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24/05/2011 à 17:17
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Leïla Kilani à Cannes, le 18 mai 2011. Leïla Kilani à Cannes, le 18 mai 2011. © AFP

La Marocaine a présenté "Sur la planche", son premier film de fiction, à Cannes le 19 mai dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs.

Surprise ! La cinéaste marocaine Leïla Kilani venait de finir le montage de son premier film de fiction, et elle était en train de chercher les meilleures promotions sur les séjours autour de la mer Rouge pour pouvoir enfin décompresser après des mois de travail intense, quand la nouvelle est arrivée : Sur la planche venait d’être retenu pour la plus prestigieuse des sélections « off » du Festival de Cannes, la Quinzaine des réalisateurs. Elle s’y attendait si peu, assure-t-elle, qu’elle n’avait ni attaché de presse ni dossier prêt à envoyer à la critique internationale et aux distributeurs. Et devait effectuer encore des réglages visuels ou sonores…

Retour sur "les années de Plomb"

Travailler et réagir sans délai ? Habituel pour Leïla Kilani, qui, bien que née à Casablanca, a grandi à Tanger, cette ville « interlope, romantique et excessive » où le rapport au temps est très particulier et où l’on vit, dit-elle, « dans une tension permanente ». Elle ne peut envisager d’ailleurs de réaliser des films autrement que pour satisfaire « une urgence cinéma­tographique » et « en répondant à une nécessité impérieuse de fabriquer des images qui seront les nôtres », loin des clichés. Ce fut vrai dès son premier documentaire,Tanger, le rêve des brûleurs, tourné il y a dix ans pour raconter les errances tragiques de ces immigrés clandestins qui préparent la difficile traversée de la Méditerranée à la recherche d’un « ailleurs » fantasmé. Ce le fut tout autant avec Nos lieux interdits : elle décida alors de filmer des familles de victimes des « années de plomb » – et quelques rescapés – au moment où était mise en place au Maroc l’Instance Équité et Réconciliation, créée par Mohammed VI pour faire la lumière sur les terribles années de répression sous le règne de son père, Hassan II, et encourager une opération de catharsis nationale.

Historienne de formation, n’ayant jamais fréquenté d’école de cinéma, Leïla Kilani dit être « cinéphage depuis toujours », passionnée « d’images et de son ». Rien d’étonnant si cette femme d’instinct aime les réalisateurs qui filment « à l’estomac », avec une grande liberté, des personnages « subversifs à souhait ». Parmi les nombreux films qu’elle a montrés aux actrices non professionnelles de Sur la planche, « pour qu’elles comprennent ce que j’aime », il y avait en premier lieu le mythique Wanda, de Barbara Loden, portrait d’une femme aussi attachante qu’excessive et désespérée, mais aussi Gare centrale, de Youssef Chahine, des longs-métrages de Martin Scorsese, des frères Dardenne et de Mike Leigh, et même certains venus de Hong Kong.

Vitalité et créativité

Rien d’étonnant non plus si elle se passionne pour « les révolutions arabes » en cours, « qui ne se sont pas faites en un printemps », car la génération qui les porte, la sienne, « refuse l’aliénation de l’individu telle qu’on la subit depuis quarante ans ». Et elle se sent à l’aise au sein du cinéma marocain contemporain, car, grâce « au volontarisme » des autorités, il « vit un temps stimulant, plein de vitalité et de créativité » où « sont en train d’éclore des écritures singulières et tellement libres ». Des écritures qui, comme la sienne, se soucient d’« articuler l’individuel et le collectif ».

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