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Madjid Bougherra, footballeur algérien et Écossais d'adoption

13/05/2011 à 12:09
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Même Laurent Blanc, à Bordeaux, n'a pu le faire renoncer à son club d'outre-Manche. Même Laurent Blanc, à Bordeaux, n'a pu le faire renoncer à son club d'outre-Manche. © D.R.

Ce fils d’Algériens élevé à Dijon s’imaginait informaticien. Madjid Bougherra est aujourd’hui un joueur incontournable de l’équipe de football d’Algérie et des Glasgow Rangers, qu'il compte néanmoins bientôt quitter.

« Quand mon père vient me voir à Glasgow, il a du mal à rester, car il ne supporte pas le climat. Moi, je me sens bien. J’adore le Royaume-Uni. » Les brumes de l’Écosse et ses 290 jours de pluie par an n’incitent pas Madjid Bougherra à s’imaginer un avenir sous des latitudes plus ensoleillées. Lui qui, il y a encore cinq ans, n’était qu’un anonyme joueur de Ligue 2 à Gueugnon (Saône-et-Loire) a trouvé de l’autre côte de la Manche son idéal professionnel.

Pourtant, Gueugnon et ses anciennes forges avaient déjà pour lui un air de Graal. À Dijon, Madjid Bougherra a grandi dans le quartier de la Fontaine-d’Ouche, considéré comme l’un des plus difficiles de la tranquille capitale bourguignonne. « Ce n’est pas comparable aux cités d’Île-de-France, mais il y a de la violence et pas mal de personnes défavorisées. » Dans la rue, Bougherra découvre le football, que son père a pratiqué en Algérie. « Il est arrivé en France après l’indépendance et il a eu plusieurs métiers, notamment dans le bâtiment. Il a connu le chômage. Ma mère restait au foyer pour s’occuper de ses quatre enfants. On ne manquait de rien, mais on sentait que c’était parfois difficile pour eux. »

Avec son père, le deal est simple : études d’abord, football ensuite. Même s’il parvient de temps en temps à esquiver les devoirs du soir, Bougherra suit les directives paternelles. Il décroche un bac « informatique de gestion » et valide sa première année de BTS. Le reste du temps, il ne le consacre qu’à sa passion, le football. À Longvic, dans un petit club de l’agglomération dijonnaise. Là, en division d’honneur, le jeune Franco-Algérien touche 30 euros de prime de match, qu’il dépense dans les fast-foods. Et puis, alors qu’il envisage de déménager à Chalon-sur-Saône pour jouer en CFA2 (sixième division), Georges Bernard, manager général du FC Gueugnon (Ligue 2), s’intéresse à ce joueur au physique impressionnant. « J’avais 20 ans. Alors que je faisais un essai avec Chalon contre l’équipe B de Gueugnon, il m’a proposé de signer un contrat de qualification à 800 euros par mois. » Bougherra, qui s’était imaginé une vie entre informatique et football amateur, se retrouve propulsé dans le circuit professionnel.

À peine arrivé, il s’entraîne avec les pros et joue même un match face à Metz. La saison suivante, il honore sa première sélection avec les Espoirs algériens. « Une grande fierté, car, même si je dois beaucoup à la France, j’ai toujours voulu jouer pour le pays de mes parents. » En attendant de devenir international A algérien, ce qui finira par arriver le 30 juin 2004, lors d’un match au Zimbabwe (1-1), il devient professionnel et bénéficie de l’entière confiance de Thierry Froger, son entraîneur de l’époque, ex-sélectionneur du Togo et désormais à la tête de Nîmes (L2). « Son parcours est atypique, car il n’est pas passé par un centre de formation. Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai tout de suite senti que c’était plus qu’un bon joueur. Il a un mental incroyable. Je ne suis pas étonné de sa réussite en Grande-Bretagne, où le foot est avant tout basé sur le rapport de force. »

Froger parti, Bougherra se heurte au nouvel entraîneur de Gueugnon, Victor Zvunka, qui « ne [le] calcule pas », et s’exile à Crewe Alexandra (Ligue 2 anglaise). « J’ai changé de monde. En Angleterre, les mecs mettent la musique à fond dans les vestiaires, mangent des frites et du fish and chips après les matchs. Les mises au vert sont rares, l’engagement sur le terrain, total. » Son bien-être au Royaume-Uni n’a pas été immédiat. « Crewe était prêt à payer le transfert de 300 000 euros à Gueugnon. J’ai eu l’opportunité de jouer à Sheffield Wednesday (Ligue 2), puis à Charlton (Ligue 1), un club londonien. Dans cette ville, je ne me suis jamais senti à l’aise », raconte ce père de deux petites filles. En août 2008, les Glasgow Rangers parviendront à le convaincre de signer pour 3 millions d’euros. « Avec eux, j’ai la quasi-assurance de disputer tous les ans la Ligue des champions. » Même Laurent Blanc, alors entraîneur de Bordeaux, ne parviendra pas, en août 2009, à le persuader de revenir en France. Mais le défenseur algérien a annoncé récemment son refus de prolongation soumise par les dirigeants écossais et compte quitter les Glasgow Rangers à la fin de la saison. Si l’Angleterre reste sa priorité, Bougherra pourrait être tenté par une expérience dans le golfe Persique.

Et puis il y a l’Algérie, son autre passion. Pour ce pays, Bougherra a disputé la Coupe d’Afrique des nations en Angola, puis la Coupe du monde en Afrique du Sud. « Malgré l’élimination au premier tour, une Coupe du monde, ça marque un joueur. Nous avons pris un point à l’Angleterre (0-0), et cela a eu une saveur particulière pour moi. Physiquement et nerveusement, cela n’a pas été facile. Mais que de souvenirs partagés avec nos supporteurs ! » Rendez-vous en 2012, au Gabon et en Guinée équatoriale ?

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