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Gabon : Pierre Mamboundou, l'obsession du pouvoir

20/04/2011 à 12:11
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Pierre Mamboundou se verrait bien prendre la place du Premier ministre. Pierre Mamboundou se verrait bien prendre la place du Premier ministre. © AFP

Trois défaites consécutives à la présidentielle gabonaise ne l’ont pas fait renoncer. Et c’est en habile tacticien que Pierre Mamboundou négocie aujourd’hui son entrée au gouvernement.

Eternel outsider, candidat à l’élection présidentielle à trois reprises (en 1998, 2005 et 2009), battu à chaque fois, Pierre Mamboundou tient sa revanche. Pressé d’entrer au gouvernement par ses ennemis d’hier, l’ancienne bête noire du Palais du bord de mer fait durer le plaisir. Fin 2010 déjà, tout Libreville bruissait des rumeurs de son ralliement. Le mariage n’a pas encore eu lieu, mais les pourparlers se poursuivent.

En embuscade

Des élections législatives seront organisées fin 2011. Le Parti démocratique gabonais (PDG) a beau être majoritaire, il s’inquiète des opinions peu favorables qui remontent du terrain. En embuscade, l’opposition s’est organisée autour des principaux candidats à la présidentielle du 30 août 2009. D’un côté, l’Union nationale (UN) d’André Mba Obame et de Zacharie Myboto, formation récemment dissoute, mais toujours active et soutenue par ses partis satellites. De l’autre, l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR), créée en soutien à la candidature de Pierre Mamboundou il y a deux ans. UN, ACR… Deux blocs qui, en août 2009, ont totalisé plus de 50 % des suffrages. Le PDG s’est donc pris à rêver d’une alliance avec l’ACR pour les législatives. Une stratégie qui lui permettrait d’isoler l’UN et d’étendre son emprise sur les bastions de ses alliés.

À 65 ans, Pierre Mamboundou, devenu porte-voix de l’opposition après le ralliement de Paul Mba Abessole en 2002, est en position de force et essaie d’imposer ses exigences au pouvoir. Certes, il n’a pas oublié qu’en mars 2006, quand des unités de l’armée mettent à sac le siège de son parti, l’Union du peuple gabonais (UPG), et qu’il manque d’y laisser la vie, c’est Ali Bongo Ondimba qui est ministre de la Défense. Aujourd’hui encore, les deux hommes ne s’apprécient guère. Mais cela n’a pas empêché le chef de l’État d’emmener Mamboundou à New York, en février, pour discuter du sort de l’île de Mbanié, que se disputent le Gabon et la Guinée équatoriale.

Pour l’instant, les caciques de la majorité excluent de lui céder le poste de Premier ministre. C’est pourtant le seul maroquin que l’ancien opposant, né à Mouila (province de la Ngounié), estime être à sa mesure. Mais dans les rangs du PDG, on insiste sur le fait que le poste de chef du gouvernement est traditionnellement réservé à un Fang de l’Estuaire, que Mamboundou est un Punu, et qu’il vise bien au-delà de la « modeste » primature.

Son obsession de s’installer à la place de chef du gouvernement ne date pas d’aujourd’hui. En 2008 et 2009, devenu un visiteur régulier du palais présidentiel, il a multiplié les appels du pied à Omar Bongo Ondimba, qui lui proposa un poste de ministre d’État. Trop peu pour l’ambitieux Mamboundou, qui guignait déjà la primature. Toujours retors, le « Vieux » l’envoya poursuivre la négociation avec le titulaire du poste, Jean Eyéghé Ndong. Ulcéré par le cocasse de la discussion, ce dernier lui opposa une fin de non-recevoir. « Peut-être finira-t-il par accepter la vice-présidence de la République, qu’on lui propose », suggère un membre de l’ACR. Encore faudrait-il que ce strapontin, jusqu’ici réservé aux Punus, soit doté d’attributions à la hauteur des prétentions de l’intéressé.

Chantre du vote contre le système, Mamboundou est détesté dans les cercles du pouvoir, mais il n’en a cure. Son goût de la provocation, sa propension à se mettre en scène et ses discours au ton docte et moralisateur agacent. Même ceux qui l’apprécient critiquent cet homme caractériel qui ne supporte pas la contradiction. Ils raillent le politicien à l’ego « surdimensionné », qui veut toujours la « place du premier ». Ils moquent le goût prononcé de l’ancien ingénieur en télécommunications formé à Perpignan (France) pour les costumes sombres de bonne coupe et les cravates rouge écarlate.

Personnalité écrasante, Mamboundou a tendance à reléguer ses partenaires de l’ACR au rang de simples collaborateurs. Au sein même de l’UPG, le parti qu’il a fondé en 1989, les critiques sont vives. Le 11 mars, Richard Moulomba, compagnon de vingt ans et secrétaire général de l’UPG, a claqué la porte. « Vous avez une nouvelle attitude caractérisée d’irrespect, d’arrogance, d’insolence et de suffisance à l’égard de nous, vos collaborateurs. Attitude qu’adoptent généralement les gens qui ont atteint leurs objectifs et qui trouvent désormais encombrants les compagnons de lutte », dénonce-t-il dans sa lettre de démission. Joint par Jeune Afrique, Moulomba se justifie : « Il fallait qu’enfin quelqu’un lui dise la vérité en face. J’ai vidé mon sac. »

Revanche

Mamboundou prend aussi vite ombrage d’une ambition autre que la sienne. Depuis que Jean-Félix Mouloungui, ex-porte-parole de l’UPG, a choisi d’entrer au gouvernement en 2009, grillant la politesse au patron du parti, Mamboundou ne lui adresse plus la parole. Lors des négociations avec le PDG, il aurait même exigé la tête de son ancien allié, devenu ministre des Petites et Moyennes Entreprises.

Avec l’UN, Mamboundou demeure prudent. Fin tacticien, il prend soin de ménager les anciens du PDG passés à l’opposition. Il n’a pas non plus condamné l’autoproclamation d’André Mba Obame (qu’il déteste) à la présidence du Gabon. À une autre époque, pourtant, il n’aurait pas épargné l’ancien ministre de l’Intérieur, comme en février 2007, quand il l’a accusé d’avoir tenté de « vendre » l’île de Mbanié à la Guinée équatoriale.

Une chose est sûre : Mamboundou, que la rumeur avait dit mourant en raison de problèmes cardio-vasculaires, est en train de prendre sa revanche. Il n’ira pas au gouvernement pour faire de la figuration. « Il ne veut surtout pas passer pour un faire-valoir du pouvoir à l’instar de Paul Mba Abessole », la plus belle « prise de guerre » d’Omar Bongo Ondimba, conclut un journaliste gabonais.

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