Extension Factory Builder

Famine dans la Corne de l'Afrique : au nom de la solidarité

04/08/2011 à 19:20
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

« Nous sommes en train de mourir faute d’assistance humanitaire. Où est l’ONU ? Où est le monde musulman ? S’il vous plaît, venez nous aider. Nous souffrons beaucoup. » Vous avez vu l’image de cette femme somalienne appelant l’humanité au secours de son peuple en proie à la faim pour cause de sécheresse. Vous avez vu les corps décharnés, les yeux creusés de ces hommes, ces femmes, ces enfants somaliens errant tels des zombies. L’ONU a décrété l’état de famine dans cette République fantôme où 3,7 millions de personnes, c’est-à-dire plus du tiers de la population, sont en danger de mort. Toute la Corne de l’Afrique est menacée : 12 millions de personnes. Pour les sauver, l’ONU a lancé un SOS aux bailleurs de fonds. Classique.

J’ai beau tendre l’oreille, aucun chef d’État ne s’est exprimé sur cette tragédie annoncée. Rien, même pas un chuchotement. Comme d’habitude. Indifférence, fatalisme ? Si je comprends bien la signification de ce silence, j’imagine à quoi pensent nos dirigeants. Ils se disent : « Nous sommes pauvres, donc impuissants. » Ou encore : « Nous avons d’autres chats à fouetter. » Soit. Sauf que, à force de mettre en avant la pauvreté, on aboutit à la paralysie des neurones. Or, dans leurs discours, de quoi parlent les dirigeants ? De l’unité du continent. De solidarité africaine. Des mots, rien que des mots. Car, lorsque le malheur touche un des membres de la famille, ils adoptent l’attitude stérile du spectateur. À l’évidence, même dans les pays les plus fertiles, il n’existe aucune réserve alimentaire.

Que les chefs d’État africains renoncent pendant un an à la dotation présidentielle et aux fonds secrets

Pour exprimer notre solidarité – la vraie, pas celle des discours de circonstance – à l’égard de nos frères de la Corne, j’ai quelques pistes intéressantes. Première piste : que toutes les limousines achetées à l’occasion des sommets de l’Union africaine et des cinquantenaires soient vendues aux enchères pour trouver de l’argent. Deuxième piste : les chefs d’État doivent renoncer pendant un an à la dotation présidentielle et aux fonds secrets. Troisième piste : ils doivent mobiliser la population afin que chacun donne selon ses moyens. Les gens sont trop pauvres pour agir ? Peut-être. Mais pourquoi les pauvres roulent-ils en 4x4 ou en voiture de luxe ? Pourquoi boivent-ils les meilleurs champagnes, vins, spiritueux du monde ? Pourquoi entretiennent-ils ces deuxièmes, voire centièmes bureaux ? Frères africains, vous pour qui la vie est un long fleuve tranquille, vous dont le train de vie ne correspond pas à vos revenus officiels, ne pouvez-vous pas, un seul instant, y renoncer et sauver ceux dont les ventres n’ont plus d’oreilles ?

On me rétorquera qu’ailleurs il n’y a rien non plus à manger. Pas sûr : mes yeux ont vu des légumes et des fruits en quantité industrielle pourrir en Guinée ou au Bénin. J’ai vu des troupeaux de bovins en parfaite santé au Tchad ou au Rwanda, et j’en passe. Si chaque pays pouvait donner le peu qu’il a pour exprimer sa solidarité aux habitants de la Corne de l’Afrique, plutôt que de s’autoproclamer démuni, le pire serait évité. Vous me direz que je rêve éveillé. Non. Je suis un afro-optimiste impénitent. Sans rêve, pas d’avenir. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

POST-Sriptum Article suivant :
Tunisie, ce petit pays qui a tout d'un grand !

POST-Sriptum Article précédent :
Congo : Ordre militaire

Réagir à cet article

Continental

OGM : les pays africains les plus avancés

OGM : les pays africains les plus avancés

 Dans "Technologies agricoles génétiquement modifiées pour l'Afrique", un rapport commandité par la BAD, l'Institut international sur les politiques alimentaires préconise l'adopti[...]

La danse des popotins

La danse des popotins "Nous sommes les hommes de la danse dont les pieds reprennent vigueur en frappant le sol dur." Ce vers, vous vous en êtes rendu compte, n'est pas de moi, mais bien de Léopold[...]

Ebola business, commerce macabre autour d'une épidémie

Des boucles d'oreille aux peluches en forme de virus, les produits dérivés à l'effigie d'Ebola se multiplient sur la Toile. Alors que l'épidémie fait rage, avec un bilan de 10 000 cas en Afrique[...]

Marc Rennard, Orange : "Une nouvelle révolution est en marche en Afrique"

Conforté par un chiffre d'affaires en hausse sur le continent, l'opérateur français prévoit une croissance durable du marché des télécoms. Face à une concurrence[...]

L'OIF aux Africains !

Moins de six semaines nous séparent de l'élection du nouveau secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Les 57 chefs d'État ou de gouvernement[...]

La course pour la direction du bureau Afrique de l'OMS est lancée...

Qui, début novembre, succédera à l'Angolais Luís Gomes Sambo à la tête du bureau Afrique de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ?[...]

Sondage : faut-il reporter la CAN 2015, la déplacer ou l'annuler à cause d'Ebola ?

Se jouera-t-elle ou pas ? À quelle date ? Où ? Les rumeurs vont bon train au sujet de la Coupe d'Afrique des nations, prévue en janvier 2015 au Maroc mais menacée par l'épidémie d'Ebola.[...]

Bling-bling : mariage fastueux, mariage malheureux...

Alors que les cérémonies nuptiales africaines sont des démonstrations de force financière, une récente étude américaine indique qu’une bague de fiançailles trop[...]

Orrick s'installe officiellement à Abidjan

Exclusif - Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le président et le patron Afrique d'Orrick expliquent pourquoi ce géant mondial du droit avec 1100 avocats dans 25 pays a choisi la capitale[...]

[Diaporama] : Dix chefs ou rois traditionnels puissants du Sud du Sahara

Sur le continent, il ne reste qu'une seule monarchie absolue contrôlant un État internationalement reconnu. Mais les chefferies et les royautés traditionnelles n'ont pas disparu pour autant, surtout en Afrique[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers