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Chakib Benmoussa : "La nouvelle Constitution du Maroc consacre la démocratie participative et sociale"

02/08/2011 à 17:50
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Le président du nouveau Conseil économique et social, Chakib Benmoussa. Le président du nouveau Conseil économique et social, Chakib Benmoussa. © Abdelhak Senna/AFP

Le président du nouveau Conseil économique et social du Maroc ne veut pas que la nouvelle institution ne soit qu’une assemblée de plus. Comment Chakib Benmoussa compte-t-il garantir l’indépendance et la qualité de ses travaux ? Réponses.

Jeune Afrique : Mohammed VI vous a nommé président du Conseil économique et social (CES) le 21 février. Si votre nom circulait depuis des mois, le choix de la date a surpris. Pourquoi le lendemain de manifestations inédites au Maroc ?

Chakib Benmoussa : Je commencerai par situer le contexte de la mise en place du CES. Le roi avait précisé, en octobre 2009, devant le Parlement, les contours de ce Conseil. Il y a eu ensuite l’élaboration et l’adoption de la loi organique instituant le CES et de son décret d’application, qui ont été publiés au Bulletin officiel, respectivement en mars et en juillet 2010. Il fallait laisser le temps aux organisations représentées de choisir puis de soumettre leurs candidats au Premier ministre et aux présidents des deux Chambres. On peut considérer que, techniquement, le dossier était prêt début 2011.

Mais pourquoi le 21 février exactement ?

En réalité, le processus a démarré largement avant. Le choix de la date exacte d’installation du Conseil a probablement pris en compte la dynamique sociale et les attentes qui se sont exprimées au cours du mois de février et dont une grande partie sont de nature économique et sociale.

Quel est son rôle ?

Le législateur a voulu que le CES soit représentatif de la pluralité des forces vives du pays. Le président y joue un rôle d’animation, de coordination. Il veille à sa mise en mouvement, sans être partisan. Le Conseil devrait créer sa propre légitimité, justifier sa valeur ajoutée. En clair, ne pas être une assemblée supplémentaire et redondante. Il est essentiel de garantir l’indépendance et la qualité des avis que nous rendrons à l’avenir.

Installé le 21 février, le CES est composé de 100 membres.

La nouvelle Constitution apporte-t-elle déjà des changements en ce sens ?

La Constitution adoptée le 1er juillet étend les missions du Conseil, puisqu’il sera sollicité sur les questions touchant au développement durable en devenant un Conseil économique, social et environnemental (CESE). En outre, en consacrant la démocratie participative et sociale, le nouveau texte souligne le rôle des syndicats, des organisations professionnelles et de la société civile, qui constituent les principales composantes du CES.

La démocratie participative portée, entre autres, par le CES ne risque-t-elle pas d’affaiblir la démocratie représentative, celle d’un Parlement et d’un gouvernement issus des urnes ?

Nous sommes convaincus que l’exécutif et le législatif ont besoin d’instances qui peuvent constituer un relais crédible avec les acteurs de la société, donner des avis indépendants qui tiennent compte d’une large écoute. Les propositions du CES, issues d’un dialogue structuré avec la société, pourront créer l’adhésion nécessaire au succès des politiques publiques.

Nous ne serons pas un bureau d’études. Nous nous appuierons sur les études et publications existantes, mais nous les mettrons en débat. La composition du Conseil valorise à la fois l’expérience de terrain, la pluralité des sensibilités et l’expertise. Pour que nos avis soient pris en compte et ne soient pas simplement rangés dans les tiroirs, ils devront être pertinents.

Que pensent les politiques de cette nouvelle institution ?

J’ai longuement rencontré le Premier ministre et les présidents des deux Chambres. Ils m’ont exprimé leur totale disponibilité pour travailler avec le CES. Compte tenu des délais nécessaires à la mise en place de nos instances, ils n’ont pas encore saisi le Conseil sur les questions de sa compétence. Et tout le monde comprend que nous n’avons pas vocation à interférer dans la compétition politique, qui reste du ressort du Parlement.

Qu’avez-vous réalisé en cinq mois d’activité ?

Nous avons avancé sur deux sujets prioritaires : la charte sociale et l’emploi des jeunes. Les groupes de travail ont préparé, à la suite de nombreux auditions et débats, deux premiers rapports d’étape. Ces thématiques nous ont permis de mettre à l’épreuve nos méthodes de travail. Aujourd’hui, nous abordons quatre nouveaux sujets : la gouvernance des services publics et les relations entre administration et citoyens, l’inclusion des jeunes par la culture, l’économie verte, la cohérence des stratégies sectorielles. Vous voyez, le travail a bien commencé.

Nous avons avancé sur deux sujets prioritaires : la charte sociale et l'emploi des jeunes.

Que privilégiez-vous : l’action ou la recommandation ?

Le CES usera de tous les leviers d’influence à sa disposition, précisément parce qu’il n’est pas directement dans l’action gouvernementale. Il s’agit à la fois d’écouter la société et ses attentes, de prendre en compte son expertise, de suggérer une action, tout en attirant l’attention de tous quand un décalage existe entre les attentes et l’action. Nous voulons être la caisse de résonance des signaux faibles de la société. Nous ne sommes pas un contre-pouvoir, mais plutôt le lieu où s’expriment des sensibilités différentes, ainsi qu’un espace de construction de convergence entre acteurs ayant des positions différentes sur certaines réformes structurelles.

Comment voyez-vous l’avenir du Maroc après la réforme constitutionnelle ?

Je vois dans cette réforme une avancée majeure dans les droits et libertés garantis, dans le renforcement de la place et du rôle des institutions. Nous avons là l’armature d’un édifice prometteur. Il s’agit maintenant de consolider celui-ci et de le faire vivre. Tous les acteurs devront se mobiliser pour cela. Je suis très optimiste, mais je suis conscient qu’il faudra beaucoup d’efforts, de travail et de ténacité. Les défis sont grands et il est fondamental de renforcer la confiance entre l’État et la société.

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Propos recueillis par Youssef Aït Akdim

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