Extension Factory Builder

Tunisie : l'autre Bouazizi, mémoire de la région de Sidi Bouzid

03/05/2011 à 16:27
Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer Envoyer Partager cet article
Lamine Bouazizi est un spécialiste de la région de Sidi Bouzid. Lamine Bouazizi est un spécialiste de la région de Sidi Bouzid. © Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Professeur à l’Institut national du patrimoine, Lamine Bouazizi est spécialisé dans l’histoire de la région de Sidi Bouzid. Pour lui, la révolution aurait eu lieu même sans l'immolation par le feu de son célèbre homonyme.

Le nom Bouazizi est très répandu à Sidi Bouzid. Le plus souvent, ces homonymes n’ont aucun lien de parenté, ni même, parfois, d’affinités particulières. Premier martyr de la révolution, Mohamed Bouazizi a rendu célèbre son patronyme en s’immolant par le feu, geste qui marqua le début de la révolution tunisienne.

Avant cela, un autre Bouazizi avait acquis une grande notoriété locale. Lamine, 40 ans, diplômé en anthropologie et enseignant à l’Institut national du patrimoine, à Tunis, passe pour la mémoire de Sidi Bouzid. Ses travaux sur l’histoire de la région, les origines de sa population et les circonstances de ses révoltes paysannes successives en ont fait un interlocuteur incontournable pour mieux comprendre ce qui s’est passé. Sa frêle silhouette contraste avec son regard de braise, et sa voix fluette s’accommode de la détermination de son propos.

Après une enfance et une adolescence passées à Sidi Bouzid, Lamine est contraint de s’éloigner de sa terre natale pour poursuivre des études supérieures. Cette terre nourricière que ses ancêtres ont durement travaillée sans jamais en être les propriétaires est l’obsession de l’historien qu’il est devenu. Il se spécialise dans les questions foncières, fait des recherches spécifiques sur la région de Sidi Bouzid et publie ses articles dans les revues prêtes à défier le plus gros propriétaire foncier : l’État.

Accélérateur de révolution

« Bien sûr, analyse-t-il, que le régime RCD bridait les libertés, que la corruption, le népotisme et le clientélisme en constituaient la marque de fabrique. Mais l’erreur de Ben Ali a été de sous-estimer la capacité de mobilisation du monde paysan. » Pour Lamine, l’immolation de Mohamed n’a pas été le déclencheur de la révolution, mais son accélérateur. « Une année avant son geste, Sidi Bouzid était déjà en ébullition, un processus qui a débuté en 2005, quand des dizaines de familles de paysans ont été chassées de leurs terres sur décision du directeur de l’agriculture au sein du gouvernorat. »

Selon Lamine, si la chute de Ben Ali permet de « respirer la liberté, elle ne change pas fondamentalement les choses. Cela peut reprendre à tout moment », ne cesse-t-il de marteler dans ses prises de parole lors des meetings sur la place centrale de Sidi Bouzid, devenue le haut lieu de la révolution et un espace de débat quotidien. Lamine refuse cependant d’inscrire son action dans un cadre partisan. « Comme la majorité des gens d’ici, je me sens proche des nationalistes panarabes. Si vous cherchez une étiquette, accolez-moi celle de nassérien progressiste. » 

Abonnez-vous pour 11,25€ / mois
Tous droits de reproduction et de représentation ImprimerImprimer EnvoyerEnvoyer Partager cet articlePartager

0 réaction(s)

Réagir à cet article

Tunisie

Tunisie : la police va lancer un ultimatum aux hommes retranchés à Oued Ellil

Tunisie : la police va lancer un ultimatum aux hommes retranchés à Oued Ellil

La situation pourrait rapidement évoluer en Tunisie pour les hommes armés retranchés dans une maison de Oued Ellil, dans la banlieue de Tunis. La police tunisienne va en effet lancer un ultimatum et donnera [...]

Tunisie : tension sécuritaire à trois jours des législatives

Alors que des hommes armés sont toujours retranchés dans une maison d'une banlieue de Tunis, l'activité d'éléments jihadistes  fait monter la tension sécuritaire de plusieurs crans[...]

Tunisie : un policier tué lors d'affrontements entre la police et un groupe terroriste près de Tunis

Oued Ellil, une localité à 70 km de Tunis, est le théâtre d'échanges de tirs entre les forces de l'ordre et des éléments terroristes. Un policier a été tué.[...]

Tunisie : un ex-ministre de Ben Ali à Carthage ?

Caciques de l'ancien régime ou membres éphémères de l'équipe gouvernementale du président déchu, ils ont décidé de briguer la magistrature suprême le[...]

Tunisie : un scrutin placé sous le signe de la morosité

Quelques jours avant les élections législatives, la Tunisie semble se préparer à troquer la transition contre une situation aléatoire.[...]

Législatives tunisiennes : lobby tout-terrain

Des stades aux mosquées en passant par les soirées privées, en Tunisie tous les moyens sont bons pour gagner des voix aux législatives.[...]

Hammamet : Afek Tounes, la voix des jeunes Tunisiens

Dans l'intérieur du pays, électeurs et formations politiques tunisiennes se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Législatives tunisiennes : l'abstention, le vrai outsider

Quels que soient les résultats des législatives tunisiennes du 26 octobre, vainqueurs et vaincus devront relativiser leurs performances. En cause : l'abstention qui risque à nouveau de battre des[...]

Tunisie - Sfax : "La ville est abandonnée"

Dans l'intérieur de la Tunisie, électeurs et formations politiques se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.[...]

Tunisie : la montée de Slim Riahi inquiète les ténors

Grâce à ses moyens financiers très importants, Slim Riahi commence à agréger derrière lui un électorat urbain peu politisé. Peut-il faire de l'ombre aux favoris de la[...]

Dernière Minute

Toutes les dépèches
Voir tous les dossiers