Ce que l'AFD a prévu pour Tunis et Abidjan

17/05/2011 à 15h:31 Propos recueillis par Philippe Perdrix
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Dov Zerah. Dov Zerah. © Vincent Fournier/J.A.

Le directeur général de l’Agence française de développement (AFD) Dov Zerah précise les contours des plans d’aide annoncés pour la Côte d'Ivoire et la Tunisie.

Jeune Afrique : L’AFD met en place le plan d’aide français de 350 millions d’euros en Tunisie, annoncé le 20 avril. En quoi consiste-t-il ?

Dov Zerah : La composition de cette aide est en train d’être précisée pour coller au plus près des besoins. Les premières demandes ont été formulées dès la nomination du gouvernement du Premier ministre Béji Caïd Essebsi, en février. Il y a trois priorités : l’emploi et la formation professionnelle ; le développement régional et le soutien aux zones défavorisées, avec notamment la rénovation de quartiers ; et le secteur financier.

Cette aide se décline-t-elle sous forme de dons ou de prêts ? Et est-ce une aide budgétaire ?

Par cette aide sectorielle, nous allons financer des programmes qui relèvent du budget de l’État tunisien. Tout apport de devises revient à soutenir la balance des paiements. Il s’agit d’un prêt avec des éléments concessionnels et déclarable au titre de l’aide publique au développement (APD). Les conditions du prêt sont en cours de discussion. Les autorités tunisiennes souhaitent signer une première convention d’ici à la fin du mois de mai et, si possible, en marge de la réunion du G8, les 26 et 27 mai, à Deauville, à laquelle elles sont invitées. Les premiers décaissements pourraient ensuite intervenir rapidement.

Les autorités tunisiennes chiffrent les besoins extérieurs à 2,5 milliards d’euros pour relancer l’économie. Si on ajoute les engagements des autres bailleurs, nous sommes encore loin du compte…

Elles sont invitées à Deauville pour que d’autres bailleurs accompagnent ce que nous avons initié. Il faut éviter que l’économie tunisienne ne tombe en récession. Heureusement, le pays a de bons fondamentaux, une classe moyenne, une main-d’œuvre compétente, un endettement public limité (40 % du PIB) et il respecte ses échéances de remboursement de prêts internationaux. Par ailleurs, les exportations ont redémarré.

Mais il faut reconnaître que la Tunisie fait face à trois chocs : la baisse de la fréquentation touristique, les effets de la crise libyenne, estimés à 1 % ou 2 % du PIB, et enfin les incertitudes, liées aux prochaines échéances politiques, auxquelles font face les entreprises.

La France a annoncé, le 12 avril, un plan de soutien à la Côte d’Ivoire de 400 millions d’euros. Où en sommes-nous ?

Un accord de prêt de 350 millions d’euros a été signé le 26 avril. Une première tranche de 200 millions a aussitôt été débloquée, principalement pour payer les fonctionnaires en avril et solder les arriérés de mars. Il s’agit d’une aide budgétaire directe sous la forme d’un prêt concessionnel. Une partie de cette enveloppe sera également affectée aux arriérés de l’État vis-à-vis des sociétés d’eau et d’électricité. Viendra ensuite une seconde tranche de 150 millions. Les 50 millions restants contribueront à l’apurement d’arriérés auprès de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque mondiale pour permettre à la Côte d’Ivoire de renouer avec les institutions financières internationales et d’atteindre, à la mi-2012, le point d’achèvement du Programme des pays pauvres très endettés (PPTE).

N’est-il pas risqué d’accorder une aide budgétaire dans un pays en crise ? Avez-vous obtenu toutes les garanties du gouvernement Ouattara-Soro quant à la bonne utilisation de ces fonds ?

L’AFD accorde ce prêt avec une garantie du Trésor français. En outre, nous avons obtenu toutes les assurances des autorités ivoiriennes. Une mission d’évaluation financière se rendra d’ailleurs sur place pour examiner l’exécution de la première tranche avant d’envisager la seconde, qui reste à définir. Mais cette dernière devrait porter sur des créations d’emplois dans le cadre de programmes de réhabilitation (voirie, quartiers, bâtiments publics…).

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