Extension Factory Builder

Pour une initiative en faveur des revenus moyens

28/06/2011 à 11:18
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Économiste, consultant international, auteur de nombreux ouvrages sur les défis économiques de la Tunisie

Lors de sa récente réunion à Deauville, en France, le G8 a arrêté le principe d’une aide importante à la Tunisie et à l’Égypte, deux pays arabes qui, au début de 2011, ont ouvert la voie à ce qu’il est convenu d’appeler le « printemps arabe ». Cette aide n’est pas encore claire si l’on s’en tient au communiqué final, mais il semble qu’elle prendra le chemin des organisations financières internationales avec des compléments bilatéraux, tels que celui de l’Agence française de développement (AFD). Il semble aussi que cette aide fera l’objet de négociations entre les deux pays et leurs partenaires, et pourrait prendre la forme de soutien budgétaire et de financements de projets.

Il fallait s’y attendre. Étant donné le problème critique de la dette souveraine, combiné à la détérioration de la situation en Grèce, à la dégradation des notes des pays périphériques européens et à l’état des finances publiques américaines, les pays occidentaux ne pouvaient pas aller au-delà. La déclaration est encourageante, dans la mesure où elle indique la prise de conscience par ces pays de la portée historique de la révolution amorcée en Tunisie le 14 janvier 2011. Tout le monde a aujourd’hui compris qu’une page est définitivement tournée dans le monde arabe, où la jeunesse et le peuple exigent désormais – et finiront par obtenir – le respect des droits de l’homme, la liberté et la démocratie.

Mais si les intentions des membres du G8 sont louables, il est important pour la Tunisie et l’Égypte d’analyser et de mesurer le contenu possible des futures négociations et son impact potentiel sur leurs économies, en particulier sur le fardeau de leur dette extérieure. S’il s’agit de prêts, même à moyen et long termes, les taux appliqués aux pays à revenu intermédiaire sont relativement élevés. Ce qui ajouterait au poids du service de la dette, lequel est déjà aggravé par le ralentissement des exportations, la baisse des revenus du tourisme et des transferts des émigrés ainsi que par la chute des investissements directs étrangers. Ce fardeau supplémentaire est-il soutenable pour les pays intéressés ? Des projections et des simulations sont prévues, mais il est peu probable qu’il s’agisse d’un pari gagnant pour les deux pays. En nous aidant, le G8 nous enfoncerait dans le trou de la dette, même si ce n’est vraisemblablement pas l’intention réelle de ces pays, attachés aux valeurs universelles sur lesquelles la civilisation humaine s’est construite.

Il est donc nécessaire d’envisager une autre solution : celle de l’annulation de la dette des pays démocratiques à revenu moyen, à l’instar de ce qui a été fait avec succès pour les pays pauvres dans le cadre de l’Initiative des pays pauvres très endettés (IPPTE). Celle-ci a permis aux États ayant atteint le point d’achèvement de voir leur dette annulée, ce qui dégage des ressources considérables.

Pour un pays comme la Tunisie, une telle initiative permettrait d’allouer des moyens importants aux infrastructures de base dans les régions déshéritées, qui couvrent les trois quarts de son territoire. Elle permettrait aussi de consacrer des fonds substantiels à la réduction de la pauvreté, qui est beaucoup plus étendue que les statistiques truquées de ­l’ancien régime ne le laissaient supposer. Elle permettrait de donner du travail, donc de la dignité, aux 700 000 demandeurs d’emploi récemment estimés par le ministère des Affaires sociales.

La Banque mondiale, en accord avec le Fonds monétaire international (FMI) et les banques de développement, pourrait lancer avec succès une telle initiative, qui viendrait en sus des flux d’aide prévus par le G8. Comparée à ce que l’Amérique a dépensé en Irak depuis 2003 pour permettre à ce pays de voter librement, une telle initiative est financièrement et politiquement une goutte d’eau, d’autant qu’elle appuierait un mouvement dont l’impact géopolitique et économique est égal, voire supérieur à celui de la chute du mur de Berlin. Un mouvement qui s’étendra inexorablement jusqu’aux confins de la Chine. 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Réagir à cet article

Tunisie

Les jihadistes tunisiens de Libye sur le pied de guerre

Les jihadistes tunisiens de Libye sur le pied de guerre

Sous les ordres d'Abou Iyadh, plusieurs milliers de Tunisiens s'entraînent en Libye. Avec pour but de mener prochainement des actions dans leur pays natal.[...]

Tunisie : le gouvernement Essid confronté à la fronde des enseignants

Pas de chance pour le gouvernement Essid. Entre inondations dans le Nord-Ouest et revendications sociales dans le Sud, il débute son mandat dans un climat social perturbé. Mais les plus grosses turbulences[...]

Tunisie : génération électro, reportage au coeur d'une révolution musicale

En Tunisie, quelques milliers de jeunes se sont rassemblés le week-end des 21 et 22 février pour le festival des Dunes électroniques, à Nefta, dans le désert, à une heure de route de[...]

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Tunisie : Moez Sinaoui, le porte-parole

Moez Sinaoui est directeur de communication et porte-parole de Béji Caïd Essebsi. C'est l'un des hommes forts du président. Portraits de ceux qui entourent et conseillent le nouveau locataire du palais de[...]

Tunisie : Rafaa Ben Achour, le légiste

Rafaa Ben Achour est conseiller de Béji Caïd Essebsi. C'est l'un des hommes forts du président. Portraits de ceux qui entourent et conseillent le nouveau locataire du palais de Carthage.[...]

Tunisie : Mohsen Marzouk, le stratège

Mohsen Marzouk est ministre conseiller en charge des affaires politiques de Béji Caïd Essebsi. C'est l'un des hommes forts du président. Portraits de ceux qui entourent et conseillent le nouveau locataire du[...]

Tunisie : Ridha Belhaj, le dircab

Ridha Belhaj est ministre directeur du cabinet de Béji Caïd Essebsi. C'est l'un des hommes forts du président. Portraits de ceux qui entourent et conseillent le nouveau locataire du palais de Carthage.[...]

Tunisie : les hommes du président Béji Caïd Essebsi

Conseillers, collaborateurs ou proches, ils bénéficient d'un accès direct au palais de Carthage. Et joueront un rôle clé dans le dispositif du nouveau chef de l'État.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces