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Jalloul Ayed : "les ingrédients de la réussite sont là"

12/07/2011 à 11:55
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Le 27 janvier, Jalloul Ayed a la surprise d’apprendre sa nomination au ministère des Finances. Le 27 janvier, Jalloul Ayed a la surprise d’apprendre sa nomination au ministère des Finances. © ONS ABID pour J.A.

Le banquier a quitté les rangs du privé et regagné Tunis fin janvier pour entrer dans le gouvernement de transition. Sa délicate mission : relancer l’économie du pays et les investissements sans menacer l’équilibre budgétaire.

À 60 ans, Jalloul Ayed connaît tous les arcanes de la finance internationale. Il a négocié la licence de Citibank en Tunisie dans les années 1980, dirigé sa filiale corporate pour les Émirats arabes unis et Oman puis Citibank Maghreb, créé la branche affaires de la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE) en 1998 et organisé en 2007 l’acquisition par la BMCE de Bank of Africa. Son expertise étendue – des assurances à la banque d’affaires – et son indépendance politique en ont fait l’homme de la situation dans le gouvernement de techniciens voulu par Mohamed Ghannouchi, après l’échec de son premier cabinet de transition. Le 27 janvier, Jalloul Ayed est ainsi devenu ministre des Finances de la Tunisie. Il a été maintenu dans ses fonctions au sein du gouvernement provisoire de Béji Caïd Essebsi. S’est-il pris au jeu ? Entretien.

Jeune Afrique : Vous avez longtemps travaillé à l’étranger ; quels liens gardiez-vous avec la Tunisie ? Comment avez-vous vécu la révolution ?

Jalloul Ayed : J’ai gardé les rapports d’un Tunisien qui aime son pays et y rentre tous les ans pour voir sa famille. Je suivais de loin ce qui s’y passait, mais sans y être totalement investi. Les événements de janvier ont éveillé en moi un mélange de sentiments parfois contradictoires : beaucoup d’enthousiasme, mais aussi de l’anxiété.

En off

Le soir du 27 janvier 2011, Jalloul Ayed a la surprise d’apprendre sa nomination au ministère des Finances quelques instants à peine avant le reste de la Tunisie. À 19 h 30, il se trouve dans son bureau londonien quand il reçoit l’appel du Premier ministre Mohamed Ghannouchi : « Félicitations, vous êtes ministre des Finances et vous commencez demain matin ! » « J’étais très loin de m’y attendre, se souvient Jalloul Ayed. Mais c’était l’appel de la patrie, et je n’ai pas hésité une fraction de seconde ! »

grande compétence de nos cadres est une vraie force pour la maîtrise des finances publiques. Bien sûr, les conséquences économiques de la révolution nous ont conduits à réviser le budget et nous avons présenté une loi de finances rectificative début juin. Mais je reste serein : la situation se stabilise et redevient presque normale. Surtout, les ingrédients de la réussite sont là : une population jeune et éduquée, une position géographique privilégiée, un climat des affaires positif… Et la phase politique dans laquelle nous nous engageons va beaucoup améliorer la gouvernance. Les Tunisiens auront bientôt tous les moyens de faire sortir le meilleur d’eux-mêmes.

J’étais emballé à l’idée que le peuple tunisien, et en particulier les jeunes, ait eu le courage de mener cette révolution, tout en appréhendant les difficultés de la transition. J’étais loin de pleinement réaliser les raisons fondamentales de cette révolution quand je vivais à l’étranger, mais je les ai beaucoup mieux saisies depuis que j’ai pris mes fonctions.

Dans quel état avez-vous trouvé les finances ?

Elles étaient dans un état très correct, pour deux raisons essentielles. L’orthodoxie dans la gestion des affaires publiques est une caractéristique du ministère des Finances et la

Les effets de la révolution s’estompent-ils ?

Inévitablement, l’économie tunisienne va encore souffrir : la production a été touchée et nous attendons une diminution de plus de 50 % des recettes touristiques sur l’année. La situation en Libye a aussi un impact très négatif.

Comment aider les sociétés mises en difficulté ?

Évidemment, il faut que notre économie redémarre dans les meilleures conditions : nous avons donc élaboré une batterie de mesures fiscales et des schémas d’indemnisation pour les PME qui ont été touchées. Je vous renvoie également aux dix-sept mesures qui ont été prises par le gouvernement début avril et qui constituent la phase à court terme du plan de relance économique que nous mettons en place. Elles prévoient, par exemple, l’emploi de 20 000 personnes dans la fonction publique, la restructuration du dispositif de financement des PME, des incitations aux investissements dans les zones de développement régional, la facilitation de l’accès aux microcrédits, etc.

Quels sont vos chantiers prioritaires ?

L’effort va porter sur nos deux grands problèmes structurels : le chômage et le développement régional. Il y a 750 000 chômeurs en Tunisie, dont 160 000 diplômés, et la priorité des priorités est de créer des emplois pour la jeunesse. La révolution a été menée par des jeunes, et ceux-ci comptent beaucoup sur les autorités pour leur donner une chance de trouver un travail et de construire leur avenir. Autre urgence : le développement des zones qui n’ont pas bénéficié des mêmes programmes que les autres régions, notamment côtières. Le projet que nous avons élaboré vise à mettre l’accent sur les investissements créateurs d’emplois dans ces régions, tous secteurs confondus. Pour cela, nous avons mis en place un programme économique et social axé sur la relance de l’investissement pour résorber le chômage. Il a été présenté au sommet du G8 de Deauville, fin mai, et nous l’affinons pour la réunion des 9 et 10 septembre prochain à Marseille [G7 Finances, NDLR]. Nous espérons y sécuriser l’appui financier du G8 et de nos partenaires.

Et quel appui financier comptez-vous obtenir ?

Nous avons besoin d’une enveloppe d’investissement globale estimée à 125 milliards de dollars [87 milliards d’euros, NDLR] pour les cinq ans à venir. L’épargne nationale sera la principale source (100 milliards de dollars), et nous espérons un apport extérieur de 25 milliards.

Comment allez-vous utiliser ces sommes ?

Le Plan jasmin va créer deux structures d’investissement. D’abord une Caisse des dépôts et consignations, chargée de lancer les grands projets d’infrastructures qui dépassent les capacités de financement du secteur privé. Et en parallèle, le Fonds générationnel – fonds d’investissements stratégiques pour les générations futures – associera l’État et les investisseurs privés pour financer des projets. Il doit favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs.

Où en sont les opérations de récupération des biens mal acquis par l’ex-clan au pouvoir ?

En Tunisie, ces biens sont identifiés [ils sont évalués à 2,5 milliards d’euros, NDLR] et nous allons procéder en trois phases. La première, de confiscation, est en train d’être bouclée. La deuxième vise à gérer ces biens pour en assurer la préservation : une commission présidée par moi-même va entrer en fonction. La phase ultime, qui prévoit la récupération des produits de ventes et de cessions, viendra plus tard. Pour les biens à l’étranger, une commission présidée par le gouverneur de la Banque centrale a commencé ses travaux et le processus de récupération devrait bientôt commencer.

Vous exercez une fonction d’intérim, souhaiteriez-vous vous lancer en politique par la suite ?

Je n’ai pas été nommé avec le soutien d’un parti politique ou de quelque entité que ce soit, mais parce que le Premier ministre a voulu faire appel à des technocrates, des gens spécialisés dans certains domaines. Je suis venu apporter ma pleine contribution aux initiatives critiques que doit prendre le pays pour, en un temps record, assurer l’avenir de la Tunisie et la réussite du prochain gouvernement. Maintenant, tout comme j’ai répondu à l’appel de ma patrie, si celle-ci souhaite que je continue à mener ma mission, j’y songerai le moment venu. Mais pour l’heure, je me concentre sur les tâches qui m’incombent au jour le jour et je n’ai, aujourd’hui, qu’un seul parti : la Tunisie. 

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Propos recueillis à Tunis par Laurent de Saint Périer

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