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Layla Metssitane : par amour du jeu

27/06/2011 à 11:32
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Layla Metssitane aurait pu réussir dans le marketing, mais a préféré monter sur scène. Layla Metssitane aurait pu réussir dans le marketing, mais a préféré monter sur scène. © Camille Millerand

D’origine marocaine, Layla Metssitane, ancienne sans-papiers, vient d’adapter au théâtre à Paris le best-seller de l’écrivaine belge Amélie Nothomb, "Stupeur et Tremblements".

Lever de rideau. Dans un halo de lumière apparaît une femme en niqab, agenouillée devant une table basse. Avec lenteur, elle commence à se dévêtir, dévoilant son visage au teint mat et ses longs cheveux noirs. Puis, cérémonieusement, elle entreprend de se maquiller et se transforme en délicate geisha au teint blanc et aux lèvres rouge sang.

La comédienne et metteuse en scène Layla Metssitane entraîne le public vers cet archipel nippon qui l’a tant fascinée sous la plume de la romancière belge Amélie Nothomb. C’est son best-seller Stupeur et Tremblements que Metssitane a adapté et joué au théâtre du Petit Hébertot (Paris) jusqu’au 22 mai dernier.

« Je voulais partir de ma propre culture, explique-t-elle en évoquant le niqab porté sur scène. Je ne me sentais absolument pas d’interpréter une Japonaise d’entrée de jeu. » Cette Franco-Marocaine de 33 ans a commencé à travailler le texte en 2001, alors qu’elle suivait l’enseignement du cours Florent tout en préparant l’École nationale de la magistrature et l’École nationale d’administration. Elle avait décidé de présenter un extrait du roman à ses professeurs. Il a fallu attendre neuf années de plus pour qu’elle adapte la pièce dans le cadre du Festival d’Avignon off.

Traitant des interdits pesant sur les femmes japonaises, le roman raconte une déchéance sociale au sein d’une entreprise nippone. L’héroïne dégringole les échelons jusqu’à finir reléguée au poste de dame pipi. L’histoire rappelle à Layla Metssitane son propre parcours… en sens inverse. Fille de Marocains, elle a vu le jour en Bourgogne, en 1978, avec sa jumelle Nadia. Ses parents venaient de se séparer. Durant l’été 1985, elle est partie en vacances au Maroc avec sa mère et sa sœur, loin de se douter qu’elle n’en reviendrait qu’un an plus tard. Elle raconte qu’en arrivant, après une intervention de son père, sa mère a été arrêtée pour complot contre le roi Hassan II. Son passeport confisqué, elle a été emprisonnée, puis s’est cachée dans un bidonville de Casablanca avec ses filles. Pour finir par rejoindre la France via l’Espagne.

Je ne saurais pas qui je suis si je n’avais pas fait ce parcours-là.

« Je ne saurais pas qui je suis si je n’avais pas fait ce parcours-là », souligne Layla Metssitane. Le retour en France n’est pas facile. Leur mère a tout perdu et les jumelles n’ont pas encore la nationalité française. Adolescente, la jeune femme enchaînera les petits boulots – serveuse, laveuse de voitures, vendeuse de muguet, femme de ménage. « Ce qui m’a fait rire dans le roman d’Amélie Nothomb, c’est qu’elle était choquée de faire des ménages parce qu’elle était fille de diplomate ! » Cette période difficile lui a appris à elle, fille de Berbère, « l’endurance » et « la connaissance de [ses] limites ».

Devenue française en 1992, Layla Metssitane est admise en deuxième année à l’École du Théâtre national de Chaillot. En parallèle, elle suit des études de droit et de gestion à l’université de Paris-Sud XI. Après un passage à la banque Indosuez, puis chez Lego comme chef de projet marketing, elle décide, il y a trois ans, de se consacrer entièrement à sa passion des planches.

Elle travaille alors sous la direction de la metteuse en scène et écrivaine française Anne Delbée dans Phèdre, de Racine, et Le songe d’une nuit d’été, de Shakespeare. « Quand elle est sur scène, c’est l’artiste avec un grand A », commente son ami, le comédien Xavier Carrar, avec qui elle partage souvent la scène. Ensemble, ils ont fondé la compagnie Théâtre des Hommes en 2006. Leur premier projet est sans doute celui qui a le plus marqué Layla. Sans doute parce qu’elle l’a porté seule, mais aussi parce qu’il est le fruit d’une rencontre décisive, celle d’Aimé Césaire, lors du 94e anniversaire du poète. C’est grâce à son soutien qu’elle a pu réaliser sa première mise en scène, Palabre en négritude, jouée à la Scène nationale de Fort-de-France, puis à la maison de l’Unesco. « C’est une personne qui m’a réconciliée avec mes identités », explique Layla Metssitane.

Quand elle est sur scène, c’est l’artiste avec un grand A.

Avec Xavier Carrar, ils montent et interprètent ensuite la pièce Vivre ! autour des poèmes de la Bangladaise Taslima Nasreen, adaptent Haute Surveillance, du Français Jean Genet. « Layla porte les projets avec une vraie ténacité », confie le comédien. Layla a réalisé son rêve de théâtre. Elle est aussi retournée au Maroc, en 2004, lors d’un hommage rendu à l’auteur Mohamed Choukri.

Aujourd’hui, sa vie est ancrée dans l’Hexagone, avec un compagnon français. Mais la comédienne revendique ses deux héritages et ressent « une grande fierté » face aux révoltes arabes. Après avoir adapté Où on va, papa ? de l’écrivain français Jean-Louis Fournier au Festival d’Avignon, elle entamera, en janvier 2012, une tournée en Afrique et en Amérique latine avec l’Alliance française. Mais avant, elle caresse l’idée d’un tournage à Dakar (Sénégal) avec un réalisateur dont elle tait le nom. Inch’Allah. 

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