Extension Factory Builder
06/06/2011 à 10:45
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article

Rabat, début juin. Premier soleil d’été avant l’heure. Les chauffeurs de taxi pestent contre l’absence de touristes, les bourgeois s’inquiètent du dernier scandale sexuel venu de France et qui ne va pas contribuer à redorer l’image de Marrakech, le roi revient juste de l’Oriental où il a fait ce qu’il saitle mieux faire – inaugurer des projets de développement, avec la minutie d’un arpenteur –, et la classe politique retient son souffle.

Dans cinq mois, si tout va bien, le royaume se sera doté d’une nouvelle Constitution largement remaniée, d’une monarchie parlementaire et d’une Chambre des députés new-look repeinte aux couleurs de la réforme. La matrice des révoltes arabes aura donc accouché ici d’une évolution copernicienne, ou d’une révolution veloutée, comme on voudra. Une omelette sans oeufs cassés. Fin du conte de fées. Car rien n’est aussi simple, bien sûr. Même si les journalistes étrangers venus en nombre assister au Maroc à la réplique des séismes tunisien, égyptien ou syrien ont dû rentrer chez eux bredouilles et déçus, ce qui s’annonce n’a rien d’un chemin jonché de pétales.

En cause, la disjonction entre les trois forces d’inégale importance qui structurent, en cette année 2011, le champ politique marocain. Le roi, les partis et le mouvement du 20 février : chacun évolue dans son propre couloir aérien. Mohammed VI, tout d’abord. Son discours du 9 mars a surpris par son audace et pris de court ses détracteurs. Il porte un projet novateur, original et fécond de Constitution qui sera sans aucun doute adopté par référendum, mais il est le seul ou presque à le faire. Les partis politiques ensuite. Eux n’ont guère évolué. L’onde des révolutions arabes et les réformes annoncées par le roi font apparaître leur discours comme pauvre et obsolète. Or ce sont eux qui en octobre prochain auront la lourde tâche de faire voter les électeurs, avec à leur tête des leaders blanchis sous le harnais du Makhzen, que leurs nouvelles responsabilités semblent effrayer. On peut d’ores et déjà douter de leur efficience à mobiliser le camp, majoritaire, des abstentionnistes. Les protestataires du 20 février, enfin. Quoi qu’en dise le pouvoir, l’impulsion royale du 9 mars leur doit beaucoup, sans doute l’essentiel.

Mouvement acéphale

Mais ce mouvement issu de la société civile, en même temps qu’il se radicalise, se marginalise et s’isole. Ce qui a fait sa force fait aussi sa faiblesse : il est acéphale, sans idéologie distincte ni leader d’envergure capable de négocier, de former des coalitions et demain peut-être de gouverner. Sa base originelle est trop fragile, inexpérimentée et embryonnaire pour lui permettre de résister aux OPA de toutes origines. Pourtant, comme le démontrent aujourd’hui les aléas tunisiens, une société civile forte et organisée serait, en l’absence de partis politiques réellement représentatifs, une alliée précieuse pour qui veut maintenir l’élan démocratique et empêcher une restauration autoritaire d’où qu’elle vienne.

Le roi du Maroc, dont nul ne met en doute la sincérité – « ma volonté est d’aller de l’avant sur la voie de la réforme, autant que je le puis » – est bien seul dans le cockpit à naviguer entre les turbulences, en attendant que le copilote, le peuple marocain, ait achevé sa phase d’instruction. On ne peut donc que lui souhaiter une chose en cette période incertaine et passionnante : la baraka.

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

Editorial suivant :
Niger : tous vainqueurs

Editorial précédent :
Les larmes d'Aïcha

Réagir à cet article

Maroc

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Kabila, Ouattara, Bouteflika, Biya... Quels sont les diplômes de vos présidents ?

Votre président a-t-il le baccalauréat ? Un master ? À-t-il étudié l’économie ou le droit ? En France ou en Chine ? Toutes les réponses avec notre jeu interactif.  [...]

Cameroun : le marocain Cosumar choisi pour développer un nouveau complexe sucrier

Cosumar plantera de la canne à sucre et construira une raffinerie entre Batouri et Bertoua, à l’est du pays. Le leader marocain du sucre bat lors de l'appel d'offres le groupe français Somdiaa qui[...]

Sexe, mensonge, pouvoir : la trilogie infernale

Du Français Dominique Strauss-Kahn au Malaisien Anwar Ibrahim, on ne compte plus les responsables politiques dont les moeurs débridées, ou supposées telles, ont brisé la carrière.[...]

Maroc : Abdellatif Hammouchi, de l'ombre à la lumière

Il y a un an, le patron du renseignement intérieur marocain était convoqué par une juge française, ce qui provoquait une crise diplomatique entre Paris et Rabat. Aujourd'hui, la France le[...]

Libye : suspension du dialogue pour une sortie de crise

Le Parlement libyen siégeant à Tobrouk (Est), reconnu par la communauté internationale, a décidé lundi de suspendre sa participation au dialogue sur une sortie de crise parrainé par[...]

Mustapha Hadji : "En football, le Maroc a pris du retard... mais nous pouvons revenir au sommet"

Ballon d’Or africain 1998, Mustapha Hadji est un des meilleurs joueurs de l’histoire du football du continent. Aujourd’hui sélectionneur-adjoint du Maroc, l’ancien milieu de terrain de Nancy, du [...]

Maroc : les nouvelles filières de Daesh

Une série de coups de filet opérés récemment par la DGST d'Abdellatif Hammouchi a révélé une évolution préoccupante des cellules jihadistes dans le nord du[...]

Maroc : les régularisations à l'heure du bilan

Un premier bilan de l'opération de régularisation des migrants clandestins au Maroc a été présenté par le CNDH à Rabat, le 7 février.[...]

Maroc, Tunisie : le bras de fer avec la CAF ne fait que commencer

Durement sanctionné après son refus d'organiser la CAN Orange 2015, le Maroc n'a pas l'intention de se laisser faire. Tout comme la Tunisie, elle aussi visée.[...]

Moi, Aïssatou, Guinéenne régularisée au Maroc, mais toujours en sursis

Aïssatou Barry est une migrante guinéenne qui a survécu à l'enfer du tristement célèbre camp de Gourougou, dans le nord du Maroc, qui abrite les migrants clandestins voulant rallier [...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers

Jeune Afrique Emploi

Toutes les annonces