L’ingénieur agronome, à la tête de l'Office du Niger depuis 2010, estime que les investissements locaux, libyens et chinois contribueront à atteindre l’objectif de 200 000 ha aménagés en 2020.
Jeune Afrique : Que répondez-vous à ceux qui accusent l’Office du Niger de brader ses terres ?
Kassoum Denon : Que ce soit pour Malibya Agriculture [société libo-malienne, NDLR], pour Tomota [groupe malien] ou pour les Chinois, nous n’avons ni donné ni même vendu des terres à qui que ce soit. L’Office du Niger ne vend pas les terres. Nous signons des contrats qui peuvent être dénoncés à tout moment si les clauses ne sont pas respectées. Tous ces investisseurs ont reçu des accords de principe qui leur permettent d’effectuer des tests. Parce que quand vous voulez produire du tournesol ou une variété de riz par exemple, il faut accéder à la terre pour faire des tests.
À ce jour, vous n’avez donc signé aucun bail ?
Seul le Grand distributeur céréalier du Mali [GDCM] a signé un bail emphytéotique portant sur 7 400 ha. Le groupe avait demandé une superficie de 20 000 ha, mais l’étude de son projet ne nous a pas permis de lui attribuer cette surface. En fait, nous prenons nos décisions en nous référant à la disponibilité de l’eau et du sol par rapport à la culture qui sera développée.
C’est en réalité le projet libyen qui a suscité beaucoup d’émoi. Vous assurez-vous que la production profitera aussi au pays ?
Beaucoup de bruit a été fait autour de ce projet, sans que les gens en connaissent les vrais contours. La Libye a construit 40 km de canaux, dont un canal adducteur qui nous permet d’aménager 300 000 ha pour les petits distributeurs. Les villageois qui ont été déplacés dans le cadre de ce projet ont été indemnisés à hauteur de 130 millions de F CFA. Le Mali n’aurait pu réaliser cet investissement en raison des contraintes budgétaires. Pour l’heure, la Libye n’a pas exploité un seul hectare. Avant que n’éclate la guerre dans ce pays, ce qui a suspendu tous les travaux, nous étions en train de négocier l’exploitation d’une première tranche de 6 000 ha, compte tenu de la disponibilité de l’eau.
Quels sont vos objectifs en termes d’aménagement et de production ?
Dans notre schéma directeur, nous visons 200 000 ha aménagés en 2020. Mais si des investisseurs privés peuvent nous permettre d’aller plus vite, nous sommes ouverts à travailler avec eux, tant que cela se fait dans le respect de la loi. Aujourd’hui, 600 000 tonnes de riz proviennent de la zone de l’Office du Niger. Nous voulons atteindre, grâce aux nouveaux aménagements, 1 million de tonnes de riz paddy à l’horizon 2012-2013.
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Propos recueillis par Stéphane Ballong, envoyé spécial au Mali

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