomber sur la tête. Que faites-vous ? » Attention à la réponse… « Vous changez d’angle ! Autour de vous, il y a l’infini ! » Pourquoi pas, après tout ?

Inédite, cette méthode est le pilier de Performance and Leadership Institute (PLI), société fondée par Boulad en 2001, après vingt années de management, dont onze à l’international. Rien, pourtant, ne le prédestinait à une telle carrière. Titulaire d’un doctorat de sciences physiques sur les sédiments marins du bassin d’Angola, un futur d’enseignant-chercheur s’ouvrait à lui. « Aux côtés de Claude Allègre, j’ai participé au bond quantique qu’a connu la science dans les années 1970. C’était extraordinaire. Mais quand je me suis rendu compte que je me préparais à un poste de fonctionnaire inamovible de Jussieu, ça m’a déprimé ! » Il démissionne, abandonne la science pour emprunter la voie qu’on connaît. Une preuve de polyvalence ? Boulad explique les choses en termes d’angles. Science, tahtib et coaching ne seraient que des points de vue différents sur une même réalité… 

Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Egypte

Égypte : la bataille du second tour de la présidentielle est engagée

Égypte : la bataille du second tour de la présidentielle est engagée

Les deux finalistes de la présidentielle égyptienne, le Frère musulman Mohammed Morsi et Ahmad Chafiq, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, ont cherché samedi à élargir leurs sout[...]

Cinéma - Yousry Nasrallah : "Je ne me suis jamais senti aussi libre"

Le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah, en compétition pour la Palme d'or, est arrivé à Cannes sans ses affaires, mais avec un film éminemment politique sur la révolution, dont les[...]

Présidentielle égyptienne : un islamiste face à un cacique de l'ancien régime au second tour ?

Selon les premières estimations du 25 mai, le second tour de l’élection présidentielle égyptienne devrait opposer le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, au dernier Premier [...]

Égypte : les Frères musulmans donnent leur candidat en tête à la présidentielle

Les Frères musulmans ont affirmé vendredi que leur candidat arrivait en tête au premier tour de l'élection présidentielle en Egypte après le dépouillement des bulletins dans la[...]

Présidentielle égyptienne : le premier tour s'achève dans le calme

Jeudi 24 mai marquait la fin du premier tour de l’élection présidentielle égyptienne, deuxième jour d’un scrutin historique qui se joue entre des islamistes et des caciques de[...]

Droits de l'homme en Afrique : progrès incertains au Nord, attentes pour le Sud

Amnesty International a rendu public, jeudi 24 mai, son rapport annuel sur l’état des droits de l’homme dans le monde. En ce qui concerne le continent africain, l’année 2011 a été[...]

Musique : Warda Al-Jazaïriya, la rose algérienne

Décédée au Caire à l'âge de 71 ans, la diva de la chanson arabe Warda Al-Jazaïriya a mené une vie marquée par l'exil. Portrait.[...]

Présidentielle égyptienne : la bataille de l'image

Lors de la campagne présidentielle précédant le scrutin du 23 et 24 mai, les candidats ont multiplié apparitions et spots télévisés pour mieux se faire connaître du grand[...]

Présidentielle égyptienne : douze candidats dans les starting-blocks...

À quelques jours seulement de l'élection présidentielle, l'Égypte peut enfin profiter d'un moment de répit. Après une intense bataille électorale, les candidats sont sommés[...]

La Berd se dote d'un fonds spécial pour encourager les démocraties arabes

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), créée en 1991 pour aider les ex-pays communistes à réformer leur économie, s'est dotée samedi d'un[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers