Extension Factory Builder

Nabil Rajab : "Le roi a déçu les Bahreïnis"

19/05/2011 à 16:10
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
'Les États-Unis pourraient jouer un rôle majeur dans l'apaisement'. "Les États-Unis pourraient jouer un rôle majeur dans l'apaisement". © AFP

Nabil Rajab, opposant, président du Centre pour les droits de l'homme de Bahreïn et secrétaire général adjoint de la FIDH, revient sur la contestation populaire à Bahreïn. Il en ressort que les chiites ne veulent plus être traités comme des citoyens de seconde zone. Selon lui, par ailleurs, l'Iran ne représente pas une menace pour le royaume.  

Connu notamment pour la contestation qu’il anime sur Twitter (@NABEELRAJAB), Nabil Rajab est l’un des principaux opposants au régime bahreïni. Il a été récemment arrêté et molesté par les forces de police, mais sa stature internationale – il est secrétaire général adjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) – l’a protégé, jusqu’à présent. Une chance que n’ont pas eue Karim Fakhrawi, Ali Issa Ibrahim Saqer, Hassan Jassim Mohammed Maki, Zakaria Rashid Hassan al-Asherri, morts en détention.

 

Jeune Afrique : Le régime ne s’est-il pas profondément réformé depuis l’accession au pouvoir de Hamad Ibn Issa Al Khalifa, en 1999 ?

Nabil Rajab : J’ai soutenu son programme de réformes, celui de la charte nationale de 2001. Mais après une « lune de miel » d’environ deux ans, il est apparu clairement qu’il n’était pas sincère dans sa volonté de réformer le pays. Il a commencé par nous imposer une Constitution, laquelle concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir. Aujourd’hui, près de 60 % des membres du gouvernement sont issus de la famille royale, tandis que la quasi-totalité des institutions financières est dirigée par les Khalifa… La corruption s’est étendue, tandis que la liberté de la presse a reculé. Quand le roi est entré en fonction, nous étions au 67e rang mondial, selon Reporters sans frontières. Nous sommes aujourd’hui 144e. Est-ce cela, la réforme ? On a fait confiance au roi, mais il nous a déçus.

Quelle est aujourd’hui l’étendue de la discrimination vis-à-vis des chiites ?

Bien qu’ils représentent plus de 70 % de la population, les chiites ont moins de 50 % des sièges du Parlement – qui, soit dit en passant, n’a pas de pouvoir, contrairement à la « Chambre haute » (la Choura), composée de membres nommés personnellement par le roi. Aujourd’hui, il n’y a quasiment pas de chiites dans l’armée ou la police, très peu au sein de la haute fonction publique. En 2005, les chiites ont réalisé que leur situation ne s’améliorait pas, en dépit des promesses. Les manifestations ont commencé en 2006, suivies de répression, puis de nouvelles manifestations… Les chiites sont traités comme des citoyens de seconde zone.

Pourquoi les travailleurs immigrés sont-ils victimes de violences de la part de certains manifestants ?

L’économie repose pour une large part sur la population d’immigrés venus d’Asie. Mais ceux-ci composent également l’essentiel de la police et des forces armées. Cette situation explique pour une large part la haine qu’ils suscitent au sein d’une partie de la population.

Bahreïn n’est-il pas également victime du face-à-face entre l’Arabie saoudite et l’Iran ?

Contrairement à l’Arabie saoudite, l’Iran n’a jamais envahi Bahreïn ! En 1971, lorsqu’on nous a demandé si nous souhaitions être indépendants ou bien rattachés à l’Iran [après le départ des Britanniques, NDLR], notre réponse a été claire : nous souhaitions l’indépendance. Ce n’est pas pour être aujourd’hui envahis par l’un ou l’autre de ces pays ! L’Iran aujourd’hui n’est pas une menace pour nous.

Quelle sortie de crise vous semble plausible ?

L’Europe nous a beaucoup déçus. Il y a bien « deux poids, deux mesures » : l’on n’est pas traité de la même manière selon que l’on est libyen ou bahreïni. Il faut qu’une médiation extérieure intervienne rapidement. Les Koweïtiens se sont proposés, ainsi que les Turcs… Malheureusement, le royaume souhaite rester sous l’emprise de Riyad. S’ils le décidaient, les États-Unis pourraient jouer un rôle majeur dans l’apaisement. Il faut stopper cette vague de répression, qui s’apparente à une vengeance du régime contre les chiites. Le prince héritier [Salman Ibn Hamad Ibn Issa Al Khalifa, fils aîné du roi] peut jouer un rôle positif à cet égard.

__

Propos recueillis par Jan Fallström, envoyé spécial au Bahreïn

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Moyen-Orient

Israël : ces femmes juives en burqa

Israël : ces femmes juives en burqa

Mues par une obsession névrotique de la chasteté, des femmes issues du milieu ultraorthodoxe revendiquent le port du voile intégral. Sous l'oeil réprobateur des instances rabbiniques.[...]

Questions simples sur l'Orient compliqué

La pensée unique a toujours accompagné la bataille, comme un poisson parasite sur le dos d'une baleine. Dans le contexte actuel de guerre ouverte entre l'Occident et l'hydre jihadiste, les interrogations - [...]

Une histoire du jihad, l'épisode afghan et la théorie du "jihad total" (#2)

Dans une série d'articles consacrés à l'histoire du jihad, Laurent Touchard revient, pour son deuxième billet, sur l'épisode afghan et la naissance du concept de "jihad total".[...]

L'impossible "État palestinien"

C'est le Moyen-Orient qui sollicite, une fois de plus, notre attention cette semaine. Non pas parce qu'il est le théâtre de conflits armés d'un nouveau genre ou d'atroces guerres civiles. Ni à[...]

Accusée d'adultère, une Syrienne est lapidée par son père et des jihadistes

Une Syrienne a été lapidée par son père et des jihadistes de l'organisation de l'État islamique dans le centre de la Syrie, selon une vidéo publiée mardi sur Youtube. Elle[...]

Forces irakiennes : l'armée des ombres

Désorganisées, mal formées, livrées à elles-mêmes, les forces de sécurité nationales irakiennes essuient déroute sur déroute face aux jihadistes de [...]

Syrie : à Kobané, l'armée américaine largue des armes aux Kurdes

L'armée américaine a annoncé dimanche soir avoir largué pour la première fois des armes aux combattants kurdes qui défendent la ville syrienne de Kobané, assiégée[...]

L'Occident et "les autres"

La croissance économique y est désormais plus faible que dans le reste du monde et il peine à sortir de la crise qui l'a frappé en 2008. Mais il continue de tenir le volant et de diriger la[...]

Kurdistan Irakien : Daesh, l'ennemi utile

Partenaire privilégié des Occidentaux dans leur guerre contre l'État islamique, le gouvernement autonome kurde n'en manoeuvre pas moins habilement pour tirer son épingle du jeu. Reportage.[...]

Finance : Dubaï est de retour !

Cinq ans après avoir frôlé la faillite, le petit émirat enchaîne les opérations boursières. Son ambition : devenir une passerelle vers l'Afrique et les pays émergents.[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers