Extension Factory Builder

De Tunis à Hama

08/08/2011 à 10:52
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Il faut bien donner des gages à une opinion avide de vengeance et qui doute des gouvernements qui mènent la transition, ici en Tunisie, là en Égypte. Il faut bien, aussi, que justice soit faite. Les procès Ben Ali et Moubarak en disent cependant long sur l’incapacité, pour l’instant, des « révolutionnaires » à se poser les bonnes questions. Juger de manière expéditive Ben Ali et sa clique a-t-il permis aux Tunisiens de réfléchir, entre autres, aux raisons profondes qui les ont conduits à accepter, pour ne pas dire plus, vingt-trois années durant, ce régime aujourd’hui voué aux gémonies ? Exhiber derrière les barreaux d’une cage un Hosni Moubarak alité et en pyjama et ses fils fait-il avancer la cause des « héros » de la place Al-Tahrir ?

Dans ces deux cas, qui ne sont pas sans rappeler, toutes proportions gardées, la parodie de procès à laquelle a eu droit Saddam Hussein et la sinistre mise en scène de sa pendaison, on semble préférer le simple exorcisme et le populisme à la recherche de la vérité, seul socle pourtant sur lequel peut être construit un avenir aujourd’hui incertain. Espérons, prions même, pour que le procès annoncé de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ne s’inscrive pas dans cette série pathétique d’occasions manquées.

Conséquence immédiate, à quelques milliers de kilomètres du Caire, l’image de nos ex-dictateurs, jadis tout-puissants, buvant le calice de l’humiliation jusqu’à la lie ne fait que renforcer la détermination des autres satrapes arabes à s’accrocher à leur pouvoir vacillant. Si Kadhafi ne peut que compter les missiles hors de prix que l’Otan fait pleuvoir sur ses troupes et ses infrastructures – officiellement pour protéger les civils, ce qui finit par devenir franchement douteux –, le Syrien Bachar al-Assad, lui, héraut d’une minorité prête à faire couler le sang de l’écrasante majorité pour ne pas disparaître, a depuis longtemps franchi le Rubicon.

Le martyre de Hama, ville historiquement frondeuse, à l’instar de Benghazi en Libye, n’est que le dernier épisode de la folie meurtrière d’un régime aux abois. Mais qui refuse obstinément de subir le sort d’un Ben Ali contraint de fuir en Arabie saoudite ou d’un Moubarak livré à la vindicte populaire comme un misérable voleur de poules du Moyen Âge. Et comme la communauté internationale en est toujours à ergoter sur le vocabulaire à employer pour « condamner » les tueurs de Damas... Décidément, les doux rêves qu’ont fait naître les débuts du « printemps arabe » ont du mal à passer l’été...

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
La victime, le bourreau et les médias

Editorial précédent :
(Des)ordre mondial

Réagir à cet article

AUTRES

Une commission d'enquête rwandaise accuse la BBC de négationnisme

Une commission d'enquête rwandaise accuse la BBC de négationnisme

Dans un rapport rendu public le 28 février, la commission rwandaise chargée d'évaluer le documentaire controversé de la BBC "Rwanda's Untold Story" recommande notamment d'engager des[...]

CPI : les Palestiniens déposeront plainte contre les Israéliens le 1er avril

Les Palestiniens vont mettre leur menace à exécution. Ils déposeront le 1er avril  une première plainte contre les Israéliens devant la Cour pénale internationale (CPI), a indiqu&ea[...]

Hi-tech : l'envol des dragons chinois !

Xiaomi, Alibaba, Haier et bien d'autres petits dragons se sont lancés à la conquête du monde. En quelques années, ils sont devenus les égaux des géants de la téléphoni[...]

Libye : le général Khalifa Haftar nommé commandant général de l'armée

Le général Khalifa Haftar a été nommé à la tête de l'armée libyenne, a annoncé lundi le président du Parlement reconnu par la communauté internationale,[...]

Burkina Faso : "Timbuktu" au Fespaco, retour sur un couac parti de Belgique

Après avoir été un temps menacé de déprogrammation, le film "Timbuktu" d'Abderrahmane Sissako sera bien diffusé au Fespaco le 6 mars. Retour sur une polémique qui a fait t[...]

Livres : voyage au bout du Venezuela avec Miguel Bonnefoy

Le vénézuélien Miguel Bonnefoy publie un premier roman réjouissant, "Le Voyage d'Octavio". Chronique.[...]

Présidentielle nigériane : Attahiru Jega sera-t-il l'homme de la situation ?

Pour Attahiru Jega, le patron de la Commission électorale, veiller au bon déroulement de la présidentielle sera une gageure.[...]

Égypte : onze blessés, dont un grave, dans un attentat devant la Cour suprême

Onze personnes ont été blessées lundi, dans l'explosion d'une bombe au Caire, près de la Cour suprême égyptienne.[...]

Burundi : Hussein Radjabu, ex-chef du parti au pouvoir, s'est évadé de prison

La nouvelle risque de ne pas plaire au président burundais, Pierre Nkurunziza. L'ex-chef du parti au pouvoir, Hussein Radjabu, son ennemi juré, s'est évadé de prison dans la nuit de dimanche à [...]

États-Unis : un homme noir sans-abri, surnommé "Africa", abattu par la police de Los Angeles

Une vidéo montrant un groupe de policiers abattre un sans-abri noir dans un quartier défavorisé de Los Angeles, en Californie, a été publiée lundi sur les réseaux sociaux. Une &eacu[...]

Exclu : CFAO et L'Oréal se rapprochent à Abidjan

 CFAO va acquérir l'ivorien Sicobel, spécialisé dans les produits d'hygiène et de beauté, a appris "Jeune Afrique". Une opération qui devrait permettre au groupe de distribu[...]

Togo : cinq candidats à la conquête du fauteuil présidentiel

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a clôturé dimanche le dépôt de candidatures pour l’élection présidentielle. Quatre candidats, dont le leader[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces