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Michel Platini : "la binationalité, c'est un bon débat"

25/07/2011 à 10:15
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Les équipes africaines ont perdu de leur enthousiasme selon Miche Platini. Les équipes africaines ont perdu de leur enthousiasme selon Miche Platini. © AFP

Fair-play financier, paris clandestins, corruption, racisme… Au siège de l’UEFA, à Nyon (Suisse), où il nous a reçu au mois de juin, le patron du football européen s’est montré fidèle à sa réputation : langue de bois, connaît pas !

Jeune Afrique : Le fair-play financier, l’un de vos grands projets, va être imposé aux clubs européens…

Michel Platini : Oui, à partir de la saison 2013-2014. Ce projet a été accepté politiquement, il y a deux ans, puis adopté par le comité exécutif de l’UEFA [Union des associations européennes de football, NDLR], le congrès, le conseil d’administration, les clubs… Il a enfin été entériné, à l’unanimité, par le Parlement européen.

Comment ont réagi les clubs ?

La décision a été prise en concertation avec toutes les familles du football. La dérive dure depuis cinquante ans, on allait vers la catastrophe. Il fallait réagir, j’ai pris mes responsabilités.

Certains ont un endettement énorme…

Attention, il ne faut pas confondre dettes et pertes. Si un club rembourse ses emprunts à la banque, il n’y a pas de souci. Nous voulons aider les clubs, pas les tuer ! Notre projet est donc de bloquer les pertes, en les limitant dans le temps. Ainsi, les grands clubs seront limités à 45 millions d’euros sur trois ans. Ils ont d’ailleurs très bien réagi. Surtout leurs propriétaires, qui en ont plein le cul de payer !

Ils subissent la dictature des joueurs ?

Non, celle des supporteurs.

Les deux prochaines années serviront en somme de laboratoire ?

Le déficit cumulé est de 1,2 milliard d’euros pour une année. Nous allons prévenir les clubs que nous ne reculerons pas. Le panel des sanctions sera établi par des experts financiers. Cela pourrait aller de l’interdiction de recruter à la non-participation des joueurs. Bien entendu, ce fair-play n’est applicable qu’aux clubs qui participent aux compétitions de l’UEFA.

Vous n’êtes pas très favorable à l’arrivée d’investisseurs tchétchènes ou qataris dans les clubs européens ?

Il y a cinq ans, j’avais dit que je n’étais pas fan quand des Américains investissaient en Angleterre. Je ne vais pas dire autre chose quand des Qataris arrivent au Paris Saint-Germain. Qu’est-ce que cela va apporter au club d’avoir un entraîneur italien, un directeur sportif brésilien et des joueurs allemands ? Où est le lien avec Paris ? Je ne suis pas contre, parce que je ne peux pas l’empêcher : c’est la mondialisation. Mais je ne suis pas certain que les supporteurs parisiens s’y retrouvent. Et quand les Qataris partiront, que se passera-t-il ?

Le développement des paris clandestins vous inquiète-t-il ?

Oui, bien sûr, mais les gouvernements ont pris, à notre demande, de bonnes positions. Ce qui me fait mal, c’est que le phénomène touche directement le jeu. Le racisme, la xénophobie, la violence, c’est dégueulasse, on lutte contre, mais ça se passe dans les tribunes. Là, ce sont les joueurs, le jeu, qui sont concernés. On vend le match !

Comment lutter contre cela ?

Avec les États, les gouvernements, la police, la justice. Car les gens qui sont derrière les paris clandestins ne viennent pas du foot.

C’est la mafia, en somme ?

Voilà. Et là, ça devient trop dangereux. Avant, nous avions des personnes chargées de résoudre ce problème. Aujourd’hui, on travaille directement avec les gouvernements. On a des systèmes d’alerte, qui nous coûtent très cher – 9 millions d’euros par an – et qui nous informent quand il y a des flux importants de paris sur certains matchs.

Début juin, lors de la réélection de Joseph Blatter, vous estimiez que c’était « la fin d’un système »…

La Fifa [Fédération internationale de football association] est gérée depuis quarante ans par des politiques : il y a eu João Havelange, puis Blatter. J’espère que d’anciens sportifs prendront bientôt la place.

Vous, par exemple ?

On verra dans trois ans. Je viens d’être réélu à la présidence de l’UEFA, et Blatter à celle de la Fifa.

La Fifa est secouée par des affaires de corruption présumée. Son image et sa crédibilité en souffrent-elles ?

Elles en ont pris un gros coup ! Quand l’institution qui dirige le football mondial est critiquée, ce n’est pas très bon. Il n’y a rien contre Blatter, et d’ailleurs il s’est engagé à régler les problèmes. On va observer tout ça avec attention. Tout n’est pas pourri à la Fifa, mais si certains ont fait des conneries, ils devront partir.

Le Qatari Mohamed Ibn Hammam, président de la Confédération asiatique, s’était porté candidat à la présidence, avant de se retirer…

Il s’est présenté davantage en tant qu’anti-Blatter qu’en tant qu’anti-Fifa. Il l’a fait pour emmerder Blatter. Comme beaucoup d’autres, il n’accepte plus la façon dont la Fifa est gérée.

La Coupe du monde 2022 au Qatar, c’est une bonne idée ?

Oui, j’ai voté pour.

Même en plein été ?

Non, au Qatar, au mois de juillet, il fait 50 °C. Pour les joueurs comme pour les supporteurs, c’est trop dur. Et les stades climatisés coûtent une fortune. J’étais favorable à ce que la Coupe du monde se tienne au Qatar, mais en hiver, par exemple, quand il fait 25-30 °C. Et puis il serait bien que cette Coupe du monde soit celle des pays du Golfe, que des matchs aient lieu dans d’autres pays…

Fin avril, il a été question en France des quotas et de la binationalité…

[Il coupe.] C’est un bon débat, la binationalité. La Direction technique nationale (DTN) est là pour former des joueurs pour l’équipe de France, pas pour la Pologne, la Croatie ou l’Algérie. Il est normal qu’elle se pose la question. Pour moi, il faudrait qu’à 18 ans les joueurs décident. Tu ne peux pas faire la Coupe du monde des moins de 17 ans avec un pays, puis les Jeux olympiques avec un autre. La Fifa a changé ses règlements en 2003, à la demande de Mohamed Raouraoua, le président de la Fédération algérienne de football, qui avait tout compris. Mais la Fifa a soumis cette réforme à un vote, ce qu’il ne fallait pas faire, car, du coup, le vote a été politique. Imaginez qu’en Algérie il y ait un super joueur de 17 ans et que les Français aillent le chercher ! Les Algériens feraient un peu la gueule, non ?

Qu’avez-vous pensé des soupçons de racisme qui ont pesé sur certains membres de la DTN ?

[Soupir.] Les gens dont on parle sont là depuis trente ans. S’ils étaient racistes, ça se saurait. Mais il y a eu un emballement médiatique. On est parti d’un débat intéressant et on a fini par se poser la question de savoir si Laurent Blanc devait rester sélectionneur de l’équipe de France…

Est-ce compliqué de lutter contre le racisme dans le football ?

On constate une montée du nationalisme en Europe. Mais le racisme, c’est comme le dopage, ça reste marginal. Il y a des sanctions possibles, mais tout dépend des rapports des arbitres et des dirigeants. Si un mec dit qu’il a été insulté par des supporteurs à l’autre bout du terrain, il n’est pas certain que l’arbitre l’entende. Et nous, nous n’avons pas de preuve…

Mais l’arbitre peut arrêter le match !

Oui, mais quand, dans un stade de 80 000 personnes, il y a un seul mec qui lance une banane sur le terrain, il n’est pas facile d’arrêter le match. Les 79 999 autres ne seront pas forcément très contents.

Vous avez réussi à imposer l’arbitrage à cinq, après avoir presque évacué le débat sur la vidéo…

L’arbitrage à cinq, c’est formidable : on a deux paires d’yeux supplémentaires pour couvrir le terrain. Si les arbitres ne voient pas ce qui se passe, c’est qu’ils sont incompétents. La vidéo, je n’y ai jamais cru. On passerait son temps à revenir en arrière pour savoir si, avant un but, il n’y a pas eu une faute. La vidéo, c’est un problème de riches. Comment mettre le nombre de caméras requis pour un match Bénin-Burundi ?

On a l’impression que les équipes nationales africaines stagnent…

Elles ont un peu perdu l’enthousiasme qui faisait leur force. Elles jouent désormais comme les européennes : de manière trop stéréotypée. Il y a beaucoup de sélectionneurs européens en Afrique. Et presque tous les joueurs évoluent en Europe. Je me souviens du Cameroun et du Nigeria des années 1980-1990. Ces équipes étaient joueuses, offensives. Aujourd’hui, tout le monde joue de la même façon. Pourquoi les Africains ont-ils toujours besoin d’imiter les Européens ?

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