Lamine Bouazizi est un spécialiste de la région de Sidi Bouzid.
© Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com
Professeur à l’Institut national du patrimoine, Lamine Bouazizi est spécialisé dans l’histoire de la région de Sidi Bouzid. Pour lui, la révolution aurait eu lieu même sans l'immolation par le feu de son célèbre homonyme.
Le nom Bouazizi est très répandu à Sidi Bouzid. Le plus souvent, ces homonymes n’ont aucun lien de parenté, ni même, parfois, d’affinités particulières. Premier martyr de la révolution, Mohamed Bouazizi a rendu célèbre son patronyme en s’immolant par le feu, geste qui marqua le début de la révolution tunisienne.
Avant cela, un autre Bouazizi avait acquis une grande notoriété locale. Lamine, 40 ans, diplômé en anthropologie et enseignant à l’Institut national du patrimoine, à Tunis, passe pour la mémoire de Sidi Bouzid. Ses travaux sur l’histoire de la région, les origines de sa population et les circonstances de ses révoltes paysannes successives en ont fait un interlocuteur incontournable pour mieux comprendre ce qui s’est passé. Sa frêle silhouette contraste avec son regard de braise, et sa voix fluette s’accommode de la détermination de son propos.
Après une enfance et une adolescence passées à Sidi Bouzid, Lamine est contraint de s’éloigner de sa terre natale pour poursuivre des études supérieures. Cette terre nourricière que ses ancêtres ont durement travaillée sans jamais en être les propriétaires est l’obsession de l’historien qu’il est devenu. Il se spécialise dans les questions foncières, fait des recherches spécifiques sur la région de Sidi Bouzid et publie ses articles dans les revues prêtes à défier le plus gros propriétaire foncier : l’État.
Accélérateur de révolution
« Bien sûr, analyse-t-il, que le régime RCD bridait les libertés, que la corruption, le népotisme et le clientélisme en constituaient la marque de fabrique. Mais l’erreur de Ben Ali a été de sous-estimer la capacité de mobilisation du monde paysan. » Pour Lamine, l’immolation de Mohamed n’a pas été le déclencheur de la révolution, mais son accélérateur. « Une année avant son geste, Sidi Bouzid était déjà en ébullition, un processus qui a débuté en 2005, quand des dizaines de familles de paysans ont été chassées de leurs terres sur décision du directeur de l’agriculture au sein du gouvernorat. »
Selon Lamine, si la chute de Ben Ali permet de « respirer la liberté, elle ne change pas fondamentalement les choses. Cela peut reprendre à tout moment », ne cesse-t-il de marteler dans ses prises de parole lors des meetings sur la place centrale de Sidi Bouzid, devenue le haut lieu de la révolution et un espace de débat quotidien. Lamine refuse cependant d’inscrire son action dans un cadre partisan. « Comme la majorité des gens d’ici, je me sens proche des nationalistes panarabes. Si vous cherchez une étiquette, accolez-moi celle de nassérien progressiste. »

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