Il faut bien donner des gages à une opinion avide de vengeance et qui doute des gouvernements qui mènent la transition, ici en Tunisie, là en Égypte. Il faut bien, aussi, que justice soit faite. Les procès Ben Ali et Moubarak en disent cependant long sur l’incapacité, pour l’instant, des « révolutionnaires » à se poser les bonnes questions. Juger de manière expéditive Ben Ali et sa clique a-t-il permis aux Tunisiens de réfléchir, entre autres, aux raisons profondes qui les ont conduits à accepter, pour ne pas dire plus, vingt-trois années durant, ce régime aujourd’hui voué aux gémonies ? Exhiber derrière les barreaux d’une cage un Hosni Moubarak alité et en pyjama et ses fils fait-il avancer la cause des « héros » de la place Al-Tahrir ?
Dans ces deux cas, qui ne sont pas sans rappeler, toutes proportions gardées, la parodie de procès à laquelle a eu droit Saddam Hussein et la sinistre mise en scène de sa pendaison, on semble préférer le simple exorcisme et le populisme à la recherche de la vérité, seul socle pourtant sur lequel peut être construit un avenir aujourd’hui incertain. Espérons, prions même, pour que le procès annoncé de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ne s’inscrive pas dans cette série pathétique d’occasions manquées.
Conséquence immédiate, à quelques milliers de kilomètres du Caire, l’image de nos ex-dictateurs, jadis tout-puissants, buvant le calice de l’humiliation jusqu’à la lie ne fait que renforcer la détermination des autres satrapes arabes à s’accrocher à leur pouvoir vacillant. Si Kaddafi ne peut que compter les missiles hors de prix que l’Otan fait pleuvoir sur ses troupes et ses infrastructures – officiellement pour protéger les civils, ce qui finit par devenir franchement douteux –, le Syrien Bachar al-Assad, lui, héraut d’une minorité prête à faire couler le sang de l’écrasante majorité pour ne pas disparaître, a depuis longtemps franchi le Rubicon.
Le martyre de Hama, ville historiquement frondeuse, à l’instar de Benghazi en Libye, n’est que le dernier épisode de la folie meurtrière d’un régime aux abois. Mais qui refuse obstinément de subir le sort d’un Ben Ali contraint de fuir en Arabie saoudite ou d’un Moubarak livré à la vindicte populaire comme un misérable voleur de poules du Moyen Âge. Et comme la communauté internationale en est toujours à ergoter sur le vocabulaire à employer pour « condamner » les tueurs de Damas... Décidément, les doux rêves qu’ont fait naître les débuts du « printemps arabe » ont du mal à passer l’été...

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